Les brèves de Jeanne Vernay

Le Cid éternel

On continue, en collège, à lire et étudier Le Cid dans les classes de 4e ! Tant mieux ! Une année de 4e sans Le Cid ne serait plus une année de 4e… Certes, cette pièce est plus difficile à faire comprendre aujourd’hui qu’hier. J’imagine les trésors de pédagogie que l’enseignant doit fournir pour mobiliser ses élèves. Et, surtout, franchir la barrière du vocabulaire. La quantité d’informations à apporter en début d’exercice afin que l’obstacle de la langue s’estompe peu à peu, voire disparaisse complètement, doit être énorme…Les mots et tournures de Corneille sont bien sûr à mille pieds du langage courant de 2021. Mais, à côté de cette foule de difficultés, j’imagine aussi le versant magique de la tentative : des élèves qui s’habituent au rythme de l’alexandrin classique, qui mordent à l’intrigue, qui sentent le dilemme cornélien, comprennent le sens de l’honneur, du devoir. D’autres qui vont sans doute à l’inverse en contestant les choix de Rodrigue ou Chimène : « Pourquoi ne retourne-t-il pas vers l’Infante ? », « pourquoi n’épouse-t-elle pas le second prétendant ? » Des suggestions que l’enseignant contestera pour mieux définir la tragédie… Bref, ce qui est nécessaire pour réussir, c’est du temps ! Comme souvent à l’Ecole… Le Cid demeure un trésor. Auquel les adolescents d’aujourd’hui doivent encore accéder…

Au théâtre enfin !

Demeurons dans le même domaine pour saluer l’initiative du Théâtre Dijon-Bourgogne (TDB) qui vient de lancer l’opération « Théâtre, enfin ! » du 21 mai au 2 juillet. Une programmation de quinze spectacles destinée à remplacer l’édition 2021 de « Théâtre en mai » annulée en raison de la crise sanitaire. Répartie dans l’ensemble des salles dijonnaises (Atheneum-Campus/ salle Jacques Fornier/ Parvis Saint-Jean/ Les Feuillants/ La Minoterie), la démarche doit permettre des retrouvailles très suivies avec le spectacle vivant. En offrant une large variété de choix : ceux qui verront « Rira bien qui rira » seront invités, en compagnie du clown Proserpine, au rire permanent. Au contraire, les spectateurs de « Et le cœur fume encore » retrouveront la Guerre d’Algérie et la décolonisation dans un travail de mémoire fouillé. Quant aux mélomanes, ils donneront la priorité à « Cosmik debris ». Avec une large référence à l’actualité : « Traverses » s’intéresse à l’exode des populations syriennes, « Le bal des disparu.e.s » conduit le public de la Commune de Paris en 1871 aux Gilets jaunes. « La Situation/ Jérusalem » examine les conditions de la paix entre la Palestine et Israël…Des questions lourdes qui ont bien besoin du Théâtre et du recul magique qu’il permet pour mieux les appréhender (liste des 15 spectacles et réservation au 03.80.30.12.12 ou sur www.tdb-cdn.com/)

De Gandhi à Caroline

Notre dernier magazine Dijon Tendances de printemps consacrait une large part aux médecines douces, qui fait de plus en plus d’émules. Les lecteurs (et lectrices) de cette rubrique seront ravi(e)s d’apprendre qu’une nouvelle sophrologue, Caroline Peyraud, a ouvert un cabinet au 18 rue des Templiers à Fontaine-lès-Dijon. Certifiée par l’Ecole de sophrologie caycédienne de Bourgogne Franche-Comté, celle-ci a, durant de nombreuses années, aider les parents à chausser leurs enfants au passage Bossuet. Elle accompagne aujourd’hui petits et grands afin qu’ils soient « acteurs principaux de leurs expériences et du changement qui en résulte ». Tous les renseignements sur son site carolinepeyraudsophrologie.fr où vous découvrirez cette célèbre citation de Gandhi : « Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous ! » A bon entendeur…

Des films à protéger

Au moment de rallumer les projecteurs à la mi-mai, les salles de cinéma, handicapées depuis trop longtemps par la pénurie, vont devoir cette fois affronter… l’abondance des centaines de films français et étrangers accumulés lors du confinement et impatients de s’élancer sur les grands écrans. Avec le risque de causer d’immenses embouteillages… Et de provoquer des batailles victorieuses pour les grosses cylindrées des studios américains qui étoufferont les plus petits gabarits français, par manque de visibilité. C’est pourquoi le Centre National du Cinéma (CNC), afin de remédier à l’hécatombe, a décidé d’aider les « petits films » en leur permettant pendant un mois une sortie et une diffusion immédiate à la télévision et sur les plateformes en ligne. Alors que les grosses locomotives resteront soumises à l’obligation générale de demeurer en salle pendant une certaine période avant de passer aux autres lieux de diffusion, plus larges. Comme le veut la règle de la Chronologie des médias, largement débattue au Grand Théâtre de Dijon lors des précédentes Rencontres cinématographiques. Espérons que la mesure du CNC soit efficace afin que l’Exception culturelle française puisse être protégée !

Boutique Maillard : Un vide

La disparition d’un magasin ancien suscite toujours une part de nostalgie ; c’est une perte, un changement, une privation qui émeut tout un cercle dépassant de loin les frontières de l’ancienne clientèle… La fermeture définitive de la Boutique Maillard en ce printemps 2021 ne déroge pas à la règle. Installée depuis 1909 dans la partie sud de la place Bossuet, l’établissement fait partie pour toutes les générations du Dijon que l’on voit depuis toujours et que l’on n’imagine pas qu’il puisse disparaître. D’autant que bien souvent les clients ont toujours vu la même gérante puisque la dernière travaille là depuis pratiquement cinq décennies. A côté de cette longévité exceptionnelle, la particularité, la qualité, la rareté des produits vendus ont contribué à inscrire la présence du magasin dans les réflexes des Dijonnais : la vente dustensiles de cuisine à la solide réputation attirait professionnels et particuliers. Quand on cherchait un moule à gâteau spécifique, absent ailleurs, on le trouvait à coup sûr chez Maillard. Comme toutes sortes de friandises et de produits pour faire de la pâtisserie, vendus encore récemment au gramme. On comprend mieux pourquoi ce baisser de rideau est un événement qui laissera un vide !

Gastronomy Valley…

Les deux régions Bourgogne - Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes en association avec Provence Tourisme et Gard Tourisme viennent d’officialiser la décision d’articuler leurs richesses et savoir-faire gastronomiques « autour d’une colonne vertébrale sensorielle » nommée Vallée de la Gastronomie. Ainsi, sur une étendue de plus de 600 km, de Dijon à Marseille, celle-ci suivra l’axe Saône-Rhône dans des limites à l’ouest et à l’est fondées sur un temps de trajet à ne pas dépasser depuis les autoroutes A6 et A7. La visée est de donner une visibilité forte aux nombreuses offres gourmandes, une volonté déjà largement répandue, me direz-vous… Mais aussi de développer un tourisme « cousu main » qui mobilisera les producteurs et restaurateurs dans une démarche de transmission généreuse. Et les visiteurs vers une attitude d’acteurs pour s’immerger dans la totalité des chaînes de travail. Quoi de mieux, sur la thématique du vin, d’apprendre les techniques pour créer sa propre cuvée, de faire la tournée des producteurs locaux avec un chef afin de l’accompagner ensuite dans sa cuisine lors de la confection d’un repas à ses côtés. La Vallée de la Gastronomie pourrait donner ainsi naissance à un tourisme « à 360° » qui ne viendrait pas effacer les spécificités territoriales mais « les agglomérer et les sublimer ».

Mauvaise note…

Nous terminerons par une mauvaise note… Celle qui a circulé sur les réseaux sociaux attribuée à l’Education nationale après un joli contre-sens dans la notice d’explication sur les autotests, dont il fut largement question à la reprise des cours. Les élèves ont, en effet, été surpris de lire : « Si vous êtes négatif, cela veut dire que la Covid-19 a été détectée », est-il écrit à tort. D’aucuns n’ont pas manqué de commenter cette erreur. Lisez plutôt ce message découvert sur la toile : « Mode d’emploi des autotests à l’école : une faute de petite frappe… Comme dans les sujets du bac ! Jean-Mimi respecte la tradition… » Nous vous laissons deviner qui, cet internaute, appelle Jean-Mimi…