Et si on travaillait le dimanche ?

La consultation du site internet du Ministère du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et dialogue social permet de lire ce qui suit : « Un salarié ne peut travailler plus de 6 jours par semaine : au moins un jour de repos (24 heures auxquelles s’ajoute un repos quotidien minimum de 11 heures) doit lui être accordé chaque semaine et, en principe, le dimanche (repos dominical).

Toutefois, le principe du repos dominical connaît plusieurs types de dérogations qui peuvent, selon le cas, être permanentes ou temporaires, soumises ou non à autorisation, applicables à l’ensemble du territoire ou à certaines zones précisément délimitées ».

Il convient d’admirer ce génie français qui, une loi à peine écrite, voit fleurir aussitôt des dérogations ! Sauf erreur de ma part, nulle entreprise en Côte-d’Or n’est autorisée à faire travailler ses salariés le dimanche, hormis ceux prévus par la dite Loi Mallié de 2009. La question, épineuse s’il en est, fait débat au sein du gouvernement où la cacophonie s’installe. Les syndicats veulent rester arc-boutés sur les fameux avantages acquis et jurent que cette liberté de choix qu’auraient prétendument les salariés est une vaste plaisanterie car ils sont forcés de travailler le dimanche sous peine de représailles patronales.

Bref, chacun y va de son couplet et comme d’habitude on vient de nommer une commission ad hoc qui rendra ses conclusions d’ici deux mois. D’ici là, on ne sait pas trop si les grandes enseignes qui ont bravé l’interdiction - et devront s’acquitter d’une amende de 120 000 € par infraction constatée – pourront continuer ce jeu de cache-cache.

Dans cette affaire où juristes, employeurs, salariés, syndicats s’écharpent à qui mieux mieux, il me semble que certaines vérités sont oubliées… Le monde de 2013 est-il le même que celui de l’après-guerre ? La réponse est non. Est-ce bien le rôle des syndicats que de tout faire pour que des salariés volontaires ne puissent travailler le dimanche ? On aurait pu s’attendre à une autre position de la part de ceux-là mêmes qui réclament (à juste titre) du travail pour tous. Peut-on légitimement ignorer les manifestations de salariés devant les sièges des syndicats où ils disent haut et fort « laissez nous travailler ! » ? C’est suffisamment rare pour que ça ne passe pas inaperçu.

Avec un taux de chômage de 10,9 % de la population (en incluant les DOM-TOM), est-il raisonnable de faire la fine bouche sur tout emploi proposé et payé au moins au minimum légal ? La réponse est dans la question, d’autant plus qu’il ne s’agit pas là d’emplois aidés, de ceux qui – utiles ou pas – coûtent de l’argent à la collectivité, il s’agit bien d’emplois venant du secteur marchand. Comment font les autres pays ? Là, il convient d’être plus prudent car ce qui, culturellement, est admissible dans tel ou tel pays ne l’est pas forcément chez nous, d’autant plus qu’il est aisé de trouver des dérives qui, elles, aboutissent à une exploitation éhontée.

Il fut un temps, pas si éloigné, où aucune supérette n’était ouverte le dimanche matin et les clients se débrouillaient bien pour faire leurs courses en semaine ; aujourd’hui, elles sont nombreuses à être ouvertes le dimanche matin et … les clients affluent ; c’est donc que cela correspond à un besoin pour de très nombreuses personnes ; majoritairement, derrière les caisses on y voit des étudiants venus glaner quelques centaines d’euros dans le mois, ce qui leur permet de financer partiellement leurs études.

Dans cette affaire, au fond, majoritairement les français approuvent l’idée du travail du dimanche mais … la rejettent quand ils pourraient être concernés directement ! Comprenne la France qui pourra… ! Pourtant, tout le monde juge normal que des restaurateurs soient ouverts le dimanche ; tout le monde juge normal que des commerçants se lèvent à l’aube pour préparer un marché (exemple : Chenôve) ; tout le monde juge normal de pouvoir faire son plein le dimanche (les automates n’ont pas été généralisés à 100%) ; tout le monde juge normal qu’il y ait des médecins et des infirmières pour soigner les petits ou gros accidents de santé ; tout le monde juge normal qu’il y ait des policiers présents pour enregistrer une plainte ou ramener le calme en cas de litige avec des voisins, etc. Il est donc permis de se poser la question simple : Est-il anormal de laisser les gens travailler comme ils l’entendent ? Gageons que d’ici deux mois, la commission présidée par Monsieur Bailly rendra des conclusions qui ménageront la chèvre et le chou, d’autant plus que le sujet pourrait devenir explosif à l’approche des élections municipales…