PLAY

Comédie romantique « conceptuelle » française d’Anthony Marciano, avec Max Boublil, Alice Isaaz, Malik Zidi, Arthur Perier-Pillu, Noémie Lvovsky, Alain Chabat et Camille Lou.

En 1993, Max a 13 ans quand on lui offre sa première caméra. Pendant 25 ans il ne s’arrêtera pas de filmer. La bande de potes, les amours, les succès, les échecs. Des années 90 aux années 2010, c’est le portrait de toute une génération qui se dessine à travers son objectif.

1er janvier 2020. Jour de sortie pour PLAY, film tourné en 2018 et qui semble avoir mis un peu de temps à être monté, puis distribué. Des spectateurs quittent la salle après quelques dizaines de minutes, sans doute indisposés par le dispositif original en place par le réalisateur pour son troisième long-métrage. Cela donne une impression de tangage dans les fauteuils, et ce n’est pas dû qu’à de récentes soirées festives, mais plutôt au procédé de montage-collage assez atypique pour une comédie « familiale » française.

Cette famille du cinéma, Anthony Marciano l’intègre en 2013 en signant son premier film, LES GAMINS, une bonne farce déjà nostalgique et régressive, avec son double à l’écran, le toujours sympathique et déroutant Max Boublil. Le film est un succès critique et public, mais Marciano se plante dans la forêt de Sherwood, deux ans plus tard avec son ROBIN DES BOIS, davantage « désagréable défilés de copains se rendant à une fête costumée » que bande d’acteurs soucieux de jouer une partition à l’unisson dans une véritable œuvre comique ! Georges Guétary n’est pas loin, guettant à l’orée du bois, mais point d’Errol Flynn à l’horizon.

Un peu plombé par cet échec, quelque chose de sentimental donne envie à Anthony Marciano de revivre les moments forts qui ont marqué les vingt-cinq dernières années de sa vie, et de se remettre dans l’état dans lequel il était à ces différents âges. Le réalisateur ne veut pas mettre en scène une époque révolue (comme dans LA BELLE EPOQUE de Nicolas Bedos, précédemment chroniquée) mais « véritablement » revivre ces moments-là en fabricant de faux rushes. « Faire ce film avec des rushes était le seul moyen d’aller chercher la nostalgie chez le spectateur. » Le fond et la forme se rejoignent alors.

Les acteurs font partie intégrante d’une mise en scène, privilégiant logiquement les plans séquences, puisque les scènes doivent être sorties tout droit des cassettes d’un vieux caméscope ou d’anciennes caméras vidéo. Alain Chabat, figure marquante des années Canal, est à nouveau présent dans le rôle du père, mais avec sa tête de « Les Nuls, l’émission », où avait défilé la crème du début des années quatre-vingt-dix : Gérard Lanvin, Vanessa Paradis, Lio ou Valérie Kaprisky. Noémie Lvovsky est épatante dans le rôle de la mère aimante et aimé de ce garçon à la caméra, Max Boublil à nouveau, et de son entourage bienveillant. On doit à la comédienne les moments les plus émouvants du film.

La musique remplit également son rôle de déclencheur de mémoire et catalyseur d’émotions, avec certes des tubes, mais aussi des titres très joués à l’époque et que l’on ne réécoute plus forcément aujourd’hui : «Virtual insanity » de Jamiroquai, « Where is my mind » des Pixies ou «Ironic » d’Alanis Morissette. Parmi les moments marquants de cette vie en cassettes : la coupe du monde de 98, le passage en l’an 2000 ou encore une redondante fête de la musique !

Si Marciano s’appuie sur des références très personnelles ou générationnelles, il parvient à toucher à l’universel grâce à son quatuor de potes unis pour le meilleur … et pour le pire : Max, Emma, Mathias et Arnaud, incarnés par deux ou trois comédien(ne)s différents suivant les âges de la vie. Parmi eux, la toujours épatante Alice Isaaz, indispensable depuis La crème de la crème de Kim Chapiron, Espèces menacées de Gilles Bourdos ou Mademoiselle de Jonquières d’Emmanuel Mouret. L’actrice parvient sans peine à incarner une lycéenne ou une trentenaire, ce qui lui permet de traverser avec fougue et élégance deux décennies afin d’accompagner son personnage dans les méandres de sa vie.

Cette comédie romantique, originale et rythmée, audacieuse et inventive dans sa forme, formidablement bien incarnée, est également une réflexion touchante et émouvante sur le temps qui passe. Peut-être la meilleure façon de commencer 2020 ? Belle et heureuse année cinématographique à toutes et à tous !

Raphaël Moretto