Destination Meursault…

Avec la précision d'un chef de gare, Denis Thomas, ses équipes et l'Office du Tourisme, concentrent le monde ferroviaire à Meursault durant deux jours. Ne manquez pas l’exposition de modélisme ferroviaire les 7 et 8 décembre prochains. Un rendez-vous patrimonial mais pas seulement…

En matière de patrimoine industriel, lorsque nous observons l’État, la Nation et l'État-nation nous pensons d'emblée aux vestiges d'une industrialisation peut être révolue ? Nombre d'usines, de chevalets de mines, de forges ou d'anciens hangars sont l'attention des Monuments Historiques dans une perspective de conservation, voire de restauration afin d'être présentables à un public restreint de passionnés. Mais qu'en est-il de ces infrastructures qui ont, à l'image de L’État lui même, irrigué le territoire dans leurs composantes humaines et paysagères ?
Je pense à ces oubliés patrimoniaux des territoires que sont les canaux et leurs maisons éclusières, les écoles et leurs préaux ainsi que les gares et leurs postes daiguillage...e t là nous penserons au patrimoine ferroviaire de Meursault. A bien y regarder ce sont les témoins d'un État présent sur le territoire national. Car ici c'est bien de patrimoine industriel dont il s'agit.
Les canaux et les écluses, les écoles et leurs architectures, les gares et leurs passages à niveaux répondaient à une standardisation architecturale et nationale qui contribuaient à une solidité et à une présence homogène, pour ne pas dire rassurante d'un État structurant et protecteur. De là à dire que la « Fête du train » remplace l' État il n'y a qu'un pas. Non quand même ! Mais si la « Fête du train » au travers de ses expositions et de la mise en valeur du patrimoine ferroviaire réveillait et servait de marqueur pour le temps présent ? Si la « Fête du train » secouait les autorités de tout poil pour qu'elles prennent conscience de ce qu'elles ont à portée de mains et que l'on ne nous parle pas d'argent où de financement, argument classique pour faire sérieux ! Le sérieux et le ludique sont à Meursault.
A la « Fête du train » de Meursault, les miniaturistes et autres passionnés des modèles réduits sont de véritables architectes du patrimoine. Leurs soucis de l'observation et du détail sont à l'interface du réel et de l'imaginaire. Devant un wagon on est presque à embarquer et le regard plongeant sur le poste d'aiguillage vous honore d'étoiles de votre képi, képi qui est déjà lui sur votre tête. On est véritablement aux manettes ! Évitez quand même en passant d'un diaroma à un autre de donner un coup de sifflet, cela peut provoquer malgré tout une panique, quoique ? Je parierai fort que les spectateurs-voyageurs se trouvent trop près des voies. Attention, un train peut en cacher un autre.

Ne ratez pas les dates et les horaires des trains car ils ne passent que tous les 3 ans, cette année les 7 et 8 décembre. L'année du train est comme l'année de la comète et c'est à noter sur votre feuille de route ferroviaire. Demandez au chef de gare il vous mettra sur la bonne voie. Et si d'aventure vous arrivez en retard vous serez dirigés sur une voie de garage et l'on vous dira calmement que le train est parti à l'heure.
Chers amis prenez les horaires, informez-vous, parlez-en à vos amis et donnez des rendez-vous soit au buffet de la gare soit dans le wagon-restaurant. C'est comme cela que l'on voyage dans la patrimoine d'hier et d'aujourd'hui. Regardez bien entre ces deux lampadaires accrochés à la voie B, on aperçoit au loin le poste d'aiguillage, encore allumé, car des cheminots y sont au travail.
Le patrimoine n'est pas ce que l'on voit comme objet ou monument ancien, c'est avant tout l'angle sous lequel on le considère. Le patrimoine à ce titre est le lien d'héritage que l'on instaure entre l'objet et nous même, ce n'est ni plus ni moins qu'un acte notarié. Pas de lien, pas de bien. Et pour fabriquer ce lien il faut des hommes passionnés qui prennent à bras le corps, justement ce lien via l'objet patrimonial.
Denis Thomas et son équipe de Meursault en sont un flagrant exemple. En ce qui concerne le patrimoine industriel, la chose est coriace, en terme clair, il faut aller contre la force justement des chosesil faut en extraire la force symbolique toujours masquée par la technique qui s'impose en premier lieu. Le patrimoine industriel est toujours considéré comme un sous-produit pour les maniaques de la technique. Alors pour le ferroviaire on sarrête à la locomotive, aux wagons, ou dans le meilleur des cas à la gare surtout si elle correspond à l'image d’Épinal d'une bande dessinée. Et si maintenant on parlait de poste aiguillage, vous savez cette quasi tour de contrôle où les leviers et maintenant les ordinateurs sont, grâce aux aiguilleurs, les maîtres du rail. Le poste d'aiguillage et les aiguilleurs deviennent de fait « l'ordonnateur » à la fois d'un monde professionnel où chaque tâche de la plus simple à la plus complexe s'associe aux voyageurs qui, quand même, sont les premiers concernés.
C'est ici que le service public, donc le service pour le public, prend toute sa valeur et cette valeur passe de la technique à la symbolique. Le poste d'aiguillage de Chagny devient emblématique du secteur ferroviaire local mais il devient aussi symbolique de la vie du rail, de cette vie qui par les cheminots et les voyageurs contribue à un souffle de vie hors les métropoles et autres mégalopoles concentrationnaires. Vous le remarquerez, on passe discrètement du modèle réduit du diorama à son modèle grandeur réelle. Denis Thomas veut réhabiliter le poste d'aiguillage existant pour en faire non pas un musée mais un centre d'interprétation. On notera qu'interprétation au sens étymologique du terme signifie donner du sens c'est à dire jouer sur les cinq sens pour provoquer une émotion puis une compréhensionmais c'est aussi aller dans le sens deLa conjonction des ces deux concepts en fait un instrument propice au savoir et à la connaissance. Il faut un lieu où l'exigence du temps présent s'articule sur le passé mais sans passéisme. Comme moi vous pensez à Meursault ! Voilà une bonne raison pour demander le classement aux Monuments Historiques. De la tour daiguillage, il faut voir aussi les quais de déchargement, des rotondes, les grues, le passages à niveaux, les feux et derrière tout cela l'ordonnancement pour ne pas dire la logistique conçue par les professionnels du rail. Finalement à Meursault, Denis Thomas et son équipe sont à deux doigts de réaliser non pas un musée, non pas un éco-musée mais un espace de réflexion surtout simplement le rail, le rail aujourd'hui avec hier...
Pas mal ! Non ? Et même mieux ! Avec votre soutien, Meursault peut devenir la tête de pont d'une fédération culturelle du rail ; rien que ça ! Au fait, chers amis, trouvez-moi des gens qui n'aiment pas les trains… ? Alors, allez voir l'exposition à Meursault.