SORTEZ CHEZ VOUS !

Puisque les salles de spectacle et cinémas ne sont pas encore ré-ouverts, voici mon choix hebdomadaire, forcément très subjectif, pour continuer à vous cultiver, vous divertir et vous évader surtout. Il y sera beaucoup question de lyrisme, de romantisme et de débauche.

# MUSIQUE Sur Arte Concert

Juliette Armanet à la Gaîté Lyrique

En un album, « Petite amie », Juliette Armanet a su imposer sa voix mystérieuse, enivrante, délicate et un brin rétro. Pour la comédienne Pauline Jambet, avec qui Juliette Armani a lu les correspondances amoureuses de Guillaume Apollinaire, Edmond Rostand ou James Joyce : « Juliette, qui a fait du théâtre, est pétrie d’univers très variés, qui vont de la poésie de Prévert aux romans de Gary. Elle a beaucoup de fantaisie et réussit à transformer quelque chose d’ennuyeux en une histoire marrante et touchante. Elle a une approche très simple du sentiment, à la fois réfléchie et sensuelle. » 

Adolescente, la chanteuse découvre le répertoire de Véronique Sanson, William Sheller, Alain Bashung, Barbara et Alain Souchon. Elle décide alors de composer ses propres chansons. Mêlant la variété à l'électro, elle se fait remarquer dès 2014 avec un premier titre, « L'Amour en solitaire ». Logiquement, un EP suit, intitulé « Cavalier Seule », précédant l’album « Petite amie » qui sort en avril 2017, et connaitra par la suite de nombreuses déclinaisons, à l’image du « Brol » d’Angèle ou de la « Sainte Victoire » de Clara Luciani. En 2018, Juliette Armanet remporte le prix de « l’album révélation de l’année » aux Victoires de la musique.

Son style se réinvente à chaque texte, basculant de la douceur du piano-voix à l’efficacité des rythmes disco. Dans son costume de lumière, elle vient boxer les mots, n’hésitant pas à faire chanter le public, comme sur « L’amour en solitaire ». Un soupçon de dérision pour un concert placé sous le signe de la tendresse. Juliette Armanet, on l’aime à la folie.

https://www.youtube.com/watch?v=vvZPbNZpw1Y

# THÉATRE Site de la Comédie Française

ROMÉO ET JULIETTE de William Shakespeare, dimanche 24 mai à 20h50, sur France 5.

Mise en scène Éric Ruf avec Suliane Brahim, Jérémy Lopez, Danièle Lebrun, Didier Sandre et les comédiens de la promotion 2016-2017. Capté Salle Richelieu pour une retransmission en direct avec Pathé Live. Réalisation Don Kent.

Pièce légendaire du répertoire, Roméo et Juliette est devenue, au fil du temps et des multiples adaptations dont elle a été l’objet, l’incarnation de l’histoire d’amour absolue. « L’imaginaire collectif autour du répertoire me fascine », dit Éric Ruf. Tentant d’en comprendre les raisons, il découvre « une sorte de pièce fantôme, un mythe si présent dans les esprits qu’il en est devenu autarcique, tournant sur lui-même ».

L’action se situe dans une Italie du Sud, pauvre et écrasée de soleil, où les esprits s’échauffent, où l’on observe les murs délabrés d’une grandeur perdue, où les peurs irraisonnées et les croyances populaires demeurent vivaces. La tragédie recèle quelques savoureux moments de comédie : la pièce est pleine de contrastes, entre la naïveté d’adolescents amoureux fous et la violence programmée des Montaigu et des Capulet, qui ensanglantent Vérone. Juliette Armanet aurait pu en faire une chanson.

# FILM sur YouTube

RAPHAËL OU LE DEBAUCHÉ (1971) tragédie lyrique de Michel Deville, avec Maurice Ronet, Françoise Fabian, Brigitte Fossey, Isabelle de Funès, Anne Wiazmsky et Jean Vilar.

C'est le dernier jour de l'été, rayonnant sur une belle campagne française, en 1830. Une jeune veuve, Aurore (la superbe Françoise Fabian), et ses trois cousines vont voir le soleil se lever au bord d'un lac. Des cavaliers les abordent, grisés par le vin et les plaisirs. Parmi eux se trouve Raphaël de Lorris (Maurice Ronet), qui vit ostensiblement dans le luxe et la débauche. Lors d'un bal, Raphaël retrouve Aurore. La passion submerge ces deux êtres que tout sépare. Raphaël, craignant de nuire à Aurore, s'éloigne volontairement d'elle. Aurore, quant à elle, se dévergonde dans des parties fines, afin d'effacer cette vertu qui fait obstacle à leur amour. Mais Raphaël la repousse toujours...

Raphaël est peut-être le dernier grand personnage interprété par l’immense acteur Maurice Ronet : son plus beau rôle avec celui de Julien Tavernier dans Ascenseur pour l’échafaud, Philippe Greenleaf dans Plein soleil, Michel Jussieu dans La dénonciation, Alain Leroy dans Le Feu follet et Harry dans La piscine. Il jouera le caïd Roger Massina dans La Balance de Bob Swaim en 1982, avant de s’éteindre des suites d’un cancer. Éric Neuhoff écrivait dans Les Insoumis : « Ce fut un grand vivant. Séduisant, insupportable, imprévisible, il aurait pu être un personnage de roman. »

Film superbe, sombre et vénéneux, et pourtant non réédité à l’unité en dvd ou vod, Raphaël ou le débauché de Michel Deville, marque une évolution du metteur en scène vers plus de gravité. Il s’agit également de sa dernière collaboration avec la scénariste Nina Companeez. L’action se situe dans la France de la Restauration, sur fond musical emprunté à Bellini, restituant à merveille un mal de vivre romantique cher à Musset. Sans doute le meilleur film du cinéaste, qui a pourtant réalisé quelques chefs-d’œuvre.

https://www.youtube.com/watch?v=su0ycDXf8Fw&t=11s

Belles soirées à vous toutes et tous, et surtout portez vous bien !

Raphaël Moretto