« A Love Suprême… ». John Coltrane en a fait un album mythique de jazz. Xavier Durringer a ajouté un accent circonflexe pour en faire le titre d’un spectacle on ne peut plus émouvant. Un « seul en scène » au féminin taillé sur mesure pour Nadia Fabrizio…
Les inconditionnels des textes crus de Xavier Durringer ont adoré ses Histoires d’Hommes qui, ont, notamment, fait les beaux jours du Festival d’Avignon… Eh bien, celui qui a fréquenté l’Acting International excelle aussi dans les histoires de… femmes. Le monologue qu’il a écrit, avec son style si particulier, pour Nadia Fabrizio l’illustre parfaitement : « A Love Suprême » ! N’y voyez pas une quelconque référence à la sauce pour accompagner le poulet… mais bien le récit de la vie d’une belle poule parisienne !
« C’est une femme qui voulait être danseuse, comédienne et qui pour payer ses études au cours Florent a commencé à travailler dans un peep-show. Une provinciale à Paris… Ce sera petit à petit sa vie, celle d’une strip-teaseuse des années 80. Loin de la vulgarité, elle témoigne de la grande solidarité que l’on retrouvait dans ce milieu. Elle appartient à la communauté des femmes qui se battent, à une véritable famille… », explique la comédienne, tout en soulignant : « Comme beaucoup, elle ne voit pas le temps passé et cette strip-teaseuse de 50 ans se fait du jour au lendemain virer de son boulot. La nuit d’après, alors qu’elle est en état de choc, elle se retourne sur sa vie. C’est une réflexion sur le vieillissement, enfin la violence du vieillissement chez les femmes… »
Créée à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône en 2018, cette pièce mise en scène par Dominique Pitoiset, le directeur de l’Opéra de Dijon, vous plonge aussi dans l’histoire d’un quartier mythique des nuits parisiennes, de son évolution des années 80, de l’époque du sida… à l’apparition d’Internet ». Cela secoue comme les tambours des machines des Lavomatics. C’est au demeurant dans un Lavomatic que se déroule ce « seul en scène ». Enfin là nous devrions écrire « seule en scène… » Et Nadia Fabrizio, qui a déjà illuminé au mois d’octobre Dijon de son talent avec le spectacle « Emigrant », réussit ici encore une prestation époustouflante. Après une petite-fille et fille d’émigrée, c’est cette fois-ci une chômeuse du monde de la nuit qu’elle incarne… avec maestria. L’émotion qu’elle suscite n’empêche pas l’humour d’affleurer…
Une chose est sûre : les chemins de Xavier Durringer, de Nadia Fabrizio et de Dominique Pitoiset ont bien fait de se croiser. Sans cette rencontre, jamais cette belle histoire… de femme n’aurait vu le jour !
Le 15 décembre à 20 h
GranD Théâtre
Tarifs : de 5,50 € à 25 €
Texte de Xavier Durringer
Mise en scène et scénographie Dominique Pitoiset
Avec Nadia Fabrizio
Lumières : Christophe Pitoiset
Direction technique : Philippe Richard
Vidéo : Emmanuelle Vié Le Sage
Conseil perruques et maquillages : Cécile Kretschmar
A Love Suprême de Xavier Durringer est publié aux éditions Théâtrales.





