Djamel Tatah : « Que devenons-nous ? »

Le musée des Beaux-Arts de Dijon et le musée national Magnin s’associent pour présenter, du 22 mai au 20 septembre 2026, une exposition consacrée à l’artiste Djamel Tatah, figure majeure de la peinture contemporaine française.

Déployée sur deux sites emblématiques du patrimoine dijonnais, l’exposition invite à une circulation dynamique où les formes, les supports et les thématiques propres à l’artiste se répètent et mutent dans un dialogue inédit avec les collections permanentes de ces institutions.

L’exposition s’appuie sur une ligne de force de l’œuvre de Djamel Tatah : la répétition. Comme au théâtre où les acteurs répètent encore et encore, ici, des figures humaines se présentent et se représentent, surgissent indéfiniment dans de grands aplats colorés. Djamel Tatah réitère ce que l’humanité répète : la guerre, l’exil, la solitude. Il nous invite à réfléchir à la persistance des tragédies collectives et nous met face à la question : « Que devenons-nous ? ».

Rien n’est jamais identique pourtant. Des mutations subtiles s’opèrent entre les tableaux par des variations chromatiques, des recadrages, des inversions ou des dédoublements. Djamel Tatah met en jeu l’hybridation comme amour des formes et active la mémoire des visiteurs.

Imaginée comme une plongée, une immersion symbolique et mémorielle dans sa création, cette exposition invite également à une expérience de la persistance des images à travers l’histoire de l’art. Dans cette rencontre avec les collections anciennes des musées dijonnais, l’artiste poursuit sa réflexion sur la peinture et s’expose comme un véritable passeur d’images. L’artiste, a écrit Éric de Chassey, est « un amateur d’art au sens le plus profond du terme, ou plutôt un amateur et un usager des images et des œuvres (…). Il s’en sert pour ses propres bénéfices, [les] reprend et [les] transforme à son gré (…) dans sa propre fabrique des tableaux. »

Au musée des Beaux-Arts de Dijon

Plus de quarante œuvres provenant de collections publiques françaises, de collections privées et de l’atelier de l’artiste attestent de la dynamique de l’œuvre depuis ses premières recherches picturales jusqu’aux créations les plus récentes. Une salle, en particulier, propose un agencement d’œuvres issues de plusieurs collections publiques, dont le musée des Beaux-Arts de Dijon, avec des documents photographiques issus de son cabinet de dessin, des peintures sur papier et des lithographies : une manière de regarder et de faire de l’art.

Le parcours présente également deux œuvres inédites inspirées de l’un des chefs-d’œuvre des collections dijonnaises, le panneau de Konrad Witz, L’Empereur Auguste et la sibylle de Tibur, daté d’environ 1435.

Au musée national Magnin

Le propos se recentre sur le thème de la chute, depuis la cage d’escalier de l’hôtel Lantin avec la présentation majestueuse de l’œuvre « Vois là » constituée de 3 grands lés imprimés jusque dans trois salles du rez-de-chaussée. Les corps basculent ou s’immobilisent, les figures glissent, se soustraient. Des tableaux de plus petits formats et de nombreuses lithographies réalisées dans l’atelier de Michael Woolworth à Paris dialoguent également avec les collections permanentes, soulignant la continuité du regard et des émotions à travers les siècles.

 

L’artiste Djamel Tatah

Depuis plus de trente ans, Djamel Tatah explore la figure humaine dans des compositions épurées où se rencontrent solitude, dignité et silence. Abstraits et figuratifs, les tableaux de l’artiste composent une chorégraphie des corps dans laquelle la répétition et la variation des formes s’imposent comme une expérience dans la peinture.

Né en 1959, Djamel Tatah a étudié à l’École des beaux-arts de Saint-Étienne entre 1981 et 1986. Il a enseigné à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris de 2008 à 2023. Il vit et travaille à Montpellier.

Présent dans de nombreuses collections publiques, Djamel Tatah a montré ses œuvres, tant en France qu’à l’étranger. Récemment, son travail a été dévoilé au musée Matisse à Nice (2024) ainsi qu’au musée Fabre à Montpellier (2022-2023). Il a également exposé au museum Berggruen à Berlin (2021), à la Collection Lambert à Avignon (2017-2018), au musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne (2014), au musée public d’Art moderne et contemporain à Alger (2013), à la Villa Médicis à Rome (2010), ou encore au musée d’Art moderne et contemporain à Nice (2009).

 

Photo : © Hélène Mauri