2 rue Jules Mercier

Il est vrai que la grisaille d’octobre n’embellit point ce début de la rue, le peu d’ouvertures des premières maisons lui donnent l’aspect d’un film policier. A ce numéro habitait le père d’une des gloires dijonnaises : Henri BREUIL.

D’un séjour en Savoie, il avait fait, comme l’on dit de nos jours, un transfert de technologie. Il avait mis au point la cassissine. Une confiserie toute simple : c’était un peu de liqueur de cassis emprisonnée dans un noyau de sucre fondu, lui-même inclus dans une pâte de fruit de cassis, le tout roulé sur des grains de sucre en poudre.. Dans la bouche, un vrai délice quand la pâte de fruit fondu, un coup de dent impatient fendait le noyau sucré et libérait le coup de fouet de la liqueur au parfum entêtant. Le maire, Maître Gaston Gérard comprit le parti à tirer de cette douceur et quand il met au point son projet de “route blanche”, il s’appuie sur cette spécialité de sa bonne ville. Cette route, dont une carte Michelin donne le tracé va de Calais en Suisse via Dijon? C’est un vrai chemin de gourmandise qui séduit deux populations de touristes friands de ces produits sucrés et ne sont pas rétifs à l’alcool. C’est un bonbon qui plait autant aux messieurs qu’aux dames, un vrai argument de marketing avant l’heure.

Les dijonnais en déplacement, en séjour dans la famille, emportent cette douceur dans de jolies boites en bois qui surprennent les heureux destinataires. M. BREUIL est aussi chocolatier, son magasin “Les chocolats Duthu” sont au rez-de-chaussée, rue de la Liberté. Sous l’appartement est situé le laboratoire où il broie les fèves de cacao. Les affaires sont vite florissantes, cela lui permet de satisfaire son addiction : les documents, objets de toute sorte en relation avec sa ville. Son appartement, transformé en galerie fait envie aux visiteurs surtout s’ils sont conservateurs de musées.

La photographie l’intéresse pour laisser des traces, ayant conservé de la pellicule, il va, pendant l’occupation allemande, prendre de nombreux clichés de l’actualité dijonnaise. Alors, aucun étonnement si à son service funèbre, l’église Saint-Michel est presque trop petite. Sa seconde épouse le suit peu après, ayant fait exécuter ses volontés de dons de ses collections aux bibliothèques, archives, musées de la ville. Avec lui va disparaître, peu à peu, l’aura de ses chères cassissines qui ne sont plus citées, mais toujours autant appréciées là où les connaisseurs les achètent.

Roger LOUSTAUD