Dans la dernière édition de Dijon l’Hebdo, nous avons évoqué la création de Dijon Bourgogne Invest dont l’objectif est de développer et de promouvoir l’attractivité économique de la métropole dijonnaise. Jean-Philippe Girard, son président, évoque les grandes lignes de ce qui constitue pour lui un nouveau challenge.
Dijon l’Hebdo : Moins d’un an après la cession de votre entreprise Eurogerm, c’est un nouveau défi que vous relevez avec cette présidence de la nouvelle agence destinée à mettre la métropole dijonnaise sur la voie de l’attractivité ?
Jean-Philippe Girard : « En premier lieu, mon objectif prioritaire a été d’assurer la meilleure transition possible dans le cadre de la cession de mon entreprise à des cadres et salariés avec le fonds français Naxicap (Banque Populaire et Caisse d’Epargne). On peut dire désormais que la passation est faite, et bien faite, et je pense que tout est sur les rails pour ouvrir une nouvelle page Eurogerm. Les chiffres vont le démontrer avec un bilan 2021 qui s’annonce excellent malgré la crise Covid.
Après, je me suis évidemment questionné sur ce que pourrait être mon engagement et comment je pourrais me rendre utile au service de qui et de quoi. Première décision : moins d’engagements à Paris et plus d’engagements sur le territoire. Je n’oublie pas que je dois une partie de ma réussite à mon implantation locale. Depuis quelque temps, j’ai eu l’occasion d’échanger avec François Rebsamen sur l’avenir de la métropole et plus largement sur notre territoire. Progressivement, nous nous sommes trouvés très alignés sur les principaux enjeux. C’est comme cela que nous sommes tombés d’accord sur la création de cette nouvelle agence, de sa gouvernance et de sa stratégie. C’est un projet qui me plaît beaucoup. Il y a tellement de belles choses à faire. »
DLH : Dijon Bourgogne Invest est le nom retenu pour cette structure… Pourquoi ne pas y avoir associé le nom de la Franche-Comté surtout quand on sait que c’est votre terre natale ? Pour éviter de plonger un peu plus Besançon dans l’ombre de Dijon ?
J-Ph. G : « Vous savez combien je suis attaché à ma région de naissance. Mais là, l’enjeu, c’est Dijon, c’est la métropole, c’est par ruissellement la Côte-d’Or. Simplement, si on veut séduire à l’international, le nom de la Bourgogne s’impose. Un Chinois, un Brésilien, un Africain du Sud… ne connaissent pas forcément Dijon. Par contre, la Bourgogne est plus facilement repérable.
Sachez qu’il n’y a aucune adversité, aucune opposition à la Franche-Comté ou à Besançon. Bien au contraire. Nous sommes bien décidés à renforcer nos bonnes relations avec l’Agence économique régionale Bourgogne – Franche-Comté si elle le souhaite également. »
DLH : Peut-on dire que Dijon Bourgogne Invest se substitue à l’Agence Dijon Métropole Développement mise en veilleuse depuis la disparition de François-André Allaert, son président, en juin 2019 ?
J-Ph. G : « L’Agence Dijon Métropole Développement a été dissoute au profit de la création d’une nouvelle agence. Il n’est surtout pas question de critiquer le passé. De bonnes choses ont été faites. Avec Dijon Bourgogne Invest, je suis dans une démarche de construction différente qui repose sur une nouvelle gouvernance composée à plus de deux tiers d’entrepreneurs de la métropole. Vous l’avez compris : une gouvernance plus proche du terrain, au plus près de l’action. François Rebsamen m’a proposé plusieurs pistes et nous avons choisi une quinzaine de dirigeants pour composer le bureau exécutif de l’agence. »
DLH : Votre nomination en a surpris plus d’un. On se souvient, en effet, des rapports tendus que vous avez eus dans le passé avec François Rebsamen, le président de la Métropole. Vos chapelles politiques n’étaient pas les mêmes et pourtant vous voilà main dans la main pour que la métropole dijonnaise vise encore plus haut…
J-Ph. G : « Parlons plutôt d’élection que de nomination… Au-delà de ce clin d’oeil, ce qui a tendu notre relation -que certains n’ont pas manqué d’exagérer- c’est le projet Norges Resort, qui m’a beaucoup marqué , ce complexe « multi-activités », inscrit dans la nature, que je voulais faire avec Jacques Laffite et Denis Liébé, au cœur du golf de Norges, un réel plus pour l’attractivité du territoire. Mais en aucun cas, ce différend a bloqué notre relation. On a toujours su se parler, échanger et, depuis un an, on évoque l’attractivité économique du territoire qui, pour moi, n’est pas un sujet politique. Et si je reste dans le clin d’oeil, François Rebsamen sait que je suis « en marche » et lui est « en mouvement ». Cette alliance n’a qu’un but , rendre le territoire encore plus attractif. »
DLH : Le mot « objectif » a toujours accompagné votre vie professionnelle. Quels sont ceux que vous fixez pour Dijon Bourgogne Invest pour faire évoluer l’attractivité économique de la Métropole ?
J-Ph. G : « La première décision dans la construction de ce projet à la fois à court, moyen et long terme, c’est le recrutement d’une directrice ou d’un directeur général qui partage notre motivation, notre envie de développer la métropole, de contacter, de séduire et de convaincre des entreprises françaises mais aussi du monde entier de s’y installer. Je veux créer trois pôles. Un premier qui est l’implantation de nouvelles entreprises grâce à notre réseau mais aussi nos administrateurs et membres de l’assemblée générale. Un second, c’est l’accompagnement des entreprises locales existantes dans leur croissance. Accompagnement qui, aujourd’hui, nous semble insuffisant. Je l’ai vécu avec Eurogerm. Au début, on s’occupe un peu de vous et, au fil du temps, il ne se passe plus rien. Aller chercher des entreprises nouvelles, c’est très important mais il ne faut pas oublier de faciliter le parcours de celles qui sont déjà là, qui font rayonner la métropole, qui font l’emploi, et les accompagner pour un projet d’investissement, d’extension, de recrutement… Troisième pôle tout aussi important, la création d’un terreau favorable, d’un écosystème innovant pour les cadres et salariés pour développer au mieux leur projet professionnel , leur projet de vie et l’épanouissement de leur famille. »
DLH : Avec quelle équipe ?
J-Ph. G : « Nous allons travailler dans plusieurs directions et ce n’est qu’un début : santé avec Philippe Guerit, numérique avec Jérôme Richard, agriculture-alimentation avec Catherine Petitjean et moi-même, éco-construction et énergie avec Thierry Bièvre, innovation et start-up avec Stephan Bourcieu et Emmanuel Vey. Tous ont une expertise reconnue et un carnet d’adresses important. Que d’autres n’hésitent pas à me faire savoir s’ils veulent nous rejoindre et s’engager sur un thème porteur. Voilà les principaux points et une partie des acteurs qui vont émerger de cette agence.
En attendant l’intérim est assuré par Danielle Juban et Marie Claire Besançon qui font un excellent travail. »
DLH : Selon vous, quels sont les meilleurs arguments à mettre en avant pour convaincre des dirigeants d’installer leur entreprise et leurs collaborateurs sur la métropole dijonnaise ?
J-Ph. G : « Je ne pense pas me tromper en disant que la première préoccupation d’un chef d’entreprise qui va s’implanter, c’est la logistique « réelle et virtuelle ». La question qui se pose est simple : suis-je au bon endroit pour développer mes activités ? Il est vrai qu’on peut dire qu’à Dijon on n’a pas d’aéroport, on n’a plus de lignes ferroviaires directes sur Roissy, on n’a pas de lignes directes sur Saint-Exupéry, on a plus de wifi à partir de Montbard, que Congrexpo mériterait d’être modernisé… mais tout cela pourrait être amélioré sans nuire à la qualité de vie. Par contre, Dijon a de nombreux atouts pour séduire une entreprise. C’est un écrin aux portes de Paris, du Grand Lyon et du Grand Est. C’est aussi une indéniable qualité de vie. Et accueillir ses clients, ses fournisseurs, ses collaborateurs à Dijon, c’est loin d’être désagréable. La qualité de vie est, pour moi, l’atout principal et stratégique avec, à construire, un réseau logistique performant, moderne et éco-responsable. »
DLH : Vous avez écrit un livre « Réussir la France » préfacé par Emmanuel Macron. C’est peut-être le moment d’en écrire un autre qui pourrait s’intituler « Réussir à Dijon »… avec pourquoi pas une préface de François Rebsamen ?
J-Ph. G : « Réussir à Dijon », j’aime bien l’idée. Réussir ensemble me va bien aussi. Je suis de ceux qui, dans leurs parcours, ont connu la réussite. J’aime aussi la réussite des autres. Ce qui a toujours guidé l’action d’Eurogerm, c’est réussir en faisant réussir nos clients, nos collaborateurs et, surtout, réussir durablement, pas à n’importe quel prix et n’importe comment. Alors écrire un livre « Réussir à Dijon », pourquoi pas. J’ai vécu jusqu’à présent une belle carrière d’entrepreneur, François Rebsamen une belle carrière politique. Je propose qu’on réussisse ce nouveau challenge pour le bien de la métropole et des ses habitants et on verra après qui écrit le livre et qui écrit la préface… »
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre





