Vladimir Devanlay, 41 ans, peintre contemporain autodidacte dijonnais, consacre sa vie à l’art depuis 2010. Jusqu’au 6 octobre, il présente sa quatrième exposition au musée de l’Hostellerie à Dijon, où il dévoile huit nouvelles œuvres. L’incendie de 2022, qui a détruit toutes ses toiles accumulées sur une décennie, ne l’a pas découragé. Au contraire, cet événement tragique a ravivé sa passion pour la peinture, une passion née au lycée et enrichie par des études de philosophie. Influencé par des maîtres comme Kandinsky, Klee, Van Gogh, Monet, Giacometti, ainsi que par des contemporains comme Soulages et Baselitz, Devanlay cherche à capturer la présence pure de l’humain à travers des visages et des corps qui émergent de la toile. Il nous invite à explorer la fragilité et la densité de l’existence à travers ses nouvelles œuvres.
Comment l’incendie de 2022 a-t-il influencé votre art et votre vision artistique ?
« Il est difficile de mesurer l’influence de l’incendie sur ma peinture et sur ma manière de peindre. Ce qui est sûr, c’est que cet événement n’a pas engendré de résignation ou de colère. Au contraire, il a renforcé ma conviction et la nécessité de continuer à peindre. Depuis, il est possible que ma peinture soit moins heurtée, plus apaisée, plus lumineuse. »
Vous cherchez à atteindre l’humain par votre travail. Comment cette quête se manifeste-t-elle dans votre travail par les visages ?
« Une des grandes questions philosophiques est : « Qu’est-ce que l’homme ? » Malgré les époques et les lieux, l’expérience d’être humain reste universelle. Je recherche toujours la présence pure. Ce n’est pas nécessairement un visage, cela peut être un corps, mais il est toujours question de l’apparition.
Le visage est par excellence le lieu de la révélation. Comme quelqu’un qui regarderait longtemps les nuages et qui tout à coup verrait surgir un visage. Je cherche à faire jaillir de la toile, couche après couche, un visage qui repésente la vérité la plus essentielle de notre humanité.
A travers la peinture il faut laisser jaillir la vie en étant disponible, en mettant sous silence le plus possible sa subjectivité. A partir de là, la chose la plus énigmatique et la plus merveilleuse qui soit se produit. »
Vous évoquez la peinture comme expérience de l’existence dans ses strates et traces. Pouvez-vous développer cette idée ?
« La peinture est le reflet de l’existence, qui est soumise à la temporalité. La temporalité est essentielle dans ma peinture car elle permet de saisir la vérité d’un visage ou d’un corps… Elle s’exprime à travers la multiplicité des couches de peintures qui se recouvrent mutuellement tout en restant visibles. Ces couches forment des strates épaisses, denses et puissantes, qui résistent et perdurent. Elles forment aussi des traces vaporeuses et fugaces, qui expriment la fragilité et l’éphémère de l’existence ainsi que sa beauté. »
Comment l’art peut modifier notre regard et notre manière d’habiter la terre ?
« L’art est et doit être spirituel. Ma peinture cherche une voie au-delà de la subjectivité et de l’individualisme, une voie du vivre ensemble, du vivre avec le monde et la nature. Je crois que l’art est un désir fondamental qui fait de nous des humains, et non simplement des êtres vivants. »
Quel message principal souhaitez-vous transmettre à travers vos œuvres ?
« Qu’il n’y a rien au-dessus de la vie ! Elle est énigmatique, douloureuse, terrible parfois mais elle est aussi un hymne à la joie. Il faut saisir cette vie dans sa densité, dans sa fugacité aussi et dans sa beauté. J’essaie aussi de faire réfléchir et de susciter chez le spectateur des émotions profondes. »
Quels matériaux privilégiez-vous pour exprimer de vos sujets ?
« Je travaille principalement avec la peinture acrylique, mais je mélange aussi d’autres techniques, comme l’insertion de sable ou de mastic sur la toile pour exprimer la densité et la texture de l’œuvre. J’utilise également des techniques comme la gomme-laque, les pigments purs dilués à l’eau, et l’émulsion pour susciter la fragilité et l’évanescence. »
Avez-vous des thèmes que vous aimeriez explorer davantage ?
« Parmi les thèmes que je souhaite explorer, il y a le végétal, symbole de notre respiration entre terre et ciel, entre matière et esprit. Je souhaite également aborder le thème de la démocratie et de ses menaces. »
Mary Isaa





