Thierry Caens souffle… ses 40 bougies

S’il y a bien un concert à ne pas manquer, c’est celui organisé le 28 novembre prochain salle Devosge à 20 heures (1) par l’ambassadeur culturel et gastronomique de Dijon, Thierry Caens. Le grand trompettiste tire sa révérence du Conservatoire à Rayonnement Régional après 40 ans de bons et loyaux services. Et c’est un doux euphémisme, tellement il a mené à bien de magnifiques projets. Interview d’un grand monsieur de la musique…

Vous organisez ainsi un concert d’adieu au Conservatoire que vous avez marqué de votre empreinte, enfin, en tant que trompettiste, je devrais dire de votre souffle. C’est une très belle page qui se tourne ?

Thierry Caens : « J’ai déjà transmis le Festival Musique au Chambertin. 37 ans après l’avoir créé, il était nécessaire qu’il soit repris par quelqu’un de passionné : la brillante Adélaïde Ferrière, avec ses nouvelles idées, fera cela très bien. Et j’enseigne depuis 40 ans au Conservatoire, c’est le moment aussi de passer la main. Deux de mes élèves, Philippe Boisseranc et Bertrand Gillet, me succéderont parfaitement. L’immense chose qui me reste, c’est la musique : l’écrire, qui est essentielle, et les concerts, jusqu’à ce que je ne puisse plus jouer correctement, sachant que mon instrument est très physique. Je joue tout de même de la trompette depuis l’âge de 5 ans… »

Vous souvenez-vous de vos premiers pas au Conservatoire ?

« Je me souviendrai toujours bien évidemment de ma nomination en 1985. J’étais à l’époque soliste à l’Opéra de Paris. Et mon père, Marcel Caens, qui a été professeur au Conservatoire de Dijon durant 37 ans – ce qui fait presque 80 ans de Caens au CRR ! – part alors en retraite. Je fus l’assistant de mon père, étant fraîchement sorti du CNSM de Paris avec 2 premiers prix de trompette et cornet dans la classe de Maurice André. J’avais envie de lui succéder sentimentalement et je souhaitais aussi revenir dans ma ville parce que j’avais des tas de projets à Dijon que j’ai réalisés : monter un Festival de cuivres, la Camerata de Bourgogne…

J’avais envie de m’investir à Dijon, ce que j’ai fait, alors que d’aucuns pensaient, sous l’époque Poujade, que j’allais être un prof TGV… J’ai été très heureux de l’avènement d’une nouvelle municipalité en 2001 avec une nouvelle dynamique culturelle dans la ville qui ne fait l’ombre d’un doute pour personne. Mon père a aussi été très heureux que je lui succède… »

Si vous deviez ne retenir que quelques-uns des grands projets que vous avez menés à bien, quels seraient-ils ?

« La construction du Grand Ensemble de cuivre du Conservatoire de Dijon a été l’un des principaux projets. Il était souvent dit à cette époque que le Conservatoire produisait des élèves, mais qu’on ne les entendait jamais… la création de ce Grand Ensemble est née de la volonté de palier à cette absence. Durant 30 ans, nous avons beaucoup tourné et cet outil pédagogique est devenu un outil de représentation du Conservatoire à l’extérieur. J’ai pu aussi faire venir des grands solistes, de véritables stars mondiales, afin de jouer avec ce grand ensemble.

Mais je suis aussi très fier d’avoir eu beaucoup de très bons élèves qui ont pu embrasser des carrières professionnelles de haut niveau. Je citerais aussi la création du « Cornet à la Frite ». Partant du constat que le Conservatoire recrutait surtout les jeunes provenant des quartiers favorisés, l’idée fut de proposer, à la Fontaine d’Ouche et aux Grésilles, des cours entièrement gratuits. Et ce projet fut mis en valeur lors de la venue de François Hollande en 2001… J’ai toujours essayé de mélanger l’exigence et le côté populaire, car la musique est ouverte à tous. C’est simplement l’accès qui n’est pas populaire… Et trois élèves du «  Cornet à la Frite » participeront au concert du 28 novembre ! »

Justement, pouvez-vous nous en dire plus sur cette date qui s’annonce comme un grand événement ?

« Ce sera un concert riche, varié, avec des invités surprises mais aussi avec toute la dimension de mon enseignement. Il y aura tout d’abord les élèves, ceux de la classe de trompette actuelle, augmentée de quelques anciens. Ensuite nous présentons l’Ensemble de Cuivres du Conservatoire, nouvelle formule, co-dirigé par Bertrand Gillet et Didier Portrat. Seront réunis aussi tous ceux que j’aime et admire que je remercie d’avoir accepté de m’accompagner en ce jour si symbolique : Michel Becquet, Gustavo Beytelmann, mon frère Jean-Pierre Caens, Patrice Caratini, Sara Chenal, Olivier Pelmoine, Didier Ferrière, Sam Garcia, Pierre Sylvan, Léo Sanchez, Benoit Tourette, Gérard Métrailler… Ce sera un grand moment ! »

Propos recueillis par Xavier Grizot

(1) Réservation par mail : vivartis@thierrycaens.com Tarifs 13 €/7€