Cette information mérite à elle seule d’occuper notre traditionnelle rubrique Politiquement Off. Elle était certes attendue mais il n’en demeure pas moins qu’elle affiche une importance particulière et que son écho devrait résonner longtemps. Le maire socialiste de Dijon, François Rebsamen, a annoncé qu’il voterait pour le président-candidat Emmanuel Macron dès le premier tour de la Présidentielle…
Autant les deux blocs du temps de la Guerre froide reviennent au goût du jour sur la scène internationale, invasion russe en Ukraine oblige, autant le bipartisme semble appartenir au passé à l’échelle nationale. Jusqu’à la mise sur orbite présidentielle en 2017 du météore Emmanuel Macron (rappelez-vous, à l’époque, d’aucuns parlaient d’alignement des planètes !) qui – même ses contempteurs doivent l’admettre – avait compris cette évolution avant tout le monde, personne n’aurait pu imaginer qu’un deuxième tour de la présidentielle pourrait se jouer sans un candidat de gauche… ou de droite. Car, si l’on en croit les derniers sondages (même s’il est toujours nécessaire de rappeler que ce ne sont que des estimations à un instant t), ces deux camps pourraient arborer une belle gueule de bois au lendemain du 1er tour dans environ un mois. Enfin s’ils noient, évidemment, leur chagrin dans le… bourgogne !
Et même les devins politiques locaux qui savent lire dans le marc de… café n’auraient jamais imaginé, il y a encore quelques années, que le maire socialiste de Dijon, François Rebsamen, prenne fait et cause pour un candidat se déclarant « ni de droite ni de gauche… » Seulement voilà, le PS n’a plus rien à voir avec celui dont il a été longtemps le numéro 2 – derrière un certain François Hollande – et le candidat n’est autre que le président sortant, qui, comme il l’a déclaré dans les colonnes du Parisien le 5 mars, est « le plus compétent ». « Il a l’envergure et la crédibilité d’un chef d’État. La crise ukrainienne en est une nouvelle illustration. il s’est montré à la hauteur des enjeux qui pèsent sur nos sociales démocraties », a expliqué l’ancien ministre socialiste du Travail, non sans ajouter : « Mon choix est aussi un choix de cohérence car je ne me retrouve plus dans ce qu’est devenu le PS (…) la direction du PS est sectaire. Elle fonctionne en autarcie avec un logiciel usé. Elle a voulu faire un saut générationnel et éliminer tous ceux qui ont participé à une culture de gouvernement depuis François Mitterrand et elle a piétiné le bilan de François Hollande ! » Aussi ne votera-t-il pas pour Anne Hidalgo même s’il précise : « C’est quelqu’un que je respecte. Mais je pense qu’elle est victime des erreurs de la direction du Parti socialiste : pas de vision, pas de débat, pas d’affirmation d’identité. Tout cela se traduit par 2 ou 3% dans les sondages ! »
Descendant de Jaurès
La messe (républicaine) est dite, enfin presque puisque, dans le même temps, le descendant de Jaurès devait marteler qu’il « est et reste socialiste » : « Je ne rejoins ni En Marche ni Territoires de Progrès ». Ce qui n’est pas passé inaperçu notamment dans les rangs de la section socialiste de Dijon, où le débat fut animé vendredi soir et où certains nous confiaient que le rapport de force entre pro-Hidalgo et pro-Macron s’élève à 2/3 1/3. Avec des parrainages dans les rangs de ses élus municipaux allant de Mélenchon à Macron, des proches (socialistes) du maire de Dijon expliquaient que la déclaration de leur leader ne mettait en aucun cas à mal le rassemblement municipal opéré par François Rebsamen.
Une déclaration qui, il est vrai, n’a rien de surprenante, tellement le rapprochement entre François Rebsamen et Emmanuel Macron semblait écrit depuis déjà plusieurs mois, les deux se joignant très régulièrement au téléphone, comme nous vous l’avions précisé à plusieurs reprises dans cette rubrique. Le maire de Dijon s’était ainsi vu confier par le gouvernement la présidence de la Commission de relance durable de la construction de logements. Et beaucoup ont vu dans l’attribution à la Cité des Ducs du siège de l’Organisation internationale de la Vigne et du Vin (OIV) la main du chef de l’État, Dijon s’étant imposée face à Bordeaux et à Reims… En tout cas, le travail (main dans la main) sur ce dossier entre le maire de Dijon et le secrétaire d’État en charge du Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, est, lui, apparu au grand jour, les deux édiles étant côte à côté au moment où les représentants des pays membres devaient entériner cette arrivée. Nous pourrions tout autant évoquer la tribune publiée dans le Journal du Dimanche saluant « le courage des décisions prises par le président de la République face à la crise sanitaire », signée par 382 élus de sensibilités différentes, dont, déjà, à l’époque, François Rebsamen…
Aussi la seule question qui animait le sérail politique ces dernières semaines était-elle plutôt celle-ci : quand et comment le patron des socialistes allait-il officialiser son vote ? Nous avons maintenant la réponse : le 5 mars dans le journal Le Parisien… Soit le lendemain de la parution de la lettre de candidature d’Emmanuel Macron dans la presse quotidienne régionale !
Camille Gablo





