François-Xavier Dugourd : « Être la voix de notre circonscription à Paris et non pas la voix de Paris sur notre territoire »

Ce n'est pas une surprise. François-Xavier Dugourd sera candidat LR aux prochaines législatives des 12 et 19 juin prochains sur la 1ere circonscription de Côte-d'Or. Malgré le revers sévère subi par Valérie Pécresse, celui qui est aussi président des Républicains de Côte-d'Or ne perd pas espoir. Il explique pourquoi.

Dijon l'Hebdo : Cette élection présidentielle aura plongé Les Républicains dans un profond chaos ?

François-Xavier Dugourd : « C'est l'ensemble de la classe politique qui est dans le chaos depuis déjà quelques temps et ces dernières élections ont, une nouvelle fois, mis en évidence le poids des extrêmes, l'abstention... Bref, un vrai malaise démocratique dans notre pays. Et les partis politiques, en particulier les partis traditionnels, continuent de subir le rejet d'une partie des Français. Les Républicains n'ont pas été épargnés et ils ont, eux aussi, été particulièrement touchés avec la défaite cuisante que nous venons d'enregistrer. Mais cela ne veut pas dire qu'on est mort. Loin de là. Déjà, je rappelle que Les Républicains sont majoritaires au Sénat. Ensuite, nous avons gagné les dernières élections municipales et départementales. N'oublions pas, non plus, nos bons scores obtenus l'an passé aux élections régionales. Nous sommes le premier parti en termes d'élus locaux. Et reconnaissez que c'est un choix récent des Français. On peut dès lors difficilement parler d'un rejet des Républicains. Simplement, force est de constater, que le choix de notre candidate pour la Présidentielle n'a pas fonctionné. C'est un fait ».

DLH : Vous reconnaissez donc que le choix de Valérie Pécresse a été une erreur de casting qui aura aussi souligné les limites de l'exercice des primaires...

F-X. D : « Il faut quand même avoir en tête que chaque élection a sa logique propre. La Présidentielle, c'est vraiment la rencontre d'un homme ou d'une femme avec les Français. Incontestablement, cette rencontre ne s'est pas faite avec notre candidate, Valérie Pécresse, pour tout un ensemble de raisons. La problématique que nous connaissons n'est pas nouvelle. Cela fait à peu près dix ans que nous la vivons au sein de notre formation politique. Sur le fond, je reste persuadé que notre projet pour la France, dans tous ses aspects -économiques, sociaux, environnementaux, en matière de sécurité, de justice- est le bon projet. Nos propositions sont crédibles et applicables. Elles apporteraient les solutions que les Français attendent. Le problème, c'est la question de l'incarnation de ce projet politique. Voilà des années qu'on patine. Je ne referai pas le débat sur la primaire ».

DLH : Avez-vous participé au « Pécressethon » ?

F-X. D : « Oui, bien sûr. C'est logique dans la mesure où Valérie Pécresse a mené une campagne courageuse dans un contexte compliqué lié à la crise du Covid et de la guerre en Ukraine. Elle a tenté au mieux de porter nos couleurs et a fait montre de beaucoup de qualités, notamment une belle ténacité, malgré les attaques multiples et variées qu'elle a subies. Le fait qu'elle ne dépasse pas les 5 % a été un choc pour tout le monde et il était donc normal de lui apporter un soutien financier ».

DLH : Comment expliquez-vous le silence persistant de Nicolas Sarkozy durant cette campagne ?

F-X. D : « Objectivement, il m'a profondément choqué. J'ai été extrêmement déçu par sa position. Avant le premier tour, je n'ai pas compris pourquoi il n'avait pas soutenu Valérie Pécresse qui était la candidate de notre famille politique. Et si Nicolas Sarkozy a été Président de la République, c'est grâce à sa famille politique. Grâce aux militants et sympathisants qui l'ont porté, se sont battus pour lui. Son attitude n'est pas digne et je me demande ce qui la motive. J'ai lu avec beaucoup d'attention le livre Le traître et le néant, écrit par deux journaliste du Monde qui décrivent les liens qui existent depuis un certain nombre d'années entre Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron... J'espère que l'absence de position de Nicolas Sarkozy n'est pas liée à de mauvaises raisons, notamment pour éviter des problèmes judiciaires ».

DLH : Etes-vous sur la même ligne que Christian Jacob, président des LR pour qui « il n’y a pas de double appartenance, il n’y en aura jamais (…) On ne peut pas être Les Républicains et majorité présidentielle » ?

F-X. D : « Je suis complètement d'accord. C'est fondamental. La stratégie qui a été adoptée à l'unanimité par les dirigeants de notre mouvement est la bonne. Tout le monde ne peut pas se fondre dans le macronisme et on ne doit pas se résoudre à ces alliances totalement disparates qu'Emmanuel Macron est en train de nouer pour assurer une majorité des plus hétéroclites. Notre pays a besoin d'une droite républicaine. Il a besoin d'une alternative. Si Les Républicains ne l'incarnent pas de manière très claire, en cas d'échec du macronisme, ce sont les extrêmes qui seront au pouvoir. On a donc une vraie responsabilité car il serait dramatique de concentrer tous les pouvoirs dans une seule main. Il faut que l'Assemblée nationale, avec le Sénat, joue véritablement un rôle en totale indépendance du Président de la République. Cela évidemment avec un esprit constructif et réformateur. Il ne faut surtout pas retomber dans ce qu'on a vécu dans le précédent quinquennat avec une assemblée de godillots aux ordres du Président de la République. D'où l'intérêt d'avoir une force indépendante capable de proposer une autre voie ».

DLH : Que répondez-vous à certains de vos collègues LR qui se disent prêts à travailler avec Emmanuel Macron pour « se rendre utiles » ?

F-X. D : « Malheureusement, on le sait, il y en a toujours qui vont à la soupe. Tout cela est lamentable. Ce sont des aventures individuelles qui s'éloignent pour le moins des valeurs de l'engagement politique. Ce sont aussi ces gens-là qui éloignent les électeurs des urnes. Ce n'est pas ma conception de la politique. La politique, c'est la cohérence, c'est le respect des électeurs ».

DLH : Les effets secondaires du score cataclysmique de Valérie Pécresse à la Présidentielle 2022 se mesurent aussi en Côte-d'Or où le député Rémi Delatte, votre prédécesseur à la présidence départementale des Républicains de Côte-d'Or, jette l'éponge sur la 2e circonscription...

F-X. D : « Cette décision me surprend car elle ne correspond pas à ce que Rémi Delatte laissait encore entendre ces dernières semaines. Le Conseil national l'a même investi sur sa circonscription. Cela me gêne car une élection législative, ça se prépare, et cette annonce tardive n'est sûrement pas le meilleur moyen pour conserver cette circonscription ».

DLH : Mais vous, comme vous l'avez affirmé depuis déjà quelques mois, vous serez bien présent dans la bataille électorale sur la 1ere circonscription de Côte-d'Or ?

F-X. D : « Plus que jamais. Je ne suis pas du genre à changer d'avis. Malgré le contexte difficile qui me motive encore plus, je suis prêt à assumer ces responsabilités. Faire face aux problèmes des Français, travailler sur le pouvoir d'achat, sur une écologie positive et incitative, restaurer l'autorité de l'Etat, donner des moyens supplémentaires à la Défense et à la Justice, alléger les charges qui pèsent sur les entreprises, libérer les initiatives... Tout cela me paraît fondamental. Tous ces dossiers sont majeurs et je souhaite m'y investir. Sans oublier les dossiers locaux, essentiels pour la 1ere circonscription, comme les infrastructures routières, l'achèvement de la Lino à 2 x 2 voies, les problématiques d'autoroute et les péages urbains auxquels je m'oppose fermement, les dossiers en matière d'économie et d'emploi comme, par exemple, le développement des initiatives « territoires zéro chômeur ». J'ai parcouru la 1ere circonscription et j'ai rencontré des maires, des équipes municipales qui ont besoin d'avoir des appuis au niveau national. Je souhaite être derrière tous ces acteurs qui portent des projets. Etre la voix de notre circonscription à Paris et non pas la voix de Paris sur notre territoire. Etre un député présent. Un député qui travaille sans sectarisme, sans esprit partisan comme je l'ai toujours fait dans le prolongement de mes mandats locaux. Je suis un élu ancré sur le territoire.

Si on veut répondre, en partie, au malaise démocratique, un député doit imaginer son travail de manière différente et notamment la façon dont il associe les habitants de sa circonscription à l'élaboration des lois mais aussi à leur évaluation. Si je suis élu député, je prendrai des initiatives pour créer, probablement sous la forme d'un conseil de territoire, des moyens pour impliquer des acteurs qui sont directement concernés par certains projets de loi, de les associer de manière très claire à la conception de ces lois pour mettre à profit leurs remarques et les idées qu'ils pourraient avoir. Le député a énormément de choses à faire dans ce sens là. C'est l'esprit et la méthode que je voudrais instaurer si les électeurs de cette circonscription me font confiance »

DLH : Cette campagne, comment allez-vous l'organiser ?

F-X. D : « Je vais faire une campagne de terrain avec des rencontres que j'appelle « au coin de la rue ». L'électeur, il faut aller à sa rencontre. Il ne viendra pas naturellement vers vous. Etre sur le terrain pour convaincre, tirer les sonnettes, faire du porte à porte... Etre là où vivent les gens pour échanger, débattre, expliquer ma candidature, les projets que je porte. Il y aura aussi un certain nombre de grands rendez-vous. En particulier David Lisnard, maire de Cannes et président de l'Association des Maires de France, qui était à Ahuy le 3 mai dernier pour m'accompagner dans le lancement de ma campagne. Laurent Wauquiez, figure importante de notre mouvement, et Gérard Larcher, président du Sénat, me feront l'honneur d'être à mes côtés, le 24 mai pour le premier, et le 8 juin pour le second. J'ai prévu également un débat sur le thème de l'emploi avec Laurent Grandguillaume, ancien député de la circonscription. Même si nous ne sommes pas de la même famille politique, les idées qu'il porte sont très intéressantes. J'apprécie l'esprit qui est le sien, sa façon de travailler sans sectarisme ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre