Les brèves de Jeanne Vernay

André Claudot à sa place

« André Claudot a enfin trouvé sa place, aux plans local, national et mondial ! ». Ainsi le journaliste Bernard Baissat, qui tourna un film sur le peintre en 1977, exprimait sa satisfaction lors des Journées d’études des 16 et 17 septembre derniers organisées autour de l’artiste à la Nef de Dijon. La réussite de l’exposition ouverte tout l’été au Musée des Beaux-Arts : « André Claudot, la couleur et le siècle » a, sans nul doute, été l’énement déclencheur propre à asseoir cette reconnaissance tardive.

Pour un artiste au talent inné qui croque les clients des cafés du quartier des Halles à Paris dès 1910. Avec une précocité et une sûreté de main remarquables alors qu’il n’a pas vingt ans. Qui dessine, en première ligne, maniant crayon, graphite ou lavis d’encre, la première guerre, les tranchées après la bataille. En dépit de la censure militaire. Lors de son séjour chinois, il peint des scènes de la vie asiatique : paysages aux teintes toujours changeantes, architectures millénaires, misère omniprésente des rues Peintre hors du commun, André Claudot a suivi une trajectoire étonnante tant géographique, entre Dijon, Paris, Pékin, que politique, avec un engagement anarchiste, anticlérical, pacifiste, communiste, anti-colonialisteUne trajectoire de la contestation au parcours multiformecombat permanent, les armes étant la main et le pinceau. Ce sont les luttes face aux injustices sociales, au franquisme, au fascisme, aux conflits coloniaux. Des révoltes qui firent de Claudot « un peintre de l’Histoire ». Quant à l’ancrage bourguignon, il tient aussi sa place, surtout en raison de longs séjours dans des villages de la Côte au milieu des années 30. La toile « Clocher de Couchey, Symphonie automnale » soulève suffisamment l’admiration pour que les habitants de Couchey, aujourd’hui, réparent un oubli et nomment l’une de leurs rues ou places : « André Claudot ».

Après le Lac Kir, le square des Ducs

Depuis la fin de la semaine dernière, le Square des Ducs n’accueille plus de fumeurs. C’est le second « Espace Sans Tabac » installé par la Ville de Dijon, puisque, en juillet, la moitié de la superficie de la plage du lac Kir avait été placée sous le même statut. Des décisions s’inscrivant dans la lutte contre le tabagisme, une évidente priorité de santé publique pour laquelle il est indispensable de continuer à se mobiliser. Créé par la Ligue contre le cancer, le label « Espace sans Tabac » possède une triple visée : dénormaliser le tabagisme, encourager l’arrêt du tabac, préserver l’environnement. En Côte-d’Or, huit communes ont déjà établi de telles portions sur leurs territoires : Chenôve, Chevigny-Saint-Sauveur, Couchey, Fontaine-lès-Dijon, Gevrey-Chambertin, Longvic et Dijon. Une politique, loin d’être coercitive, qui s’inscrit dans une démarche de prévention. Quant au choix du Square des Ducs, sa position centrale, au dos de l’Hôtel de Ville, sa sérénité et surtout l’harmonie de la décision avec la nature présente, il paraît judicieux.

Tout Dijon donne

Pour rester sur le terrain de la santé, signalons l’importance vitale de l’opération « Tout Dijon donne » qui se tient depuis jeudi dernier jusqu’au 23 octobre, à La Maison du don, rue du Stade à Dijon (03.80.70.60.10). La crise sanitaire a encore amplifié la rareté des stocks de réserves sanguines et, actuellement, les quantités disponibles sont trop faibles pour que les malades soient correctement soignés. La demande est forte : les prises en charge nécessitent une dizaine de millier de produits quotidiennement. De sorte qu’une reprise des dons s’avère une urgence. D’où la volonté de stimuler un élan chez les habitants de Dijon ; l’objectif étant que la Cité des Ducs se hisse au rang de « ville du don ». Une quinzaine d’ambassadeurs dijonnais, commerçants, professionnels de santé, responsables d’associations, sportifs, s’afficheront afin de répandre le message que « nous avons tous le pouvoir de sauver des vies ».

Les vendanges restent les vendanges

Le titre convient parfaitement aux vendanges qui viennent de s’ouvrir la semaine dernière. Avec des changements mineurs qui influent peu sur une tradition solide et enracinée dans les pentes de la Côte. Certes, les minibus loués pour l’occasion, lustrés comme des sous neufs, transportent maintenant les vendangeurs des grands domaines dans un confort de coqs en pâte et laissent au temps de Mathusalem, tiré par le tracteur, le chariot sur le plancher duquel les fonds de culottes se serraient, secoués et talés… Certes, les maisons qui offrent le gîte deviennent plus rares. Comme celles qui nourrissent les équipes le midi, l’indemnité de panier étant souvent préférée. Certes, on rentre aujourd’hui beaucoup moins dans la demeure du vigneron, les chapiteaux poussant dans la plupart des cours. Le vivier des vendangeurs connaît, lui, une modification sociale : les gens exerçant un métier et venant en vendanges se font plus rares et les précaires sont plus nombreux si bien que le rôle des gains subit une modification : précédemment, c’était souvent de l’argent en plus pour des personnes installées dans la société. Maintenant, la somme gagnée est vitale Mais, en dépit de ces évolutions, les vendanges demeurent les vendangesLa tâche n’a rien perdu de sa dureté et l’on termine toujours sa journée avec les reins brisés. L’esprit de convivialité reste aussi vif ; on continue à savoir rire, collectivement. Même dans le rang dur à finir. Aux repas du soir, c’est la fête et du bon vin. Avec un employeur qui tient à maintenir la tradition du bon accueil et de la relation familiale. Quant à la fin de l’épisode, on ira encore le fêter dans les rues des localités concernées, en parlant haut et chantant fort, le bouquet final fixé à lenjambeur Avant la paulée !

Ne rien lâcher

Face au cancer du sein qui menace 1 femme sur 8, la lutte reste un enjeu majeur, le dépistage précoce une nécessité afin de sauver des milliers de vie. Toutes les initiatives pour renforcer l’opération Octobre rose sont donc les bienvenues et celle de la marque dermocosmétique dijonnaise Innéis est à saluer. Elle reversera une partie du montant de ses ventes d’octobre (5 euros pour chaque produit vendu) au Centre Georges-François Leclerc. Prolongeant ainsi avec celui-ci un partenariat de longue date qui, au travers de programmes de recherches et d’investissements conduits en commun, a pour objectif de développer de nouveaux médicaments, complétés par des outils diagnostiques performants. Au service des patients dans le cadre du traitement des cancers et des maladies cardiovasculaires.

Petit dej'gratuit

Chenôve vient de démarrer trois semaines d’expérimentation consistant à proposer un petit-déjeuner gratuit aux enfants des familles volontaires du réseau d’éducation prioritaire renforcé. Le constat est là : un trop grand nombre d’élèves arrivent le matin à l’école le ventre vide. Alors que le petit-déjeuner doit être un repas à part entière, capable d’assurer un quart des apports énergétiques sur l’ensemble de la journée. Que ventre vide et bonnes conditions pour les apprentissages scolaires, la concentration, ne font pas bon ménage… Laccès à tous à un petit-déjeuner complet a ainsi émergé comme une nécessité pour « garantir l’égalité des chances entre les enfants ». Une décision conduite par la raison, qui sert déjà lintérêt de l’élève en luttant efficacement contre la pauvreté. Equilibrée aussi dans la mesure où des actions de sensibilisation sont engagées, en parallèle, par les ministères de l’Education nationale, de la Santé et de l’Agriculture auprès des familles afin de rappeler l’importance du repas matinal dans l’équilibre alimentaire des plus jeunes.

La belle harangue

La Fondation pour l’Ecriture invite les enfants, adolescents et jeunes adultes à une célébration de l’écriture et de la parole : la Belle Harangue. Jusqu’au 6 octobre, tous sont ainsi invités à haranguer sur un thème qui regarde l’avenir : « Et si… » Il ne fait aucun doute que la jeunesse, fragilisée aux plans social, éducatif, culturel, par la pandémie, a des choses importantes à exprimer. Et a envie de se projeter vers le futur. D’où l’appel intéressant à haranguer. A écrire et restituer, partager son texte devant un public. Pour aider dans cette double tâche, sont disponibles des ressources éducatives préparées par des harangueurs chevronnés : académiciens, artistesAinsi aiguillés, les jeunes plumes et diseurs pourront peaufiner fond et forme. Tout en mettant à l’honneur la richesse de notre langue et l’art oratoire. Bien entendu, le contenu, les idées, les exigences, les rêves formulés seront pleins d’intérêt et les deux volets de chaque texte, hypothèse puis déduction, une photographie sans doute exacte du monde que souhaitent les jeunes. On risque peu de se tromper en prévoyant y trouver une forte anxiété environnementale Je viens d’ailleurs de lire le brouillon de l’une de ces harangues faite par un élève de 3e… Et j’y trouve en bonne place la phrase : « L’intelligence des peuples serait de sortir de la crise écologique par la grande porte… »

Albert Prince

Et pour qui apprécie l’art oratoire poussé dans sa perfection, tout autant que l’histoire locale, il faut se rendre, le lundi 4 octobre (19h 30), salle de l’Ecrin à Talant, à la Nuit du Droit organisée par le Tribunal judiciaire de Dijon, l’Ordre des Avocats, la faculté de Droit, Sciences Economique et Politique, accompagnés de l’Association Droit. Une immersion dans le passé judiciaire dijonnais vous sera proposée avec un retour sur « l’affaire Albert Prince ». Dont le corps déchiqueté avait été retrouvé, en 1934, attaché aux rails de la voie ferrée Paris-Dijon, à quelques kilomètres de cette ville, au lieu-dit La Combe-aux-Fées. Une découverte qui, à l’époque, défraya la chroniqueLe conseiller à la Cour d’Appel de la capitale, Prince, venant d’enquêter sur Alexandre Stavisky, un financier véreux, retrouvé « suicidé » la même année et lié avec des responsables politiques de premier plan dans des affaires de corruption. Longtemps, le flou persista : Prince sest-il suicidé ou a-t-il été assassiné ? Vous verrez un film sur l’affaire puis vous écouterez deux plaidoiries d’étudiants défendant par équipe, tour à tour, la première thèse puis celle du meurtre. Une joute qui s’annonce captivante, même pour les auditeurs qui connaissent l’aveu de Pierre Bonny déclarant, avant de mourir, dix ans plus tard, être l’auteur du meurtre commandité de Prince (entrée libre).