Ludovic Rochette : « La moitié des maires annoncent qu’ils ne se représenteront pas »

Ludovic, le président de l’Association des Maires de Côte-d’Or (AMF 21), était présent à Paris pour le congrès national des maires. Retour sur un événement durant lequel les élus ont exprimé leur désarroi.

Dijon l’Hebdo : Ras-le-bol général... C'est bien ce qui semble se dégager du congrès des maires de France organisé du 20 au 22 novembre à Paris...

Ludovic Rochette :« Je le confirme. Le mal dont souffrent les collectivités est plus ancien que les protestations apparues ces derniers temps. On est arrivé à un moment d’exaspération comme rarement on en a connu entre les associations d’élus et l’exécutif. J’ai 23 ans de mandats et c’est la première fois que je vis un congrès aussi tendu. Pourtant, on en a vu d’autres, avec Sarkozy, Hollande. »

DLH : Comment avez-vous ressenti l'absence d'Emmanuel Macron à ce temps fort des collectivités locales ?

L. R :« Comme une erreur. Nous l’avons ressenti comme un symbole. Celui de la recentralisation. D’ailleurs, Emmanuel Macron s’est empressé de dire que l’année prochaine, il viendrait dès l’ouverture. On peut donc considérer que notre mécontentement a été entendu. J’ai même l’impression que le Président a enfin compris ce qu’était une commune. Il a passé un vrai cap dans son propos. Le dialogue peut s’ouvrir. »

DLH : Le Président Macron a cependant démontré depuis son élection que faire machine arrière n’était pas dans ses habitudes ?

L. R :« Ici, ce n’est pas faire machine arrière. C’est avant une question de respect et de dialogue. Deux choses fondamentales. Et on voit bien que la stratégie de François Baroin, appuyé par Gérard Larcher, a été la bonne. L’Association des Maires de France, c’est une constellation d’élus de gauche, de droite, sans étiquette et Emmanuel Macron a pu juger toute son importance. On ne pouvait pas rester sur cette situation d’incompréhension »

DLH : Faisiez-vous partie des 2 000 maires « privilégiés » qui ont été reçus par Emmanuel Macron à l'Elysée après le Congrès ?

L. R :« J’étais invité mais je n’y suis pas allé. Et je ne regrette pas mon choix. Aucune consigne n’a été donnée. J’ai noté que le Président Macron, dans son intervention, a souligné la place que devait avoir la commune. Par contre, il y a des points de blocage comme la suppression de la taxe d’habitation. Comment sera-t-elle compensée ? C’est de notre responsabilité d’alerter. »

DLH :Etes-vous de ceux qui réclament « un acte III de la décentralisation » ?

L. R :« Je n’appelle pas à un big bang territorial. Je préfère un petit matin qu’un grand soir. On a passé notre temps à appliquer des réformes. Il aura fallu un mandat à essayer de mettre en place la loi NOTRé dont un certain nombre d’éléments étaient incompréhensibles. Il convient d’en nettoyer les « irritants ». La question fondamentale, c’est la place de la commune dans l’intercommunalité. Le Président a proposé à la fois une discussion nationale et une discussion locale. Je mets l’AMF 21 à disposition du préfet pour ouvrir cette discussion à l’échelle du département de la Côte-d’Or pour voir de quelle manière on peut trouver des expérimentations ici ou là, et voir comment on peut faire des propositions de différenciation. »

DLH : Qu’est-ce que vous mettez derrière le mot « irritant »?

L. R : « Tout ce qui a suscité de l’exaspération de la part des élus mais aussi de la population. Par exemple, vouloir faire des intercommunalités sur un seul critère démographique. C’est la démonstration d’une vision centralisée des territoires. Autre exemple ? Avoir retiré aux départements la compétence du transport scolaire alors qu’ils continuent de gérer la voirie, cela relève du n’importe quoi. »

DLH : En prenant cette position hostile à l'adresse du Président de la République, n'êtes-vous pas dans une stratégie politique visant à faire « monter » François Baroin, le président (Les Républicains) de l'Association des maires de France et en faire, au bout du compte, un vrai concurrent à Emmanuel Macron pour la prochaine élection présidentielle ?

L. R :« Ce n’est pas une position hostile au Président. C’est une position hostile à son attitude. Dans la réception qu’il a organisée avec les maires à l’Elysée, on a pu noter une méthode et un ton qui semblaient différents. Quant à François Baroin, il a fait, au cours de ce congrès, la démonstration qu’ils savaient entendre les voix de tous les champs politiques de l’AMF. Avec Gérard Larcher, il a fait en sorte que le Président de la République modifie son rapport avec les territoires.

Après, je suis de ceux qui n’imaginent pas François Baroin arrêter la politique en 2020… Il fait incontestablement partie de ces hommes qui, actuellement, ont une stature d’état. »

DLH : Selon vous, que faudrait-il, dès demain, pour que la confiance revienne entre l'Etat et les maires après plus d'un an de relations conflictuelles ?

L. R :« La méthode de Gérard Larcher est imparable. Il faut s’appuyer sur son diagnostic pour donner encore plus de contenus aux propositions pour remédier à toutes les difficultés. Il aura fallu passer par cette phase de tensions pour que la prise de conscience se fasse. »

DLH : La crise de l'aménagement du territoire, vous la ressentez comment en Côte-d'Or ?

L. R :« Cette crise là, elle passe tout d’abord par la crise des vocations. La moitié des maires de Côte-d’Or pensent aujourd’hui qu’ils ne se représenteront pas en 2020 alors que 33 % d’entre eux annoncent qu’ils ont l’intention de briguer un nouveau mandat. 33 %, c’est aussi le pourcentage des maires qui , en 2013, ne voulaient pas se représenter. Autre chiffre, encore plus inquiétant, 40 % des maires élus pour la première fois en 2014, annoncent qu’ils ne repartiront pas en 2020. Problèmes professionnels, d’organisation familiale, certes, mais il y a surtout le fait que la fonction d’élu s’est vraiment durcie avec cette obligation d’appliquer des choses complètement irréalistes.

L’aménagement du territoire, au regard de la situation que l’on vit aujourd’hui en France, doit se faire avec des relations respectueuses entre collectivités. Je mettrai tout mon poids pour que les relations entre la Métropole et le département de la Côte-d’Or se fassent dans ce cadre. Les collectivités doivent travailler entre elles et pas en opposition. C’est ce que nous demandent aujourd’hui nos concitoyens. »

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre