Naim Akhtar Khan : la lutte contre l’obésité

Naim Akhtar Khan, professeur chercheur à l’Université de Bourgogne et directeur de la division physiologie, nutrition et toxicologie à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), tente de trouver d’autres solutions à ce phénomène que les traditionnels régimes alimentaires qui ne se révèlent pas efficaces sur la durée. Il a reçu le 15 décembre dernier le prix « Alimentation et Nutrition » de l’Académie de Médecine pour ses travaux de recherche sur l’obésité.

L’obésité a connu une expansion préoccupante, voire inquiétante, au fil des années à cause de l’augmentation de la sédentarité, de l’achat de produits transformés et de la surconsommation de malbouffe dans le monde entier, aussi bien dans les pays développés que dans les pays dits du tiers-monde. L’OMS recense, en effet, aujourd’hui plus de 650 millions de personnes dans le monde qui sont atteintes par l’obésité, soit trois fois plus qu'en 1975.

Le leitmotiv de Naim Khan est de prouver qu’il y aurait une sixième saveur en plus des cinq saveurs déjà existantes (le salé, le sucré, l’acide, l’amer et l’umami) qui concernerait le goût du gras. Les chimistes reconnaissaient jusqu’ici l'existence d’une « texture » propre au gras mais ne le dotaient pas d’une perception gustative particulière, ce qui est alors insuffisant selon le chercheur.

La première étape de son travail a été d’identifier les récepteurs, situés sur les papilles gustatives, qui agissent sur le plaisir ressenti par la consommation d'aliments gras. Ces récepteurs sont au nombre de deux : le CD36 qui est le premier à intervenir et dont le rôle est de détecter les lipides contenus dans notre alimentation et le GRP120 qui provoque la prolongation d’un repas puis la sensation de satiété.

La deuxième étape est de se demander pourquoi les personnes obèses apprécient les lipides. Il s’agit en fait d’un gène brûlant les lipides qui est exprimé de façon moindre chez ces personnes et qui entraîne une prise de poids. L’obésité possède donc des facteurs génétiques car le poids est fatalement lié à notre constitution. Elle est par conséquent en partie innée.

Un lointain souvenir ?

Depuis plusieurs années, Naim Khan travaille avec quatre autres chercheurs sur la création de molécules synthétiques (des « leurres lipidiques ») qui agissent sur les récepteurs et qui sont capables de garder le plaisir ressenti lors de l'absorption de graisse tout en ne prenant pas de poids supplémentaire, ce qui représente une véritable révolution. Il existe bien les édulcorants pour remplacer le sucre donc pourquoi pas pour la graisse ? Ces molécules seraient sous la forme de spray ou de médicaments dissous et ingérés pendant le repas. Il conseille de réaliser des cures de quatre ou cinq jours et de renouveler l'expérience deux à trois fois par an. Il travaille pour cela en relation étroite avec une société agroalimentaire qui commercialisera les molécules d’ici cinq ans et avec les CSO (Centres spécialisés obésité) qui sont des centres d’accueil pour les personnes en situation de surpoids. Il existe trente-sept centres de ce type en France et ils ont pour objectif de leur apporter un soutien psychologique et un traitement médicamenteux. Le projet est financé par la SATT (Société d’accélération du transfert de technologies) et le but visé est la création d’une start-up baptisée “ektaH”, le “h” étant en majuscule pour souligner la volonté universelle du projet. Cette étude sur les molécules qui remplaceraient le gras à long terme est une exclusivité mondiale, le sujet n’ayant jamais été traité auparavant. Elle semble en tout cas prometteuse et serait un moyen innovant et efficace pour lutter contre ce fléau.

Mathilde Régent

D'abord sur des souris

Les études sur l’obésité ont d’abord été réalisées sur des souris car leur système physiologique est très proche du nôtre et elles sont aussi très sensibles au développement de l’obésité. Des essais sont à l’étude pour les humains mais cette phase suppose encore l’accord de l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments). Le principe est de développer des molécules pour les hommes mais aussi pour les animaux de compagnie qui sont touchés par le surpoids, réalité qui n’est pourtant pas très médiatisée. Le chercheur est en étroite collaboration pour ce projet avec l’entreprise Royal Canin afin de commercialiser à l’avenir ces molécules miracles.