PAR UN BEAU MATIN D’ÉTÉ

Polar de Jacques Deray, avec Jean-Paul Belmondo, Sophie Daumier, Géraldine Chaplin.

J’aurais pu vous parler du dernier Olivier Marchal, BRONX, sorti directement sur Netflix et inspiré de la tuerie du Bar du Téléphone de 1978. Malheureusement, rien de neuf sous le soleil de Marseille, Fréjus ou Cassis. Le réalisateur du récent CARBONE tourne en rond, et nous aussi … Alors autant vous conseiller dans cette tribune une des grandes pointures du polar français, maître de l’attente, partisan d’une sobriété stricte, et tenant d’un « classicisme têtu » : Jacques Deray, et ici son méconnu PAR UN BEAU MATIN D’ÉTÉ.

Inspiré de la série noire du romancier britannique James Hadley Chase, le film raconte l’histoire de Francis et sa sœur Monique, vivant sur la Côte d’Azur de petites arnaques. À la recherche du coup qui leur permettrait de prendre leur retraite, le duo d’escrocs s’associe à un truand et organise l’enlèvement de la fille d’un richissime américain. Mais très vite, tout cela tourne mal.

UNE PEPITE NOIRE DISPARUE

Vous avez beau être le réalisateur de LA PISCINE, BORSALINO ou FLIC STORY, avoir contribué aux plus gros succès de Belmondo, Delon, Trintignant ou Ventura, avoir eu comme scénariste Jean-Claude Carrière, comme dialoguiste Michel Audiard … malgré tout cela, certaines de vos œuvres (souvent pour d’obscures raisons de droits) ont disparu des écrans, voire des mémoires. Plusieurs films de Deray sont aujourd’hui « introuvables ».

Qu’était donc devenu PAR UN BEAU MATIN D’ÉTÉ, tragédie policière de 1965, succès public dont j’avais eu la chance d’avoir pu me procurer, il ya quelques années, le DVD italien, dont le titre avait été traduit par RAPINA AL SOLE ?

Dans son autobiographie, J’ai connu une belle époque, Jacques Deray écrit : « En 1964, je lis One Bright Summer Morning de James Hadley Chase. Ce roman, très dur, raconte l’enlèvement d’une riche héritière organisé par un gangster chevronné et par deux jeunes voyous, le frère et la sœur, prêts à tout pour de l’argent. Je frappe à la porte des producteurs Borderie et Decharme. Le projet les intéresse mais à la seule condition que je puisse convaincre Jean-Paul Belmondo de tenir le rôle masculin. »

BELMONDO ET LES AUTRES

Deray parvient à persuader Belmondo, alors au faîte de sa gloire et de sa jeunesse, de tourner avec lui. Dix-huit ans plus tard, l’acteur permettra au cinéaste de signer son plus gros succès au box-office : LE MARGINAL, et ses cinq millions d’entrées. Aux dialogues, Michel Audiard livrera à nouveau sa partition vocale.

PAR UN BEAU MATIN D’ÉTÉ fait son apparition au cinéma le 17 février 1965. Il s’agit du quatrième film du cinéaste, après les excellentes séries noires RIFIFI A TOKYO avec Charles Vanel et SYMPHONIE POUR UN MASSACRE avec Jean Rochefort. Belmondo vient de triompher dans trois opus dits «grands publics» L’HOMME DE RIO de Philippe de Broca, et CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL puis WEEK-END A ZUYDCOOTE d’Henri Verneuil. Le comédien reste cependant toujours l’icône de la Nouvelle Vague. Ainsi, PIERROT LE FOU de Jean-Luc Godard, encore une série noire (enfin si on veut), dynamitera les écrans quelques mois après la sortie du Deray.

«  À chaque plan, à chaque scène, Belmondo m’étonne par sa présence, sa sensibilité, sa précision, sa disponibilité. L’équipe ne sourit plus, elle le regarde et l’écoute, fascinée. J’apprends avec lui une certaine façon d’exister sur un plateau. (…) Je regrette malgré tout que Sophie Daumier, son talent, son originalité et son humour soient passés sous silence. Elle forme avec Jean-Paul un couple insolite et son jeu est en tous points remarquable. »

Aux côtés du duo Belmondo-Daumier, Géraldine Chaplin fait ses véritables débuts à l’écran, treize ans après son apparition dans LES FEUX DE LA RAMPE, et un an avant son rôle de Tonya dans LE DOCTEUR JIVAGO. Elle y est tout aussi remarquable que les seconds rôles d’une distribution française et internationale : Gabriele Ferzetti, Adolfo Celi, Akim Tamiroff, Georges Géret, Jacques Monod ou encore le jeune Jacques Higelin.

UNE RITOURNELLE TRAGIQUE

PAR UN BEAU MATIN D’ÉTÉ débute sous la pluie, par les percussions «jazzy » de Michel Magne. Le compositeur d’UN SINGE EN HIVER et des TONTONS FLINGUEURS signe une ritournelle qui n’est pas sans rappeler Ennio Morricone, avec notamment un sifflement très évocateur de la solitude du héros. Belmondo changera de registre au fur et à mesure de la progression d’une intrigue sans pathos, où son extraversion se figera peu à peu. L’été se fera de moins en moins beau.

Aujourd’hui, le film est enfin réédité dans une version restaurée en 4K, à partir des négatifs originaux sous la supervision de Pathé. Alors en cette période de disette cinématographique, ne manquons pas de nous replonger dans cette série noire sixties retrouvée, annonciatrice de l’œuvre d’un très grand spécialiste du polar. Qui a dit « click and collect » ?

Raphaël MORETTO

Un Blu-ray et un DVD, paru chez Pathé, 20 €.