IZIA : prénom d’une « chanteuse et actrice, compositrice et interprète à peine trentenaire », venant du géorgien « m’zia », qui signifie en français « ensoleillé ».
C’était un soir de sortie, sans doute le dernier avant un long moment. Un soir d’allocution présidentielle aussi. Izia était à Dijon. La fille du grand Jacques, offrait deux prestations successives (arrêté ministériel du 10 mars oblige) totalement habitée, sur la scène de la Vapeur. Elle était accompagnée par la claviériste et choriste Julia Jerosme, le batteur Nicolas Musset, le guitariste Fonio et le compositeur Bastien Burger à la basse. Entre les deux tours de chant du groupe, Macron avait parlé, annonçant alors le maintien des élections municipales le dimanche, en même temps que la fermeture des établissements scolaires le lundi ! Annonces paradoxales qui paraissent aujourd’hui bien lointaines, à l’heure de la quarantaine.
Dans la file d’attente pour le second concert, l’impatience joyeuse laissait place à un étonnement ébahi. Le sentiment que rien n’allait plus jamais être comme avant. Nous n’en étions tout de même pas encore à imaginer l’arrivée des dauphins sauvages dans l’Ouche ou le Suzon. Mais nous attendions toutes et tous, avec ferveur, l’apparition fantomatique d’un dragon de métal.
Animée par son énergie solaire habituelle, la joie d’être sur scène, le sentiment d’un moment exceptionnel qui ne se reproduirait peut-être pas de sitôt, la jeune chanteuse ouvrait le bal par une chanson sur le manque, premier hommage à son père :
« Dragon de métal / Ensemble maîtres du temps / Sauveur de l’ennui / Je te regarde, tu me comprends / Tes mots, tes rires, tes gestes / Plus doux que n’importe quelle soie / M’enveloppent et me protègent / Talismans contre moi »
Après presque quinze ans de carrière, quatre albums studio, dont deux premiers très « rock » tendance Janis Joplin (à qui on l’a souvent comparée) et deux derniers plutôt « électro-pop », Izia se livrait totalement sur la scène dijonnaise. Inoubliable, comme sa reprise de « Vivre ou survivre » de Daniel Balavoine, où elle semblait nous confier que « toute la misère du monde n’est rien à côté d’un adieu ».
Nous sentions battre le cœur de cette artiste émouvante, qui tel un soleil, irradiait tout autour d’elle, dans une scénographie jouant volontairement sur les clairs-obscurs. Célébrant son album Citadelle, dans une insolente liberté de paroles et une belle liberté de mouvements, la chanteuse dialoguait avec son public, naturellement, avec humour, amour et sincérité. Elle enchaina les titres, comme des échos à ce qu’avait pu chanter Jacques Higelin au siècle dernier. Alors qu’ « Idole » raconte la maladie et la perte du célèbre auteur-compositeur, « Que tu saches », qui clôtura la session, est dédiée à la naissance de son fils. Izia travaillait en effet à la composition de sa « Citadelle », lorsque ces deux évènements bouleversants sont survenus : « cycle infini, recommencement de la vie ».
La chanteuse fut l’espace de cette soirée unique, parce que double, la druidesse, la fée qui d’un coup de baguette, d’un abracadabra fit de nous, admiratrices et admirateurs higelinesques, des « incarné.e.s ». Nous sortîmes totalement irradié.e.s par cette déclaration nocturne à la vie, à l’amour, à la liberté.
Pour celles et ceux qui n’étaient pas à la Vapeur ce soir si remarquable, il existe une captation vidéo du concert à la Maroquinerie à Paris, sur YouTube, avec le même set. Et puisque nous sommes également privé.e.s de nos chères salles obscures, vous pouvez retrouver Izia Higelin aux côtés de William Lebghil et Bastien Bouillon dans le récent film de Sébastien Betbeder, DEBOUT SUR LA MONTAGNE, comédie nostalgique et décalée, disponible en VOD. En attendant ces moments culturels, musicaux, cinématographiques, portez-vous bien !
Raphaël Moretto
Album « Citadelle » et clips vidéo disponibles sur http://iziamusic.com/





