Bilel Latreche : Un boxeur engagé dans tous les combats de la vie

A Dijon, on ne présente plus le champion de boxe de 35 ans dont le palmarès est aussi long que son mètre 87. Pourtant, d’autres facettes que l’on lui connait moins font de lui un homme épanoui et accompli. Portrait.

En matière de combat, il y a ceux qui frappent fort, qui esquivent intelligemment et ceux qui tout simplement montent sur un ring pour s’essayer à l’un des sports le plus populaires au monde. Dans le cas de Bilel Latreche, c’est un joli petit condensé des trois : « Je n’ai pas voulu être boxeur tout de suite. Quand j'étais gamin, j’étais fan de Mohamed Ali. Plusieurs raisons m'ont amené à mettre les gants : d’abord parce que, dans mon quartier, ça virait souvent au pugilat et je n'étais pas le dernier à vouloir me bagarrer, mais aussi parce que mes cousins ont pratiqué la boxe à haut niveau et que ma mère m’y a incité. Elle a senti que dès l’âge de mes 7 ans, j’aimais me sentir leader dans un groupe, alors, pour casser cet ego, elle m’a inscrit en club. Et à la boxe, tu peux gagner le lundi et prendre une raclée le mercredi, ça force l’humilité. »

Une volonté qui s’avère payante quelques années plus tard au regard de l’armoire à trophées bien fournie de l’athlète aujourd’hui : sacré champion international dans sa catégorie en novembre 2021, à Dijon, mais aussi, plus tôt, triple champion du monde espoir, vice-champion d’Europe en 2015 ou encore 1er champion de France jurassien dans sa catégorie à l’âge de 13 ans... et bien d’autres titres encore. Mais il le dit lui-même, Bilel, c'est un hyperactif, un « touche-à-tout ». Dès lors, en parallèle d’une carrière qui se voulait déjà ambitieuse, il s’est engagé dans d’autre combats de la vie une fois ses 20 ans passés. Il part notamment à la quête d’un diplôme en sophrologie, devient chef d’entreprise, conférencier aussi, et s’engage pour d’autres causes plus personnelles comme la réinsertion des jeunes et adultes en échec scolaire ou professionnel ou encore en faveur d’associations d’aide aux enfants malades. 

Les cordes du ring, Bilel les a enjambées officiellement pour la première fois dès l’âge de 10 ans. Une précocité qui lui a permis d’avoir rapidement la tête sur les épaules pour reprendre une de ses formules : « Quand on est franco-algérien, issu des quartiers populaires, on nous envoie parfois le message que l’on ne pourra pas forcément réussir, qu’on ne pourra pas être un Français républicain lambda, et très jeune, ce sont des propos qui vous blessent et qui donnent envie de se battre deux fois plus. Et c’est vrai que la boxe permet de véhiculer le dépassement de soi. »

Bilel Latreche aime le rappeler souvent : Dolois de naissance, il est aussi et surtout un Dijonnais de cœur. Et depuis son arrivée en 2010 dans la capitale de Bourgogne, le coup de foudre est réciproque : « J’aimais déjà cette ville en 2009 avant de m’y installer définitivement, mais je l’aime encore davantage grâce au soutien que je reçois des Dijonnais, en allant du Maire François Rebsamen jusqu’à son adjointe au sport Claire Tomaseli qui ont contribué grandement à mon épanouissement en tant que sportif dans cette ville, mais aussi grâce aux gens dans le secteur associatif, social ou entrepreneurial. Je me suis toujours senti soutenu et c’est vraiment une reconnaissance pour moi. »

En dehors de son quotidien de sportif, Bilel intervient parfois dans les hôpitaux, les centres liés au ministère de la Justice ou encore dans les écoles, et même… dans un camp d’entraînement de rugby ! Mais cette fois, c’est avec la casquette de coach mental que Bilel excelle. Une reconnaissance pour ce diplômé en sophrologie qui bénéficie de la confiance du club USO Nevers Rugby qui évolue en Pro D2, et de son président Régis Dumange, depuis plus de 3 saisons et au sein duquel il peut cette fois la « jouer » collectif et transmettre aux autres : « Qu’on fasse appel à moi dans un autre sport est d’abord quelque chose de valorisant, et ça prouve à quel point la confiance en soi et la quête de force mentale est important dans tous les domaines. Je n’ai jamais pratiqué de rugby, pourtant les joueurs m’attribuent leur confiance parce qu’à travers les exercices que je mets en place, ils s’aperçoivent que je suis un gars comme eux, et que j’ai dû travailler dur pour arriver là où je suis. »

Luc Lavoué