Souvent, au crépuscule de leur vie, ils sont un certain nombre à coucher sur le papier leurs souvenirs, les moments heureux ou malheureux qu’ils ont vécus. Un exercice de mémoire qui vaut transmission. Bernard Depierre, dont on connaît la longue carrière politique, s’est inscrit dans cette logique de témoignage. A une exception près, ce n’est pas une vie qu’il évoque dans l’ouvrage qu’il vient d’écrire mais trois. Trois vies très bien remplies.
Bernard Depierre est ravi d’attirer encore une fois la curiosité avec, cette fois, un livre écrit avec beaucoup d’honnêteté intellectuelle, qui évite les généralisations excessives, les anathèmes -même s’il a la dent encore dure et la poigne ferme- ou les envolées lyriques. Sans donner la moindre leçon. Pas pour remettre non plus quelques pendules à l’heure mais pour faire simplement et efficacement l’inventaire de ses meilleurs souvenirs, parfois souriants, parfois émouvants, parfois malheureux. Pour mettre surtout en exergue « une vie professionnelle riche et passionnante, une vie sportive énorme (…) et une vie publique au-delà de la politique ».
L’ancien député de la Côte-d’Or a toujours fait sien cet adage : « On n’existe pas sans les autres ». Raison pour laquelle ce livre de près de 200 pages met en avant des centaines de compagnons de route, connus ou pas.
Bernard Depierre fait partie de cette génération qui a pleuré devant la mort du général de Gaulle : « C’est à Mâcon que j’eus l’éblouissement de ma vie en ayant eu l’honneur de rencontrer le général de Gaulle sur les quais de la Saône. Sa stature, son autorité naturelle furent le déclic de mon engagement politique, j’avais 14 ans (…) J’ai toujours suivi ses idées, son engagement au service de la France ».
Bernard Depierre reconnaît d’avoir eu la chance de rencontrer des maîtres à penser dans son engagement politique gaulliste avec le sénateur Maurice Lombard et l’ancien ministre Robert Poujade qui fut maire de Dijon de 1971 à 2001. Au siècle dernier, c’était un des jeunes loups qui entouraient Robert Poujade. La meute a disparu depuis belle lurette et Bernard Depierre est incontestablement le survivant de cette époque où le RPR dominait la vie politique départementale. La conviction de cette suprématie n’était pas feinte. Il l’a trop martelée pour qu’on puisse en suspecter la sincérité, lui qui a toujours été perpétuellement disponible pendant des différents mandats. Boulimique de défis, assoiffé de rencontres, on l’a vu sur tous les fronts, ne doutant de rien, surtout pas de lui-même. Fier comme Artaban, écorché vif, ombrageux quand on lui fait de l’ombre…
Le sens des formules
A 78 ans, Bernard Depierre, n’a pas changé. Il a toujours cette flamme dans l’œil qui illumine le champ de bataille et désigne son vainqueur. La politique est et sera toujours son sang, qui ne peut être tiède. Le visage parfois chiffonné, il est capable d’en parler des heures, de s’énerver contre certains élus qui perdent tout crédit, leur prestige et une bonne part de leur influence, de s’enflammer contre ceux qui n’ont pas l’énergie de leurs audaces et leurs calculs dans les problèmes qui nous taraudent, dans les questions qui nous assaillent, dans les doutes qui nous saisissent.
On ne le refera pas Bernard Depierre. Il est comme ça avec cette inaltérable assurance, cette imperturbable hardiesse et cet habituel sens des formules qui désarçonne souvent ses interlocuteurs. Sens des formules qu’on retrouve d’ailleurs dans son livre « Mes trois vies » qui fait la part belle à la vie professionnelle -25 années passées comme cadre dirigeant au sein du groupe pharmaceutique Winthrop-, politique (1) -n’oubliant pas au passage à évoquer les élections législatives de 2002 où il battit François Rebsamen sur la 1ere circonscription de Côte-d’Or- et sportive tout particulièrement avec le basket : « Le sport qui ne me lâcha jamais : joueur, entraîneur, arbitre, dirigeant, de mon club de toujours, la JDA, puis au comité, à la ligue de basket, à la fédération et même à la ligue nationale pendant 15 ans ».
Une chance de pouvoir voter
« Mon père me disait toujours avant sa mort, alors que j’étais très engagé dans la vie professionnelle, sportive et politique : N’aie pas peur de ceux qui peuvent te détester mais fais attention à ceux qui font semblant de t’aimer », confie Bernard Depierre dans son ouvrage. Cette prudence l’a toujours accompagnée, se méfiant particulièrement des coulisses dans lesquelles gravitent ombres, fidèles et inconditionnels prêts à toutes les manœuvres. C’est pourquoi, quels que soient les scrutins, il a toujours veillé à constituer autour de sa personne une troupe militante importante et soudée.
Qui à Dijon n’a pas une anecdote sur Bernard Depierre ? Répétées cent fois, elles forment la chanson de geste du rapport charnel et passionnel qui lie, dans le secret des cœurs, un homme et son pays.
Aujourd’hui, Bernard Depierre observe la politique locale et nationale en observateur toujours aussi lucide. Lui qui, du sérail a gravi tous les barreaux, connaissant les échecs et les triomphes des scrutins, termine son ouvrage sur une note teintée de pessimisme : Un sujet majeur me préoccupe depuis plusieurs années à tous les niveaux. Le désintérêt pour la chose publique et les élections. Or, c’est une chance de pouvoir voter et voter, c’est participer à une histoire. Or, voici de longues années que la France n’enseigne plus l’amour du pays, de la République. A force d’éliminer l’histoire de la nation, on risque d’éliminer nos histoires familiales ». A bon entendeur…
(1) Bernard Depierre eut la charge de gérer le Sport et la Jeunesse à Dijon de 1983 à 2001. Il siégea à l’Assemblée nationale pendant deux mandats de 2002 à 2012.
Il fut conseiller départemental de 1994 à 2008, ce qui lui permit de prendre la présidence du bailleur social Orvitis au sein duquel il participa à la réalisation de plusieurs maisons de retraite, de gendarmeries, de crèches, et d’un important patrimoine de logements.
Jean-Louis Pierre
« Mes trois vies » par Bernard Depierre. Le livre est disponible sur commande au 06 11 86 80 00
2008…
« Beaucoup me poussèrent à me présenter aux élections municipales de Dijon en 2008, mais étant à la fois député et conseiller départemental, je ne voulais pas m’accaparer cette position. Le combat fut très inégal et le maire de Dijon fut réélu confortablement. Peut-être aurais-je dû me décider et obtenir l’investiture. J’étais le seul qui avait battu le maire de Dijon… »
La formidable aventure Formapi
Si la formation était une discipline olympique aux prochains Jeux de Paris, il fait peu de doute que Formapi serait sur la plus haute marche du podium. Une référence nationale qui a vu le jour en 1994 à Dijon sous l’impulsion de Bernard Depierre.
Car s’il y a bien un exemple à suivre dans l’univers de la formation professionnelle, c’est bien Formapi, l’ex-CFA du Sport de Bourgogne Franche-Comté qui rayonne, dorénavant, bien au-delà des frontières de la région. La structure dispose d’une soixantaine d’unités territoriales réparties sur une vingtaine départements et a pour vocation première la formation professionnelle des jeunes dans le domaine du sport, de l’animation, du tourisme, du marketing, du commerce, du numérique, de l’industrie et du bâtiment.





