Alain Houpert n’a certainement pas besoin de cours de conduite électorale, mais il ne devra pas se passer d’un des plus vieux outils offerts aux politiques. On pense tout de suite aux sondages ? Eh bien, non. Cet outil, on s’en sert tous les jours, à l’exception ce ceux qui ont opté pour le tram, le bus, le vélo ou encore la marche à pied. C’est l’outil de base du conducteur : le rétroviseur. Ce dispositif lui permet d’observer l’environnement qu’il ne peut pas voir en marche normale, c’est-à-dire derrière lui (rétroviseur central) et sur les côtés (rétroviseurs extérieurs). En politique, c’est pareil. Et Alain Houpert, candidat investi pour affronter François Rebsamen aux prochaines élections municipales serait bien inspiré de s’en servir…
Car un rapide retour sur le passé sonne comme un appel à la circonspection. Longtemps, on aura disserté sur la droite dijonnaise, comme on le fait du sexe des anges. Alors, continuons un peu…
2001. Si un cabinet d’études politiques avait fait un audit, il aurait pu écrire un constat en trois mots : vétusté, obsolescence, pétrification des structures. En quelque sorte une caricature : un mécontentement sourd, diffus et d’autant plus redoutable que les élus de droite n’ont pas ressenti. Et puis, il y aurait eu quelques annotations portées au crayon de papier à la marge du dossier avec des mots forts comme narcissisme, éternelles divisions, coalitions artificielles, petites ambitions et grands marchandages. Des maux plus que des mots.
La victoire de François Rebsamen n’a pas été une surprise. Elle a mis fin à trente années de gouvernance RPR. Un mélange de suffisance et d’aveuglement présomptueux conduisit, en mars 2001, à une débâcle collective car le RPR Jean-François Bazin et les siens n’avaient pas réussi à pallier les fatigues d’un électorat épuisé par une longévité hors normes (5 mandats consécutifs) et, surtout, n’ont pas compris qu’en votant François Rebsamen, les Dijonnais avaient témoigné d’une volonté de renouvellement, une aspiration à un nouveau départ, une demande de rupture générationnelle.
Le résultat calamiteux était à l’image d’une droite entière assoupie dans le confort de son expertise supposée et de ses certitudes gestionnaires. La droite était assommée et ressassait son désespoir comme ces fantômes qui promènent inlassablement les médailles et les drapeaux de leur grandeur passée. Et il n’était pas de jour non plus sans que le débat sur la défaite rebondisse et s’amplifie. La crise atteignait son paroxysme. C’était le Titanic.
2008. Le traumatisme de l’élection municipale de 2001 reste encore profond. La fracture, politique est toujours là et, pour n’avoir pas été refermée, elle s’est gangrénée. Ses humeurs malignes ont empoisonné le sang, la chair et le cerveau de la droite.
Malgré tout, François-Xavier Dugourd et ses amis d’alors, déliés de l’autorité (quasi divine) de Robert Poujade, passent sous les fourches caudines des électeurs. François Rebsamen est réélu dès le 1er tour. Ce n’est plus le Titanic mais c’est quand même le sauve-qui-peut général. Pour les joueurs de bowling, ça s’appelle un strike.
C’était un beau rêve de reconquête. De ceux qui, à peine réveillé, vous font vite refermer les yeux pour que surtout cela ne s’arrête pas. Ceux qui finissent toujours de la même manière : interrompus par le retour à une réalité forcément difficile. La défaite de François-Xavier Dugourd illustre le désarroi d’une droite qui, malgré l’exercice du pouvoir au plus haut niveau national, n’a toujours pas, à Dijon, fait sa révolution copernicienne. Le diagnostic est sévère : la droite sait mobiliser « contre », mais est incapable de mobiliser « pour ».
Comment a-t-on pu en arriver là ? Il serait injuste d’incomber à François-Xavier Dugourd la seule responsabilité de cette ambiance délétère. Il n’est que l’héritier d’un système qui n’a jamais su retrouver un souffle depuis l’arrivée de François Rebsamen à la tête de la mairie de Dijon.
2014. On quitte le rétroviseur et on retrouve sur la route Alain Houpert, candidat officiellement investi pour affronter François Rebsamen. Et du coup, la droite espère. Car elle ne manque ni d’idées ni de personnalités, ni d’envie d’en découdre, ni d’ambition pour demain. Encore faut il savoir le dire, le partager… et l’imposer. De rétroviseur, Alain Houpert en aura aussi besoin pour garder un œil sur ceux qui, dans son propre camp, lui savonneront la planche. L’exercice d’équilibriste a débuté en même temps que celui de dompteur pour mettre un terme aux pirouettes, aux doubles saltos arrière, aux triples sauts périlleux, aux savantes volte-face des plus fameux saltimbanques de la droite locale.





