François Sauvadet : « Rémi Delatte me semble être un élément fondamental de l’avenir de l’agglomération dijonnaise »

 

 

François Sauvadet, président du conseil départemental de la Côte-d’Or, a accepté de nous accorder une longue interview. Transferts de compétences, relations avec la Métropole, la Région et sa présidente, bilan d’une année de présidence Macron… mais aussi élections municipales à Dijon en 2020. Et là, François Sauvadet a avancé un nom : celui de Rémi Delatte !

 

Dijon l’Hebdo : Transfert de compétence oblige, le Conseil départemental de la Côte-d’Or a vu le nombre de ses missions se restreindre au profit de la Métropole dijonnaise et du conseil régional de Bourgogne – Franche-Comté. Où en est-on aujourd’hui ?

François Sauvadet : « Concrètement, le seul transfert qui a été organisé c’est le transfert lié à l’application de la loi Notré -et pas la loi Notre que j’ai combattue-. Il s’agit des transports scolaires et des transports inter-cités à la Région qui en assume désormais la pleine responsabilité. Il y a eu aussi le transfert de la compétence économique et de la compétence agricole. Mais la loi a laissé des portes ouvertes pour que l’on puisse continuer d’intervenir, notamment dans le domaine agricole. C’est pourquoi nous avons signé une convention avec la Région pour pouvoir poursuivre notre action en direction de l’agriculture et des agriculteurs. Il y a eu des changements, c’est vrai. Mais ce n’est ni un grand soir ni un grand matin. »

Dijon l’Hebdo : Vous semblez éprouver quelques inquiétudes sur le dossier des Transports ?

François Sauvadet : « Effectivement, on attend de voir comment la Région va les organiser. La bonne nouvelle, c’est que ce que nous avons initié, il y a une dizaine d’années, avec le Transco à 1,50 € quelque soit la distance parcourue. Un dispositif, formidable soutien à la mobilité, qui a porté ses fruits en Côte-d’Or pour que les plus modestes puissent se déplacer et dont j’ai plaisir à voir qu’il a été généralisé en Bourgogne – Franche-Comté.

Cependant, j’aimerais avoir des précisions sur les conditions d’organisation des transports scolaires. A ce jour, nous ne disposons d’aucun élément sur la gratuité ou le coût qu’il pourrait engendrer pour  les familles et les communes. C’est d’autant plus important que c’est un élément essentiel du maintien de nos collèges. C’est un des éléments majeurs de la sectorisation, c’est le transport. Voilà plus de deux ans que j’attends ces informations. Pourtant, je me souviens quand François Patriat était président de la Région et quand Marie-Guite Dufay était présidente de la Franche-Comté, l’un et l’autre nous disaient que tout était prêt sur un domaine aussi essentiel que celui-là… »

DLH : Moins d’inquiétudes avec la Métropole ?

F.S : Les discussions se poursuivent avec la Métropole pour une échéance qui est fixée à la fin de l’année. Ces discussions sont constructives et j’espère sincèrement que d’ici-là nous aurons trouvé un accord. Si ce n’était pas le cas, c’est le préfet qui fixera les conditions du transfert.

 

DLH : Vous avez pourtant refusé le transfert des collèges ?

F. S : « C’était une possibilité… Je m’y suis refusé parce que je ne veux pas qu’il y ait des collégiens des villes et des collégiens des campagnes. Nous mettrons d’ailleurs prochainement en place une opération qui s’appellera « Vis ma vie ». Je souhaite, en effet, que les jeunes des villes aillent à la campagne découvrir la richesse et le potentiel de nos territoires et que les collégiens de nos campagnes fassent le chemin inverse pendant une ou deux journées. La fierté que l’on peut avoir de son territoire commence par la (re)découverte de sa terre, de son quartier… Le temps du collège est le dernier temps où toute la même tranche d’âge se retrouve avant la dispersion vers les lycées ou l’apprentissage. D’ailleurs, je ne fermerai jamais un collège en Côte-d’Or. »

DLH : Vous avez cependant déjà trouvé des terrains d’accord ?

F. S : « Nous conservons les compétences Tourisme, Sport, partagées avec la Région et la Métropole. On soutient les grands clubs, les équipements sportifs y compris dans l’agglomération dijonnaise.

Le transfert des 110 km de routes départementales dans l’agglomération dijonnaise n’a pas posé de difficultés. Nous sommes parvenus à un accord et nous avons convenu de travailler ensemble et de maintenir un dialogue efficace au sujet des pénétrantes.

Après cela, c’est le transfert de tout ce qui concerne la prévention spécialisée dans les quartiers. Ca fait des années que je dis qu’elle est indissociable de la sécurité des secteurs concernés et il me semble naturel que ce soit la Métropole qui en prenne la compétence et qui mette en place la politique qu’elle souhaite. Ainsi les critiques cesseront à l’égard du département à qui il était reproché de ne faire jamais assez. Naturel aussi de transférer le Fonds d’Aide aux Jeunes, le Fonds de solidarité Logement. Nous resterons, par contre, gestionnaire, puisque l’État nous l’a demandé, des fonds européens. Tout comme nous resterons très présent dans le Logement avec le grand opérateur qu’est Orvitis qui continuera évidemment d’intervenir dans le périmètre de l’agglomération dijonnaise comme il le fait sur l’ensemble du département. »

DLH : Et le volet social ?

F. S : « C’est là que les discussions se poursuivent. Je ne me situe pas dans une démarche politique et politicienne. Je suis constructif et mon souhait est d’arriver à un accord qui prend en compte « toute la loi, rien que la loi ». Ca veut dire que nous conservons des compétences propres dans l’agglomération dijonnaise. Compétences pour la Protection de l’Enfance, l’instruction et le versement des prestations, le RSA, l’aide aux personnes handicapées… Et puis, il y a aussi tout ce qui concerne la personne âgée et la famille pour lesquelles il y a une action sociale que la Métropole peut assumer. Nous sommes en train d’en définir les contours. Je souhaite pouvoir continuer les interventions pour lesquelles je suis en situation de responsabilité.

Pour les aînés, je le répète, nous restons responsables non seulement des prestations mais des établissements pour personnes dépendantes. Il est légitime que la Métropole souhaite s’investir dans la prévention du risque du vieillissement mais nous n’avons pas l’intention d’interrompre la mission qui est la nôtre.

Pour la visibilité de l’action publique, je n’ai pas souhaité qu’il y ait de guichet unique. Ce serait la confusion des responsabilités. Je maintiendrai donc la présence territoriale du Département dans les quartiers, et plus largement sur la Métropole, sur les compétences qui sont les nôtres. Il y aura d’ailleurs bientôt un nouvel espace Côte d’Or qui s’implantera boulevard de la Trémouille, à Dijon. »

DLH : Vous êtes également élu au sein du conseil régional de Bourgogne – Franche-Comté et vous êtes le leader de l’opposition. Les relations que vous entretenez avec Marie-Guite Dufay, la présidente, sont-elles toujours aussi tendues ?

F. S : « Non, ça l’est moins. Je n’ai pas compris, lors de ses deux premières années de mandat, pourquoi elle passait son temps à éviter les départements qui constituent un formidable relais pour les politiques régionales. Il aura fallu deux ans pour qu’elle réunisse enfin les présidents de conseils départementaux. J’ai le sentiment qu’elle écoute davantage nos propositions. Elle a enfin pris conscience que nous étions dans une grande région qui ne pouvait pas se résumer à l’analyse faite par la Franche-Comté. Je pense qu’elle est de bonne volonté mais elle est confrontée à une majorité de plus en plus rebelle avec une aile gauche quasiment mélanchoniste.

Cela fait quand même deux ans et demi que l’on attend les grandes perspectives de la Région, le point des relations avec nos partenaires frontaliers suisses et allemands… Il y a beaucoup de mou et de flou dans la politique régionale et les interlocuteurs le ressentent. »

DLH : On oppose encore trop souvent villes et campagne. Comment inventer de nouveaux espaces de coopérations dans le respect de la complémentarité des territoires ?

F. S : « Je crois qu’il y a une chose qui va transcender le clivage ville – campagne : c’est l’aspiration d’un grand nombre de nos compatriotes à la qualité de vie. On voit bien que le modèle de la concentration urbaine en parallèle à nos campagnes qui se vident et qui se désespèrent, est complètement dépassé parce qu’il est facteur de mal être et de mal vivre dans les milieux agglomérés. Et c’est sans compter sur le développement

« Les transferts de compétences ? Ce n’est ni un grand soir ni un grand matin »

fulgurant de l’intelligence artificielle qui va abolir les distances. Quand j’ai inscrit, en tant que ministre de la Fonction publique, le télétravail dans la loi, tout le monde regardait ça avec circonspection. Observez son développement aujourd’hui. Au sein du Conseil départemental de la Côte-d’Or, nous avons 150 agents qui travaillent comme ça.

Le numérique est un formidable outil de développement territorial. Je suis extrêmement préoccupé par ceux qui se réclament d’ « En Marche » : ils manquent de modernité et la vision de l’avenir du territoire leur fait défaut. Fonder l’avenir d’un pays sur le fait métropolitain, c’est une erreur magistrale qui sera source de grandes difficultés. Pour deux raisons. D’abord parce que cela ne correspond pas à notre histoire qui n’est pas fédérale. Ensuite, parce que nous sommes un grand pays. Et, dans ce grand pays, qui entre les Métropoles et les très grandes régions peut assurer cette cohésion territoriale ? C’est le Département qui va permettre à tous ceux qui veulent s’installer à la campagne, comme on dit, d’être connecté au monde entier grâce au déploiement du très haut débit qu’on est en train de mettre en place.

Cela ouvre des espaces et des opportunités considérables pour peu qu’on le veuille. C’est le combat que je mène à la tête de ce département. C’est la raison pour laquelle on a engagé un programme qui s’appelle Futur 21. J’inviterai tous les collégiens à dire comment ils voient leur département et ce qu’ils veulent en faire. Voilà l’enjeu : laisser s’exprimer cette aspiration à la qualité de vie. Je veux faire de la Côte-d’Or le laboratoire des modes de vie du futur. »

DLH : Une Côte-d’Or attractive… C’est une formule qui revient très régulièrement dans vos propos. Quelles sont les actions concrètes que vous avez mises en place depuis le début 2018 pour rendre ce département attrayant et séduisant ?

F. S : « L’attractivité d’un département, c’est d’abord son image. Et la Côte-d’Or a une formidable image. Elle le doit à son histoire, à la reconnaissance de son vignoble au patrimoine mondial de l’UNESCO, à son patrimoine vivant, sa gastronomie, ses paysages, à celles et ceux qui l’ont façonnée… Cette Côte-d’Or là, reconnue dans le monde entier, elle doit entrer de plein pied dans le XXIe siècle. Et qu’est-ce qui fait qu’on sera plus attractif qu’un autre département ? On va s’appuyer sur le déploiement, partout, du très haut débit. Qui aurait pu le faire ? L’État ? Il n’a rien fait. La grande région ? Elle n’a rien fait. La Métropole ? Elle a fait le nécessaire sur son périmètre. Qui d’autre que le Département pouvait mener à bien cette mission ? Personne. Je veux faire arriver la fibre partout, même dans les plus petits villages. Ce sera une des clés du développement économique, de l’attractivité, du maintien à domicile, de la télé médecine…

DLH : La Côte-d’Or, comment l’imaginez-vous dans 20 ans ?

F. S : « Le monde de demain est à écrire. Ce sera un monde nouveau, complètement connecté. L’aspiration à la qualité de vie de nos compatriotes devra trouver son expression pleine et entière dans le département de la Côte-d’Or. »

DLH : Si vous deviez recevoir des invités durant l’été, quels seraient les arguments que vous mettriez volontiers en avant pour promouvoir la Côte-d’Or ?

F. S : « Je leur ferais découvrir le patrimoine dijonnais, la côte viticole, le canal de Bourgogne, la Saône, les véloroutes, l’abbaye de Fontenay, le château de Bussy-Rabutin, les grandes forges de Buffon… sans oublier le Muséoparc Alésia qui concrétise cette rencontre entre César et Vercingétorix qui a fait naître la civilisation gallo-romaine dont nous sommes les héritiers. »

 DLH : Justement, le Muséoparc Alésia a lancé sa saison. Pensez-vous que cet outil culturel, à Venarey les Laumes, s’est véritablement imposé depuis sa création ? N’est-il pas un peu loin de tout ?

F. S : Ce Muséoparc est une chance et j’assume toujours, aujourd’hui plus que jamais, l’investissement que nous avons fait. On a le Musée des Beaux-Arts de Dijon, les Hospices de Beaune, le Clos-de-Vougeot, Fontenay, Vix… Et on a cette formidable histoire que raconte le  Muséoparc Alésia.

Loin de tout ? Il est là où il doit être. Le bâtiment dessiné par Tschumi est beau. Le site est beau. Les chiffres de fréquentation sont bons. Il faut qu’il devienne davantage une destination, un lieu où l’on redécouvre la vie des Gaulois et des Romains. Il nous faut maintenant franchir une étape. »

DLH : Dans le cadre du Printemps de l’environnement en Côte-d’Or, vous avez visité le Pôle scolaire Jean-Ferrat, à Selongey. Cette réalisation environnementale exemplaire et innovante a bénéficié d’une aide financière de près de 700 000 euros. Le bois est omniprésent dans ce bâtiment basse consommation distingué au titre du concours national d’architecture en bois-construction. Le bois, ce sont les forêts, les forêts illustrent cette ruralité qui vous est chère… Voir que la Caisse d’Epargne de Bourgogne – Franche-Comté construit son nouveau siège en bois à Dijon doit vous réjouir tout particulièrement ?

F. S : Oui. Je serais même pleinement heureux si 100 % du bois venaient de Côte-d’Or ou de Bourgogne – Franche-Comté. On voit bien que le bois est un matériau qui n’est pas seulement écologique. C’est un matériau qui est beau, qui vit. Je connais la prévention d’un certain nombre de collectivités, d’opérateurs publics voire même de structures privées à construire en bois. Aussi j’ai tenu à aller à Selongey où le bâtiment a 5 ans. Non seulement, ça a bien vieilli mais ça respire. Au travers de ma visite, j’ai suggéré ce message : Osez le bois ! Le futur parc national des forêts de Champagne et Bourgogne doit un formidable outil de valorisation du bois. La région devrait être fer de lance sur ce dossier. Ce bois, il serait bon qu’il soit transformé ici plutôt qu’il parte en Italie ou même en Chine. »

DLH : Revenons à cette notion de ruralité. Pensez-vous qu’elle soit véritablement menacée ? Que faire, selon vous, pour la préserver ?

F. S : « Il ne faut surtout rien lacher sur la présence de l’ensemble des services à la population. Et pas seulement en zone rurale. Ca vaut aussi pour des quartiers sensibles qui éprouvent, eux aussi, le même sentiment de désespérance. »

DLH : Faudrait-il donc un plan Marshall pour la ruralité comme celui qu’a réclamé Jean-Louis Borloo pour les banlieues ?

F. S : « C’est pour la France qu’il faut un plan Marshall. La France doit retrouver le chemin de la croissance sur l’ensemble de son territoire. Notre devoir, c’est de mettre les moyens là où les Côte-d’Oriens ont choisi de vivre. C’est un enjeu fondamental. La campagne ne sera jamais le terrain de jeu de la ville. Ce serait un désastre sociologique.

Je me bats autant pour la campagne que pour la ville. Je me bats pour un nouveau concept, un équilibre, pour que les gens puissent avoir le choix. »

DLH : C’était une idée de Benoît Hamon pendant la campagne présidentielle : instaurer un revenu de base pour les personnes qui ont peu de ressources, voire pas du tout. Le principe pourrait bientôt, si le gouvernement le permet, se déployer à l’échelle locale dans certains territoires français. treize présidents de conseils départementaux (1) aimeraient le tester à l’automne. Pourquoi la Côte-d’Or n’a-t-elle pas candidaté ?

F. S : C’est non ! Pas de revenu universel. Il faut avoir des dispositifs de solidarité nationale. Il faut un socle minimum. Mais ma conviction profonde, c’est qu’il faut faire du sur mesure social. Chaque personne est différente. Chaque cas est différent. Chaque histoire familiale est différente. Mon idée force, c’est l’accompagnement du chemin de vie. Tout le monde peut avoir un pépin. Chacun peut se retrouver face à des difficultés énormes engendrées par la maladie, une rupture familiale, un licenciement, un burn out… C’est là que l’on doit tendre la main. Au moment où il le faut. Pas pour installer les gens dans des systèmes de solidarité. C’est ce que j’appelle le juste droit. Celui qui bénéficie de la solidarité doit s’engager sur un contrat. Par ailleurs, je crois beaucoup à la prévention du risque social. C’est ce qu’on essaie de mettre en place en Côte-d’Or avec la volonté de lutter contre la fraude. »

DLH : En février 2015, vous avez mis en place un plan départemental de lutte contre la fraude sociale. Deux ans après, quels résultats et quel bilan tirez-vous d’une telle initiative ?

F. S : « C’est d’abord une question de responsabilité. Les aides doivent être versées à ceux qui en ont besoin. Le fraudeur, ce n’est pas celui qui se trompe. C’est celui qui fait des fausses déclarations pour bénéficier d’un accompagnement social. Si on veut que ce système soit pérenne, que ceux qui financent ce système puissent se dire que ça sert à quelque chose, il faut impérativement assurer l’opinion que l’argent de la solidarité va bien à ceux qui en ont besoin. C’est la crédibilité du système de solidarité qui est en jeu. On a mis en place un plan de lutte contre la fraude avec l’ensemble des acteurs. Quand il s’agit de fraude avérée, je porte plainte au nom du département et je demande le remboursement des sommes indues. A ce jour, on note une baisse du nombre de fraudes. L’an passé, on a récupéré environ un million d’euros. »

DLH : Le Baromètre de la Commande publique en France a confirmé la place prépondérante des collectivités locales dans les marchés publics. Etes-vous toujours dans cette logique de privilégier les entreprises de la région ?

F. S : « Nous sommes devenus le premier investisseur public de la Côte-d’Or. Encore tout récemment, j’ai signé une nouvelle charte de la commande publique. J’ai souhaité que l’on travaille avec l’ensemble des organisations professionnelles et institutionnelles pour améliorer, avec elles, les conditions d’accès à la commande publique. Par exemple, la formation à l’information d’un certain nombre d’entrepreneurs qui n’avaient pas accès à la commande publique jusqu’à ce jour. On a aussi déterminé des seuils de pré-financement de la commande publique pour régler les problèmes de trésorerie auxquels pourraient être confrontés les entreprises. On a alloti les opérations. Aujourd’hui, 83 % de la commande publique de la Côte-d’Or est assurée par des entreprises côte-d’oriennes. Dans le respect strict, et j’insiste, de la réglementation.

DLH : Quel bilan tirez-vous de la première année d’Emmanuel Macron à l’Elysée ?

F. S : « Avant d’évoquer l’année écoulée, je voudrais qu’on regarde devant nous. Je suis inquiet pour l’avenir. On est entré dans une ère de perversité financière. Je me demande si je ne vais pas regretter Hollande. Avec lui, au moins les choses étaient claires. On avait des baisses de dotation. Aujourd’hui, le système est terrible : le gouvernement nous impose un plafonnement de nos dépenses de fonctionnement. En termes clairs, de nos budgets. C’est une mesure folle. Concrètement, le budget de la Côte-d’Or ne peut pas progresser de plus de 1,2 % quand les dépenses sociales qu’on nous impose ont augmenté de plus de 2,3 %. Et pas question d’augmenter les impôts pour compenser. Je ne le veux pas.

Entre la volonté de maintenir la présence territoriale, la croissance des dépenses sociales que je ne maîtrise pas puisqu’elle m’est imposée par le gouvernement et le plafonnement du budget, il va se passer un phénomène de compression. D’ici peu, devant les maires, j’annoncerai officiellement ce que le Département de la Côte-d’Or ne fera plus pour faire face au plafonnement de son budget. Je ne pratiquerai pas la théorie du rabot qui viserait, injustement, à ne pas faire de choix.  Paradoxalement, nous disposons d’un peu plus de ressources mais on ne pourra pas les utiliser notamment pour l’investissement. C’est une mise sous tutelle. On revient à la grande époque où les préfets faisaient nos budgets. »

DLH : Vous n’avez donc pas senti le vent de la modernité ?

F. S : « Il y a des aspects positif… Je le concède. C’est un jeune président qui a redonné du souffle aux start’upers, à la vision de la France dans le monde… Les Français ont voulu un vent de modernité. Très bien. Ils l’ont. Maintenant, qu’en fait-on ? Si la vision de la modernité, c’est ce qui s’est passé depuis un an, ça m’inquiète terriblement. Parce que c’est une vision qui n’est pas moderne. Elle est fondée sur des schémas qui sont dépassés. Toutes les décisions qui ont été prises sont de même source d’inspiration que ce qu’on a connu sous Hollande. »

« 83 % de la commande publique de la Côte-d’Or est assurée par des entreprises côte-d’oriennes »

DLH : La réduction de 30%, du nombre des parlementaires ainsi que l’introduction d’une dose de proportionnelle à hauteur de 15% pour l’élection des députés sont-elles de nature à vous satisfaire ?

F. S : « Non. C’est de la démagogie. Tout le monde est content. Ca fait plaisir mais on se garde bien de dire aux citoyens les conséquences. Moins de députés, où ? On frappe la représentation de la France. J’étais, depuis longtemps, partisan d’une dose de proportionnelle. De ce point de vue, ça va dans le bon sens. Mais la réduction, en même temps, du nombre de députés, c’est la double peine. Ca veut dire qu’aujourd’hui, la représentation des territoires ne sera plus assurée. On voit bien aujourd’hui comment fonctionne la macronie : « Je décide à l’Elysée et tout le monde exécute avec le doigt sur la couture du pantalon ».

DLH : La droite et le centre sont anesthésiés depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Que faire pour les réveiller ?

F. S : « Ils n’ont pas été anesthésiés. Ils ont été littéralement asphyxiés faute de ne pas avoir voulu se réformer, changer les pratiques… Je le dis à mes amis Républicains comme aux gens de gauche, du Parti socialiste, il ne faut pas regarder ce qui se passe à la droite de la droite ou se mélanchoniser, il faut proposer autre chose aux Français même si les meilleurs des opposants aujourd’hui sont perçus dans les extrèmes. Nous avons un espace politique réel pour affirmer notre vision de la France. Occupons le. Mettons nous d’accord sur ce qu’on veut avant de définir un projet politique. N’oublions pas que Macron a été élu sur une incroyable crise politique. « Affaire » Fillon, un candidat du PS désigné par les militants mais qui, en même temps, n’incarnait pas l’espérance de la gauche réformatrice, un président discrédité… Un contexte invraisemblable et imprévisible. »

DLH : Les élections municipales approchent. Comptez-vous faire entendre votre voix à Dijon ?

F. S : « Je ne suis pas indifférent à l’avenir de Dijon et de son agglomération pour une seule raison : la Métropole dijonnaise compte dans le département. Je souhaite évidemment une alternance. François Rebsamen a fait des choses positives. La ville s’est embellie, elle a changé mais, en même temps, je ne partage pas sa vision territoriale. »

DLH : Voyez-vous une ou un candidat émerger de l’opposition municipale à Dijon pour proposer une alternance crédible ?

F. S : « Des candidats, il y en a beaucoup. Certainement trop. Il n’en faudra qu’un si on veux gagner. Quel projet pour Dijon et la Métropole ? Je suis prêt à y travailler. Je sais que Rémi Delatte, par exemple, a développé un modèle de ville qui me plaît avec du lien générationnel, une périphérie aérée, un vrai soucis du développement économique… Est-ce qu’on ne devrait pas, autour de lui, travailler sur la modélisation à l’échelle d’une agglomération ? »

DLH : Rémi Delatte serait-il donc le candidat idéal ?

F. S : « Rémi Delatte, par sa capacité à rassembler, par son expérience de parlementaire, par le travail qu’il a fait sur Saint-Apollinaire, par son implication dans la vision de la Métropole, son approche politique pragmatique sur un certain nombre de sujets, me semble être un élément fondamental de l’avenir de l’agglomération dijonnaise. »

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre

 

(1) Ardèche, Ariège, Aude, Dordogne, Gers, Gironde, Haute-Garonne, Ille-et-Vilaine, Landes, Lot-et-Garonne, Meurthe-et-Moselle, Nièvre et Seine-Saint-Deni