Les brèves de Jeanne Vernay

Qui est Guillaume ?

A Dijon, place Darcy plus précisément, se trouve la Porte Guillaume. D’abord Porte de Condé en hommage à l’ex-gouverneur de la Bourgogne, elle fut renommée Porte de la Liberté pendant la Révolution avant finalement d’adopter le patronyme de Porte Guillaume. Ce n’est pas de Guillaume II ou encore de Guillaume Apollinaire dont il est question, mais de l’ecclésiastique Guillaume de Volpiano. Ce nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant, cet abbé a longtemps œuvré au nom de l’église à Dijon. Prêtre de la cathédrale Saint-Bénigne, il a consacré 41 ans de sa vie à la capitale de Côte-d’Or. Ses faits d’armes les plus remarquables sont d’avoir tout de même couvert de nombreux monastères. Ill faut rendre à César ce qui est à César, ce qui ne déplairait pas à Guillaume de Volpiano, originaire d’Italie… Il faudra bientôt faire de même avec d’autres lieux dijonnais, dont les nouvelles générations modifient parfois le patronyme. Ainsi exit Rousseau pour la rue désormais Jean-Jacques. Un autre exemple : les jeunes préfèrent parler de la rue de l’Industrie plutôt que de rue des Godrans…

Le descendant de Molière

La place accordée actuellement à Molière conduit les Bourguignons à l’évocation du souvenir de Jacques Fornier… Un comédien et metteur en scène qui a su faire rayonner la vie théâtrale dans la région. En 1955, ce Parisien s’installe avec sa petite troupe dans la demeure de Jacques Copeau, à Pernand-Vergelesses. Les répétitions ont lieu dans une grange, les acteurs, trop démunis pour confectionner des costumes d’époque, jouant en habits de ville. Bien vite, on s’enracine dans le milieu local, scolaire notamment, avec le spectacle « autour de Molière, sa vie, son œuvre ». La camionnette Citroën conduit la compagnie à Vitteaux, Gevrey, Nuits-Saint-Georges, Bligny-sur-Ouche… En 1956, c’est l’arrivée à Beaune où le maire Roger Duchet met une maison à la disposition des onze comédiens qui forment désormais la Troupe de Bourgogne. Pour le plus grand plaisir des collégiens qui vont découvrir les pièces de Molière au Théâtre de la Porte Saint-Nicolas. Où Jacques Fornier campe un Sganarelle, un Scapin, un Harpagon… inoubliables. Se réalise l’adoption mutuelle entre la ville de Beaune et la Troupe de Bourgogne promue bien vite, par André Malraux, Centre dramatique national. Sous le nom de Théâtre de Bourgogne : en 1960… Jacques Fornier et sa volonté de faire « un théâtre pour tous » prennent alors une autre dimension !

Molière toujours

Demeurons à proximité de la scène en signalant, dans la prochaine programmation du Théâtre Dijon Bourgogne, L’Avare, mis en scène par Benoît Lambert. Du 2 au 11 février au Parvis Saint-Jean… Un retour à l’essence même du Théâtre : Molière ! En faisant de la comédie pourfendeuse de l’avarice un conte aux allures de cauchemar… Où l’outrance comique, mêlée à la brutalité de l’intrigue, exige des comédiens au sommet de « l’acte théâtral » (réservation au 03.80.30.12.12). Indiquons par ailleurs que l’Avare de Benoît Lambert sera, du 1er au 4 février, à La Minoterie, le spectacle- référence de la 9e édition des Lycéades. La rencontre annuelle des élèves en option Théâtre dans les lycées de Côte-d’Or. Rien de mieux en effet pour nourrir les temps de partage, d’apprentissages entre les jeunes participants, leurs enseignants, les intervenants artistiques et les comédiens. Avec toujours en soutien : Molière, dramaturge de toutes les époques et de tous les pays.

Notre-Dame à l'honneur

A l’occasion du 8e centenaire de la construction de l’église Notre-Dame, les éditions Faton publient un magnifique volume sur l’illustre édifice du patrimoine dijonnais. Un ouvrage de qualité : au plan historique déjà puisque, sous la direction de Denise Borlée, spécialiste en Histoire de l’art médiéval, ce sont 21 contributions d’auteurs qui ont été rassemblées pour présenter les étapes de l’édification et une étude particulièrement fouillée sur l’architecture. Comme sur l’ensemble du décor monumental. L’imposante iconographie mérite aussi l’intérêt du lecteur. Le tout aboutissant à un livre fait par des historiens, des chercheurs, dense de 250 pages… Dont le sérieux et la grande valeur sont à la mesure de la place irremplaçable que tient Notre-Dame dans le cœur des Dijonnais. Et dans l’Histoire de Dijon…

Un tricentenaire respecté

Avec un retard de deux années pour cause de Covid, a été célébré le tricentenaire de la brigade dijonnaise de gendarmerie, créée en 1720. En effet, c’est à cette date que des réformes ont conduit à structurer les maréchaussées existantes, notamment celle de la Cité des Ducs, installée dès la fin du XVe siècle par Louis XI dans le Château royal. Ainsi furent créées, en Côte-d’Or, 8 brigades : Auxonne, Beaune, Châtillon, Montbard, Saulieu, Seurre, Vitteaux et Dijon. Et sous les gouvernements de la Révolution, l’adjectif « nationale » s’accola au terme « gendarmerie ». Une Gendarmerie nationale qui, trois siècles plus tard, après s’être évidemment réinventée, modernisée, s’appuie toujours sur son maillage territorial, au plus près des populations. En demeurant l’un des piliers de l’État républicain… Un tricentenaire qui mérite bien la pose de deux plaques cérémonielles: l’une au quartier Deflandre, l’autre dans le passage du Logis du Roy, à l’Hôtel de Ville.

Iota sur le mur

Tous les trois mois, le support « Modulable, Urbain, Réactif », situé en pignon sur 8 x 4 m au carrefour des rues Jean-Jacques Rousseau et d’Assas, le M.U.R. est confié à un artiste qui s’exprime en direct pour réaliser une œuvre inédite. A partir du 24 janvier, c’est une jeune Bruxelloise, adepte de la nouvelle vague du Street Art, qui prendra le relais et produira la 14e édition éphémère. Avec le soutien de l’association Zudique Productions et la Ville de Dijon. Il est pratiquement certain que Iota suivra sur ce MUR son thème de prédilection : la représentation de l’humain sous toutes ses formes… En privilégiant le portrait. Dont elle a peaufiné, ces dernières années, diverses techniques lui permettant de le traiter plutôt de l’intérieur. Par un mouvement, une expression, une émotion. En faisant abstraction d’un visage trop figé, afin d’amener le spectateur à ressentir pleinement la peinture. Parions également que les corps mais aussi les textures, les matières, les couleurs seront enchevêtrés, mélangés… Pour nous plonger dans un univers sans limite, où l’imaginaire modèle le monde réel à sa façon…

Réouverture partielle

Depuis l’an dernier, la Ville de Dijon réalise un important programme de travaux au Grand Théâtre en vue d’accueillir les artistes, les équipes de professionnels et le public dans des espaces beaucoup plus fonctionnels et restructurés. Ainsi la partie arrière de l’édifice, par suite de modifications apportées à la scène et à ce qui l’entoure, a été modifiée. L’intérieur des loges et les galeries publiques, donnant accès aux différents niveaux de la salle, ont été rénovés. Dans une première phase d’un chantier global dont la fin est prévue pour 2023. Pour autant, l’Opéra de Dijon a décidé la réouverture partielle et progressive des lieux. Ainsi, samedi dernier deux pianistes ont déjà partagé la scène avec des œuvres de Mozart, Brahms, Bonis, Dukas. Le 25 janvier, Lina et Raül Refree transporteront les spectateurs au pays du fado… Puis le 4 février, les musiciennes du Quator Zaïde confronteront Mozart et Webern.

La lecture sous la lumière

Il faut se réjouir du succès que vient de connaître la 6e édition de la Nuit de la lecture. Dans notre monde moderne, la lecture demeure indispensable à la vie. « Rien ne peut la remplacer ! » argumentait André Maurois dans le courrier de l’UNESCO en 1961 ; soixante ans après, tous ses arguments n’ont pas pris la moindre ride: le livre nous construit, demeure compagnon de toute notre existence, est un moyen de dépassement, une porte ouverte sur d’autres âmes… Il rend fort : « Un soir consacré à la lecture des grands ouvrages est pour l’esprit ce qu’un séjour en montagne est pour le corps ». Les nombreux participants à cette 6e édition ont ainsi bénéficié d’une bonne bouffée d’air pur, respirée autour de la nécessité de l’amour, le thème choisi cette année. Ainsi, en Côte-d’Or, plus de 50 lieux ont participé à l’initiative nocturne… A la bibliothèque municipale de Dijon, la troupe Caus’toujours énuméra les défauts de la lecture pour mieux souligner ses vertus. A Talant, un jeu de piste fit participer le public ; à Chenôve, on alla même jusqu’à des exercices dans le noir… Tout cela avec la visée de mettre la Lecture dans la lumière.

Un parcours partagé

« Trois siècles d’un parcours partagé de la Ville de Dijon et de l’Université » est le titre de la conférence que présentera l’ancien président de l’uB, Gilles Bertrand, le 3 février, à l’amphithéâtre Pasteur de la faculté des sciences. Un exposé qui retracera sans doute une histoire en mouvement et le lien quasi-filial unissant la Cité des Ducs à son Université. Un lien qui dure maintenant depuis 300 ans. Depuis 1722… Où Louis XV autorise la création, sur le sol dijonnais, d’une faculté de droit. Soutenue financièrement par la Ville qui demandait déjà cette ouverture sous François Ier, celle-ci s’installe au couvent des Jacobins, à l’emplacement des Halles actuelles. De la rue Chabot-Charny au campus d’aujourd’hui, de l’Université de Dijon à l’Université de Bourgogne, les étapes suivantes montreront un fabuleux développement. Avec un acteur essentiel et visionnaire: le recteur Marcel Bouchard qui, dès 1946, ne cessa d’œuvrer pour appliquer son idée : installer sur la colline de Montmuzard un complexe universitaire moderne ! Une installation immédiatement suivie par une remarquable montée en puissance. Avec, aux manettes, le couple : Mairie de Dijon-Université…