Quelques jours après sa déclaration de candidature aux élections municipales, qui, comme elle l’a elle-même soulignée, s’apparentait à « un secret de polichinelle », la maire Nathalie Koenders a répondu à nos questions. Toutes nos questions, et sans aucune langue de bois !
Dans nos locaux, elle a évoqué la composition de sa liste « renouvelé à hauteur de 45% », la campagne qui bat son plein, les résultats du sondage OpinionWay… Elle a également distillé quelques annonces sur son programme « qui comprendra 165 propositions, « toutes financées et réalisables ». La première magistrate socialiste, qui se définit comme une « élue qui rassemble et non qui divise », a longuement abordé la question du narcotrafic, alors même que les auteurs présumés de l’incendie du Collège Champollion venaient d’être appréhendés.
Et elle a tenu à concilier économie et écologie… tout en insistant sur la dynamique solidaire qui est inscrite dans son ADN politique. Embarquée, comme elle l’a dit, sur « le navire de l’Humanité », Nathalie Koenders aspire à être « une capitaine humaniste, optimiste et déterminée ». Non sans rappeler que « son parti, c’est d’abord Dijon ! »
Pourquoi avoir choisi la voie épistolaire – une missive adressée à tous les Dijonnais(e)s – pour annoncer votre candidature ?
Nathalie Koenders : « C’était important de m’adresser aux Dijonnaises et aux Dijonnais afin, étant déjà leur maire, de leur expliquer les raisons de cette candidature. Même si c’était un secret de polichinelle, j’ai souhaité leur rappeler que j’étais très attachée à la ville de Dijon. Je suis arrivée à l’âge de 3 ans, j’ai étudié dans les écoles dijonnaises, j’ai grandi dans les rues de Dijon, j’ai habité dans de nombreux lieux de Dijon… Je voulais véritablement leur rappeler mon attachement, depuis toute jeune, à la ville de Dijon et leur dire que je présentais cette candidature qui est une première pour les élections municipales ».
Cette démarche n’est pas sans rappeler la missive de François Mitterrand en 1988, avec sa « Lettre à tous les Français… »
« Je suis dans cette histoire car je suis au parti socialiste mais ma volonté n’était pas d’imiter un ancien président ni personne. Mon objectif était de parler de mon amour pour Dijon et de ma volonté de poursuivre cet engagement au service de toutes les Dijonnaises et de tous les Dijonnais ! »
Cela fait maintenant plus d’un an que vous êtes maire de Dijon. S’il ne fallait retenir que trois choses de cette année, quelles seraient-elles ?
« Je citerais le repas des aînés parce que c’est un bon moment de convivialité et de fraternité. Je suis allée les saluer toutes et tous dans la salle et ils m’ont dit qu’ils étaient très reconnaissants de voir la maire, et je ne parle pas de ma personne. Ils m’ont donné aussi beaucoup à cette occasion. Je vais parler également des jeunes et ce ne sont pas forcément des électeurs. Lorsque je suis au conseil municipal d’enfants ou quand j’interviens dans des écoles, je rencontre des jeunes qui sont souvent décriés. On entend que la jeunesse n’est plus ce qu’elle était… La génération Z est différente mais elle a aussi envie de s’engager. Ils s’intéressent à la ville, ils veulent que cette ville continue d’être dynamique.
Là je viens d’évoquer des moments de joie mais j’ai été aussi profondément marquée par des faits terribles. J’ai été touchée au plus profond de moi-même par les incendies que l’on a connus à la médiathèque, au CNFPT, à la salle Camille-Claudel et plus récemment au collège Champollion. C’est difficile à faire comprendre mais ces actes ont été commis en représailles de notre action, avec l’État, pour arrêter les trafics qui pourrissent la vie des gens. Ce n’est pas parce que l’on ne fait rien mais c’est tout le contraire, et je peux comprendre que, pour les habitants, ce ne soit pas facile… »
Comme vous abordez cette question essentielle de la sécurité, la droite et l’extrême droite attaquent votre bilan ainsi que celui de votre prédécesseur, en dénonçant la hausse du narcotrafic…Comment agir pour faire reculer le nombre de faits dramatiques, en lien avec cette activité criminelle dont aucun territoire n’échappe ?
« Le narcotrafic touche en effet toutes les villes, les petites, les moyennes, les grandes, les villes de gauche, les villes de droite. Au Congrès des Maires de France, David Lisnard, en préambule, a parlé du narcotrafic et du problème auquel tous les maires sont confrontés. C’est avant tout l’État – cela fait partie des compétences régaliennes – qui doit combattre le grand banditisme, car, quand on voit ce qui s’est passé à Lyon, on est dans le grand banditisme. Ce ne sont pas les maires et les policiers municipaux qui vont pouvoir seuls l’arrêter.
En revanche, et je l’ai toujours dit, nous devons agir et travailler aux côtés de l’État, dans le cadre des compétences qui sont les nôtres. Par exemple, quand la Police nationale s’occupe des opérations Places nettes, la Police municipale est sur d’autres secteurs en complément. A Dijon, nous pourrions être à 300, 400 policiers municipaux mais il y a des réalités : 100 policiers municipaux correspondent à 5 points d’impôts. Même si nous avions le budget pour les embaucher, ils ne se recrutent pas comme ça. Nous avons augmenté nos effectifs d’un tiers sur ce mandat, nous les avons armés, nous les avons professionnalisés, nous avons augmenté leurs amplitudes horaires, nous n’avons pas à rougir. Et nous travaillons main dans la main avec l’État pour limiter ce narcotrafic.
Mais, contrairement à mes adversaires, je veux dire aussi qu’il n’y pas que la répression. C’est comme si on s’attaquait à des symptômes sans s’attaquer à la maladie. À un moment, il faut aussi comprendre pourquoi il y a tant d’acheteurs. Il y a les toxicos et il faut peut-être les aider parce qu’ils sont malades. Et il y a les consommateurs un peu plus festifs auxquels il faut faire comprendre qu’ils participent à ce trafic qui créent des drames, des bâtiments publics incendiés, des jeunes tués. Comme le disait un récent ministre de l’Intérieur, ils ont du sang sur les mains.
Je pilote un groupe au niveau national sur les Polices municipales et je fais partie de ceux qui ont demandé que les policiers municipaux puissent dresser les amendes forfaitaires délictuelles permettant de verbaliser les consommateurs festifs. Et, au tout début de la chaîne, il y a tout ce qui est prévention. J’ai répondu avec la mairie de Chenôve à l’appel à projet de la MILDECA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) pour, avant même que des jeunes basculent dans la délinquance ou consomment des produits psycho-actifs, agir sur les compétences psycho-sociales.
C’est là où est la différence avec mes adversaires : nous, nous agissons avec fermeté – nous allons continuer à professionnaliser et à armer notre Police municipale – mais nous allons aussi continuer à travailler sur le volet prévention. Je n’oublie pas non plus la prévention primaire, avec ce que l’on donne aux associations culturelles et sportives qui œuvrent dans les quartiers. Je ne suis pas au pays des bisounours sur ces sujets, il faut de la répression mais il faut aussi de la prévention ! »
L’un de vos premiers discours en tant que maire, qui porta sur les 50 ans de la loi sur l’IVG, a été marqué par des références à des femmes engagées dont Simone de Beauvoir. J’emprunterai à cette dernière cette belle formule : « Le présent n’est pas un passé en puissance, il est le moment du choix et de l’action » Le choix de votre liste est fait, c’est donc l’heure de l’action… Comment voyez-vous cette campagne ?
« J’espère que ce sera une campagne respectueuse. J’espère que nous ne tomberons pas dans le populisme avec des propositions farfelues parce qu’aujourd’hui je suis candidate mais je suis aussi maire. Je sais ce qu’il en est des finances de la ville, des lois et de ce que l’on peut faire ou ne pas faire. Et j’espère que nous arriverons à convaincre, mais, si tel est le cas, ce ne sera qu’un début pour, après, mettre en place notre programme. Lorsque vous parlez du présent, le mandat local de maire est l’un des plus beaux mandats.
Parce que l’on s’occupe du présent, du quotidien des personnes : la circulation, la propreté, la sécurité, le vivre ensemble, la culture… Et, dans le même temps, être maire, c’est aussi se projeter sur l’avenir, car des décisions que nous prenons aujourd’hui auront des effets dans 10, 15 ans. On doit anticiper. Et le programme que nous allons présenter prend en compte le présent mais aussi le futur ! »
Dans la missive aux Dijonnais, vous avez précisé que « votre trajectoire s’inscrivait dans le renouveau et la fidélité… » Au-delà de l’oxymore, pouvez-vous nous préciser cette formule ?
« Je fais partie de cette histoire collective qui a débuté en 2001 avec la victoire de François Rebsamen et de son équipe. Et je pense que personne ne peut nier qu’il a transformé la ville, qu’il a réveillé la belle endormie. Je m’inscris bien sûr dans cette histoire mais, dans le même temps, j’incarne le renouveau. Déjà je suis une autre personne, je suis une femme, je ne suis pas de la même génération, j’ai une vision différente. Et la société a également évolué depuis 2001. C’est en substance le changement dans la continuité ! »
Votre prédécesseur François Rebsamen figurera bien sur votre liste… C’est la meilleure façon de réussir la passation, pendant que tant d’autres ont échoué ?
« Je ne suis pas dans le calcul politique mais je sais que c’est une force. François Rebsamen, qui a transformé la ville, est aujourd’hui président de la métropole. C’est une force qu’il soit dans mon équipe ».
A quelle hauteur sera le renouvellement sur votre liste ?
« Celui-ci atteindra environ 45 %. La liste sera composée d’élus expérimentés, c’est important, mais aussi de nouvelles personnes. Des hommes, des femmes de générations différentes, de quartiers différents, de professions différentes. L’objectif est que notre liste soit à l’image de la ville. En fait, notre parti, c’est d’abord Dijon et l’objectif est de représenter au mieux les Dijonnaises et les Dijonnais ! »
Vous avez communiqué sur 5 nouveaux colistiers qui vous accompagnent dans cet engagement commun. La présence de Catherine Petitjean, à la tête d’une entreprise du Patrimoine vivant de Dijon, est un signe fort de ce que vous souhaitez faire pour l’attractivité ?
« Cette liste sera composée de 4 pôles : le pôle de gauche, dans lequel figure ma famille politique et d’autres partis, le pôle centriste, avec notre allié historique, le Modem, le pôle écologiste, composé d’écologistes pragmatiques qui ont envie d’être dans l’action et dans le concret et, enfin, le pôle société civile. Je ne suis pas la candidate des étiquettes mais cela fait une belle image. Effectivement, Catherine Petitjean, qui dirige une des entreprises fleurons de notre identité, qui a déjà travaillé auprès de nous comme présidente de Dijon Bourgogne Invest, figurera sur notre liste. Sa présence sera un atout pour l’attractivité et pour l’économie. Elle fait partie de la belle équipe qui représente Dijon. Mais je rappelle qu’il faut d’abord gagner avant de se projeter sur les délégations et les attributions ! »
C’est une façon d’illustrer le fait que vous êtes, comme vous le dites, « une femme de concorde et que votre volonté est de rassembler… »
« Je ne suis pas un videur de boîte de nuit en disant, toi tu viens avec nous, toi tu ne viens pas… Certains partis prônent des valeurs de rupture, extrêmes, qui veulent diviser les uns les autres. Moi, je veux plutôt apaiser, rassembler, réconcilier. Tous ceux qui prônent les mêmes valeurs et dont l’intérêt premier est Dijon, sont les bienvenus. Malheureusement, il n’y a que 61 noms sur la liste et j’ai eu beaucoup de propositions, de la société civile et d’autres. J’aurais pu faire plus d’une liste mais il a fallu faire des choix et j’ai dû renoncer à des personnes de valeurs. Choisir c’est renoncer… »
Même si, lors de vos vœux au Zénith, vous avez cité le doute méthodique de Descartes et le jugement mesuré de Montaigne, quel regard portez-vous sur les résultats du sondage OpinionWay, qui vous placent très largement en tête au 1er tour ?
« Sincèrement et je l’ai toujours dit, c’est une image à l’instant T. Ce ne sont pas les sondages qui font les élections, ce sont les électeurs, les électrices. Forcément, cela fait plaisir mais cela ne doit surtout pas nous démobiliser ni démobiliser les électeurs car ce serait le pire. Cela m’encourage à continuer sur la dynamique qui a été lancée la semaine dernière avec l’annonce de la candidature. Avec notre équipe, nous allons aller sur le terrain, pour discuter, pour rencontrer les Dijonnaises et les Dijonnais, pour leur présenter notre programme… »
Ce sondage aura, tout du moins, clarifié la situation au centre, enfin là je devrais dire ni à gauche ni à droite, à Dijon. Depuis, l’ancienne ministre Fadila Khattabi s’est retirée… Une réaction ?
« Je ne préfère pas commenter. C’est normal, c’est démocratique. Il y a des candidats, il y en a qui renoncent… Je me concentre sur ma ligne, comme en sport ».
Un autre candidat s’est retiré hier : Laurent Bourguignat… Il a dit que « la politique est avant tout une course de fond ». Vous qui êtes marathonienne, cela a dû vous faire sourire…
« La politique, c’est sur du long terme. Et la ville c’est aussi sur du long terme. Je ne prends jamais les décisions pour la ville sous le coup de l’émotion. Il faut savoir être mesurée, analyser, avoir parfois des doutes et, parfois, trancher. La course de fond s’apparente un peu à cela, lorsque l’on part, il faut savoir gérer, pas partir trop vite, trop haut, il faut se connaître… donc le parallèle apparaît juste ».
L’action en proximité est inscrite, depuis vos premiers pas en politique, dans votre ADN. C’est ce que vous appelez « être une maire du quotidien… »
« Oui, maire, c’est un beau mandat. Ce n’est pas moi qui l’ai dit mais maire c’est l’anagramme d’aimer. Il faut aimer les gens pour être maire. Pour les aimer, il faut aller les écouter et il faut aussi savoir leur expliquer quand on n’est pas d’accord. J’ai déjà animé des réunions qui n’étaient pas faciles où j’ai dû expliquer pourquoi j’ai dû prendre telle ou telle décision. En même temps, il faut savoir prendre du recul et se projeter par rapport à l’évolution de la société ».
Le pouvoir d’achat étant, après la sécurité, la 2e priorité des Français, doit-on également s’attendre à des propositions améliorant celui des Dijonnais ?
« Comme sur ce mandat, nous nous engageons à ne pas augmenter le taux des impôts municipaux. Cela veut dire qu’il faudra aussi parfois faire des choix car les collectivités vont être amenées à participer au redressement des comptes de l’État. Nous avons des contraintes et il va falloir bien gérer les deniers publics. Même si c’est de la compétence de la Métropole, nous allons baisser le tarif pour les transports en commun du public jeune. Même si on reste un des tickets les moins chers de France pour le tramway, il faut accentuer notre effort pour les étudiants.
Et nous allons mettre en place une mutuelle municipale. Au repas des aînés, mais pas que, j’ai rencontré beaucoup de personnes qui ont beaucoup de difficulté à payer une mutuelle. Nous ferons l’intermédiaire entre les Dijonnais intéressés et l’organisme de mutuelle. Le nombre permettra d’avoir des tarifs attractifs… »
Dijon écologique, sociale et attractive… Tel est le triptyque qui résumera l’ensemble de vos propositions ?
« Oui ! Cela nous représente pleinement… »
Comment allez-vous conjuguer économie et écologie ?
« Je ne veux pas opposer. Je prône une écologie juste et pragmatique, et c’est pour cela que les Verts se sont scindés. Ceux qui sont plutôt dogmatiques ont choisi de faire cavaliers seuls ! Mais, pour répondre à votre question, je viens de rencontrer les présidents des clubs d’entreprise qui doivent aussi participer à cette transition écologique. Ils le font parce que c’est bien pour l’environnement mais aussi pour l’image de leur entreprise. Beaucoup travaillent sur leur marque entreprise car ils ont du mal à recruter des salariés. Ils disent que la génération Z est très attentive à la qualité de vie. Et cela concerne également la démarche RSE de leur entreprise. Si bien que c’est du gagnant-gagnant ! Je ne veux pas opposer l’écologie et l’économie. Nous avons besoin des deux dans notre ville ».
Quid de la végétalisation de Dijon… que certains utilisent comme les racines de la discorde ?
« Nous n’avons pas à rougir ! Sur ce mandat, nous avons beaucoup végétalisé la ville et nous avons planté beaucoup d’arbres depuis que je suis maire. Là où c’est possible, notamment en centre-ville, on désimperméabilise et on végétalise. L’axe Monge-Bossuet en est un bel exemple. Nous ne pouvons pas le faire partout, car il y a des réseaux, des contraintes.
J’ai eu d’excellents retours sur le jardin éphémère que je souhaite pérenniser. Nous allons continuer à créer des parcs mais, en revanche, je ne veux pas opposer cela à la création de logements, car le logement est la première des dignités. Et cela répond aussi à la demande des chefs d’entreprises : pour qu’ils trouvent des salariés, il faut que ceux-ci puissent se loger dans notre ville avec des loyers qui n’explosent pas.
J’ai annoncé que nous construirions différemment, que nous ne construirions plus en pleine terre. Nous proposerons des assises de l’urbanisme et de l’architecture pour réunir tous les acteurs et les habitants pour avoir une réflexion sur l’urbanisme d’aujourd’hui et de demain et sur la conciliation du besoin de logements et du besoin de végétalisation ».
Outre la 3e ligne de tram, qui a déjà été présentée, doit-on s’attendre dans votre programme à de grands projets qui transformeront le visage de Dijon ? Sachant que vous avez mis en exergue votre volonté de « continuer de transformer la vile »…
« La T3, portée par la Métropole, transformera le côté Sud de Dijon, comme la T1 et T2 précédemment. Si nous gagnons les élections et si, ensuite, cette ligne est adoptée par les élus de la Métropole, nous accompagnerons sa création en végétalisant et en embellissant les lieux et places concernées. Nous améliorerons aussi les dessertes cyclables. Après, nous aurons d’autres grands projets.
En voici un : nous avons un très joli projet de rénovation des serres et de l’Orangerie au Jardin de l’Arquebuse pour faire, un peu, comme les serres du Jardin des Plantes de Paris afin d’accueillir tous les publics sur la connaissance du vivant. Mais nous allons aussi continuer à rénover les écoles… L’activité physique sera aussi importante dans mon programme, car elle est essentielle pour la santé physique et mentale mais aussi pour le lien social. Nous aurons au total 165 propositions mais ces 165 propositions sont financées et réalisables ! »
Dans un contexte international anxiogène et un contexte national incertain, les maires sont les derniers piliers, bénéficiant du soutien des Français, alors que tous les politiques nationaux sont cloués au pilori de l’opinion publique. Cette confiance renforcée n’accroît-elle pas la responsabilité qui sera la vôtre si vous êtes réélue ?
« Oui car nous restons les élus préférés des Français – ce n’est pas moi qui le dis mais les sondages ! Mais nous restons en même temps à « portée de baffes ! » car nous sommes responsables de tout. Parfois, nous sommes responsables de fait mais pas de droit. Lors de l’évasion des 2 détenus de la prison, certains pensaient que c’était la faute du maire. C’est pour cela que je crois beaucoup à la proximité, à la pédagogie. Je fais beaucoup de réunions publiques et je continuerai à en faire car c’est important d’écouter et, dans le même temps, d’expliquer que nous ne pouvons pas tout. Il est essentiel que certains domaines restent de la compétence de l’État : l’Education, la sécurité, la justice, la santé… Quel que soit le lieu où l’on habite sur notre territoire, il est important que l’on soit protégé de la même façon !
Je ne fais pas partie des maires qui veulent récupérer toutes les compétences mais je demande un peu plus de décentralisation. Car tout est parfois décidé à Paris et Dijon ce n’est pas Marseille, le Havre, Angers, Reims, Bayonne… Il faut faire preuve de plus de pragmatisme, de moins de lourdeur administrative et de plus de bon sens ! »
Quand vous dites que « vous portez la vision d’un avenir enthousiaste et ambitieux pour Dijon », c’est une façon de dénoncer le fatalisme ambiant… qui s’accompagne de l’idée que l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, national s’entend, est inéluctable ?
« Je suis quelqu’un d’optimiste, ce qui ne m’empêche pas d’être lucide. Mais je me dis que si la maire de Dijon renvoie une image pessimiste, ce n’est pas une belle image de la ville et c’est assez anxiogène. J’ai envie d’être optimiste car je crois en l’avenir. Je suis lucide sur les problèmes mais, au lieu de les utiliser à des fins politiques, je me retrousse les manches et j’essaye de les résoudre. C’est ma philosophie !
Je n’ai pas toujours eu une vie facile, quand j’étais petite, je ne suis pas revancharde. Je me dis qu’il faut avancer et c’est pour cela que j’adore intervenir auprès des jeunes. Je leur dis qu’ils peuvent créer les opportunités et qu’après il faut les saisir. Oui, quand on jeune, on tombe, puis on se relève ! C’est comme cela que l’on se construit ! »
A l’occasion de vos vœux aux Dijonnais au Zénith, vous avez eu cette formule : « Nous sommes tous embarqués sur le navire de l’Humanité ». Le navire de l’Humanité, enfin le Mercosur, se jouant aussi ici, François Sauvadet, président du département de la Côte-d’Or, a fait part de sa volonté d’interdire les produits d’origine d’Amérique du Sud dans les assiettes des collégiens. Êtes-vous tentée de faire de même dans les écoles dijonnaises ?
« C’est déjà le cas et nous sommes à plus de 50% de produits bio et locaux. J’ai demandé à vérifier mais nous avons une cuisine centrale exemplaire que nous avons gardée en régie et c’est une vraie fierté. Nous travaillons avec la légumerie inaugurée il y a peu à Bretenière… Nous travaillons avec des producteurs locaux, des produits français et nous avons des repas équilibrés… Quant au navire de l’humanité que j’évoquais, c’était aussi pour dire que je suis une humaniste. Je le redis, nous ne sommes pas dans le pays des bisounours mais je crois en l’humain et c’est pour cela que je veux continuer à rassembler et non à diviser ! »
Après le « navire de l’Humanité », revenons au navire dijonnais dont les municipales ont pour objectif de fixer le cap pour les prochaines années. Si vous deviez définir en trois qualificatifs la capitaine de ce navire que vous serez, quels seraient-ils ?
« Une capitaine humaniste, optimiste et déterminée ! »
Propos recueillis par Xavier Grizot





