Légion d’honneur : L’histoire d’une confiance devenue héritage

Il y avait, ce soir-là, quelque chose de plus fort qu’une simple cérémonie républicaine. Dans la salle des États du palais ducal, Nathalie Koenders a reçu les insignes de chevalière de la Légion d’honneur. Une distinction rare, solennelle, mais qui, entre les murs de l’Hôtel de Ville de Dijon, avait surtout des airs d’histoire personnelle, politique et dijonnaise.

Et puis il y avait celui qui la lui remettait : François Rebsamen. Qui d’autre, au fond, pouvait le faire ? Car cette décoration ne venait pas seulement saluer un parcours. Elle racontait aussi une fidélité, une transmission, une manière de servir une ville dans la durée. Nathalie Koenders n’est pas arrivée là par hasard. Elle a grandi politiquement dans l’équipe de François Rebsamen, à ses côtés, dans cette école exigeante de la gestion municipale où l’on apprend que la proximité ne se proclame pas, mais se pratique.

La scène avait donc quelque chose d’évident. François Rebsamen, l’ancien maire qui a profondément marqué Dijon, décorant celle à qui il a transmis les clés de la ville. Pas un symbole figé, pas une image de protocole, mais un passage de relais assumé, presque naturel. Celui d’un homme qui a façonné Dijon pendant plus de vingt ans à une femme qui, désormais, écrit sa propre page.

Une reconnaissance et une responsabilité

Leur rencontre, François Rebsamen n’a pas manqué de l’évoquer avec cet humour qu’il sait si bien manier : « Elle se fait fin 2007, il y a plus de 18 ans. Le temps est passé, j’ai beaucoup vieilli ; vous avez mûri. A cette époque, au fil de la vie dijonnaise, nous nous croisons ici ou là. Je ne saurais dire de quelle manière précise j’ai ressenti chez vous cette appétence et cette capacité certaine à vous mettre au service des autres. Toujours est-il que je vous propose alors d’être numéro 2 sur ma liste aux élections municipales. Fumeur invétéré, je vous demande comme une simple formalité, – qui se veut polie mais sans conséquence -, si la fumée vous dérange… Votre réponse ne se fait pas attendre, directe et spontanée : « Oui, ça me dérange, car je suis enceinte et je préfère que vous fumiez à la fenêtre ». Votre franchise et votre simplicité sont éclatantes. J’ai compris que j’avais fait un bon choix ».

Nathalie Koenders, première femme maire de Dijon, a reçu cette Légion d’honneur comme on reçoit à la fois une reconnaissance et une responsabilité. Son parcours dit beaucoup de son tempérament : le sport, le service public, l’engagement local, puis la politique, non comme une posture, mais comme une façon d’agir concrètement. « Je reçois la Légion d’honneur avec humilité et reconnaissance. Cette distinction est avant tout le reflet d’un parcours fait de rencontres et du soutien de femmes et d’hommes, d’associations et d’institutions qui m’ont accompagnée et fait confiance. C’est la force de notre promesse républicaine : permettre à chacun de trouver sa place et d’ouvrir des chemins qui ne sont pas écrits d’avance. Comme Maire de Dijon, je la reçois donc comme une exigence : celle de rester fidèle à ce qui m’a construite et de transmettre à mon tour » a confié Nathalie Koenders.

« Vous vous inscrivez dans une histoire, et vous incarnez le renouveau »

Dans la salle, l’émotion n’était pas feinte. Elle tenait à ce mélange particulier de respect, de mémoire et d’avenir. On distinguait Nathalie Koenders pour ce qu’elle a déjà accompli, mais on regardait aussi ce qu’elle incarne aujourd’hui : une continuité, certes, mais pas une copie. Une femme de terrain, attachée à Dijon, à ses quartiers, à ses habitants, et décidée à porter sa propre voix. « Vous saurez, j’en suis certain, faire prospérer l’héritage de mes 26 années de mandat, tout en y insufflant votre vision propre et vos projets, avec votre style, votre détermination, votre enthousiasme et celui de l’équipe que vous avez librement choisie. Vous vous inscrivez dans une histoire, et vous incarnez le renouveau » a affirmé François Rebsamen.

La Légion d’honneur est parfois perçue comme une médaille lointaine, presque abstraite. Ce soir-là, elle avait un visage. Celui d’une élue qui a choisi le temps long, la loyauté et le travail. Celui aussi d’une ville qui sait reconnaître les siens.

Et lorsque François Rebsamen a accroché les insignes à Nathalie Koenders, ce n’était pas seulement une distinction remise par un ancien maire à l’actuelle maire. C’était Dijon qui regardait une partie de son histoire se poursuivre.

Jean-Louis Pierre