Auto-Moto rétro : le Salon passe la 3e

 

Après un premier succès en 2016, confirmé en 2017 (19 000 visiteurs, soit une fréquentation en hausse de 5,5% par rapport à 2016), le salon Auto Moto Rétro de DIJON revient pour une troisième édition très attendue du 6 au 8 avril 2018 au Parc des Expositions. Et pour tout savoir, prenez place aux côtés du chauffeur de circonstance, Jean Battault, président de Dijon Congrexpo.

 

Dijon l’Hebdo : Du 6 au 8 avril prochain, c'est une formidable machine à explorer le temps que vous installez au Parc des Expositions de Dijon ?

Jean Battault : « C’est aussi un sacré rétroviseur… Un des temps forts de ce salon, c’est cette très belle exposition consacrée à l’histoire de l’automobile qui ne remonte tout de même pas au fardier de Cugnot, la première automobile avec un châssis en bois à trois roues, mû par une machine à vapeur. Cette exposition inédite couvre une période qui va de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours avec les modèles hybrides. Cette une vue panoramique qui présente un réel intérêt historique. Son concepteur Marcel Pruniaux, collectionneur de véhicules anciens et amateur éclairé, a défini 12 grandes étapes qui jalonnent cette fabuleuse épopée ; chacune est illustrée par la présentation de voitures de différentes marques, principalement françaises – une cinquantaine au total - prêtées essentiellement par des collectionneurs privés. »

 

DLH : Comment fait-on pour réunir sur un même plateau 400 véhicules de collection ?

J. B : « la clé de voûte, ce sont les passionnés. Les passionnés, on les trouve à la fois dans les clubs de différentes natures, souvent thématiques, et chez les particuliers, souvent des anonymes, qui nous permettent de proposer une palette aussi généreuse de modèles impeccablement entretenus. Nous avons également la chance d’avoir la gendarmerie qui présente des véhicules de service qui nous ont laissé de bons et, parfois, de mauvais souvenirs sur les routes et autoroutes.

Le contact et la mise en relation avec les clubs et tous ces collectionneurs sont le fruit du travail de notre équipe commerciale mais aussi d’Yves Bruneau et de moi-même. J’insisterai aussi sur la caution morale et l’aide apportée par l’Automobile club de Bourgogne qui a parrainé cette manifestation depuis les fonds baptismaux jusqu’à cette troisième édition. »

 

DLH : Il y a peu, le directeur général Yves Bruneau a visité à Londres une des plus belles expositions mondiales. Qu'en a-t-il ramené ?

J. B : « Des idées et des contacts évidemment. C’est aussi une occasion de nous faire connaître. Ce qui est surtout important, dans ce genre de déplacement, c’est la mise en perspective de l’offre et de l’attente de la clientèle. Et on s’aperçoit, au travers des salons prestigieux avec des voitures de grandes marques comme il y en a dans tous les pays, à Essen, à Londres, à Paris bien évidemment… que les visiteurs n’attendent pas d’avoir sous les yeux une centaine de Facel Vega. Ils font montre d’une belle nostalgie à l’égard de tous les modèles que l’on peut qualifier de standard, avec un style, des lignes, des carrosseries qui ne correspondent plus à rien aujourd’hui mais qui révèlent l’esprit d’une époque. Une « Madeleine de Proust » en quelque sorte.

Je lisais récemment une étude qui montrait que la voiture ancienne avait, en moyenne, un peu plus de trente ans, que les acheteurs disposait d’un budget de 25 000 €. Et cette voiture, c’est bien souvent la voiture du père avec laquelle on partait en vacances -une R16, une 504…- ou alors c’est la voiture mythique, celle que la jeune génération n’a pas connue. Je pense en particulier aux Triumph, ces petits coupés britanniques qui induisaient une liberté et un affranchissement de beaucoup de choses. Et c’est formidable de voir des jeunes se passionner pour des véhicules comme les MG qu’ils n’ont jamais vus sur les routes. C’est l’esprit d’une époque qu’ils veulent accaparer.

Cela témoigne de leur volonté de se démarquer avec un produit accessible mais typé. »

 

DLH : « Une époque où le mot « liberté » avait encore un sens pour les automobilistes ?

J. B : « Il y a une sorte de contentieux vis à vis de la voiture, entretenu par les élites qui, bien souvent, n’ont pas leur permis de conduire ou bien circulent avec un chauffeur. N’oublions pas que dans les droits fondamentaux de l’Homme, auxquels la France a fortement contribué, il y a la liberté de se déplacer. Tout ce qui consiste à restreindre cette liberté peut être considéré comme néfaste. Je ne fais pas le procès de la sécurité, c’est une évidence. Evidemment, au vu du nombre de véhicules qui circulent aujourd’hui, il est certain qu’il faut organiser plus qu’imposer des cadres. Mais le problème, c’est que la sécurité sert à justifier à la fois la pression fiscale et un contrôle des individus.

La voiture est déjà une véritable « vache à lait » pour l’économie française. Elle doit, en plus, subir des restrictions imposées par ces élites qui n’ont pas compris que pour aller de Flavigny-sur-Ozerain à Venarey les Laumes, il n’est pas dangereux de rouler à 90 km/h. On empoisonne inutilement la vie des gens comme peut le faire Mme Hidalgo, à Paris, avec les voies sur berges. Mon propos est simple : il faut réhabiliter la voiture et ne pas oublier que c’est à la fois une part de rêve et la capacité de se mouvoir selon son choix. »

 

DLH : Et parmi tous les véhicules de collection présents au salon Auto-Moto Rétro de Dijon, on trouvera des voitures d'exception ?

J. B : « Notamment une, la Monica. Une voiture des années 70, produite à 20 exemplaires, qui a des lignes absolument superbes, qui n’a rien à envier aux production d’Aston Martin ou de Bentley. On présentera également l’Alpine. Certes, ce n’est pas un modèle ancien mais c’est quand même une voiture événement. Elle sera associée à la toute nouvelle version. On aura des Bugatti, des Salmson…

Il y aura deux lieux d’exposition : intra muros avec les clubs et les collectionneurs privés et, à l’extérieur, dans les limites de notre parking, avec toutes les personnes qui veulent montrer leur voiture, même à des fins de revente, à la condition, bien sûr, qu’elle ait plus de trente ans.

C’est tout le caractère interactif de ce salon : nous aurons des passionnés qui veulent communiquer leur passion et on leur donnera les moyens. »

 

DLH : La passion est un mot qui revient beaucoup. C’est vraiment le dénominateur commun de cette 3e édition ?

J. B : « C’est incontestablement la manifestation qui, au sein de Dijon Congrexpo, mobilise le plus de passion. Les gens viennent en famille. C’est complètement inter générationnel et ça fait causer, dans le bon sens du terme. Il suffit de s’arrêter à un stand et de poser une question pour s’apercevoir que cela peut durer des heures tellement il y a de choses à dire sur la rareté de l’exemplaire, sa restauration, son entretien, des anecdotes, des explications techniques... Souvent même l’histoire du véhicule est relié à une histoire familiale. C’est un livre qui s’ouvre et qu’il est difficile de refermer. »

 

DLH : Toutes les anciennes voitures ne sont pas des collectors. Dès lors, comment expliquez-vous que les voitures de collection représentent une valeur sûre ?

J. B : « Je vais faire un parallèle avec le Salon des Antiquaires que nous avons supprimé. J’ai le sentiment que les meubles anciens représentent de moins en moins une valeur de placement alors que dans le même temps les véhicules de collection le sont. Pourquoi ? C’est la loi de l’offre et de la demande. Par définition, une voiture, c’est quelque chose de mobile, dans laquelle on pénètre, que l’on manœuvre… ce qui est beaucoup plus difficile avec une commode Louis XVI vous en conviendrez. La relation de l’individu avec l’objet est beaucoup plus impliquante. Une voiture, c’est un plaisir. C’est presque un jouet. »

 

DLH : L’automobile de collection n'est-elle pas encore perçue à tort comme une passion réservée aux plus fortunés ?

J. B : Justement, non. Pour illustrer ma réponse, je prendrai cet exemple de quatre jeunes qui s’unissent pour remettre totalement en état une 403 ou bien encore une 203. Un véhicule bien souvent abandonné, « récupérer » à la campagne, dans une grange. Il leur faudra beaucoup de temps et de patience à ces jeunes pour arriver à leurs fins. Et cet exemple souligne bien la passion qui les anime, qui les réunit, et cette passion n’est en aucun cas dispendieuse. »

 

DLH : Difficile donc de dresser un profil type du propriétaire de véhicules de collection ?

J. B : « C’est une palette extrêmement large. Regardez l’intérêt réel pour les 2 CV, les 4L, les Méhari… Les propriétaires de ces véhicules sont loin d’avoir un profil unique sur le plan socio-professionnel. Après, les plus fortunés se dirigeront naturellement vers des véhicules d’exception. »

 

DLH : Comment expliquez-vous que la Citroën 2 CV soit pour la deuxième année consécutive en tête du palmarès des 10 véhicules de collection les plus convoités par les amateurs de belles carrosseries ?

J. B : « La 2 CV, c’était la voiture à tout faire. Elle a été conçue avant guerre, produite après guerre avec un esprit de simplification et d’efficacité très étonnant. Facile d’usage, avec une mécanique simple, elle s’est emparée très rapidement du paysage français. Toutes les personnes de ma génération ont conduit une 2 CV. La relation à la 2 CV n’a d’équivalent que la Coccinelle en Allemagne ou le Defender en Grande Bretagne. Il y a des masses de souvenirs liés à cette voiture immortalisée au cinéma. Nous avons tous en tête le film Le Corniaud avec la scène mythique de Louis de Funes accrochant légèrement la 2 CV de Bourvil pour qui « forcément , elle va marcher beaucoup moins bien maintenant ! »...

 

DLH : Il faut savoir que le premier critère d’une voiture de collection n’est pas forcément son ancienneté. D’autres conditions entrent en ligne de compte. Lesquelles ?

J. B : « Son état, évidemment. Et là, il me faut mettre en avant ce vrai secteur de restauration des voitures anciennes. Le salon accueillera d’ailleurs des artisans de qualité mais aussi le centre de La Noue où se forment des carrossiers. Un métier qui semblait être oublié. Derrière ce salon, il y a de l’activité avec des gens qui en vivent : des vendeurs de pièces détachées, des garagistes spécialisés dans la restauration et la réparation… C’est loin d’être neutre. Tout cela, c’est de l’activité économique. C’est de l’emploi. »

 

DLH : Il est toujours difficile de se lancer dans l'achat d'une voiture de collection. Quels sont les premiers conseils que vous donneriez aux néophytes ?

J. B : « Déjà trouver une voiture dont les pièces sont toujours disponibles. S’il faut en faire usiner certaines, on peut vite atteindre des coûts astronomiques. Ensuite, c’est évidemment vers un achat séduction qu’il faut se tourner. On achète la voiture qui vous séduit. La charge émotionnelle est importante. C’est comme l’amour : on est dans l’irrationnel… »

 

DLH : Vous êtes un amateur de belles voitures. Récentes comme anciennes. Comment a débuté votre passion ?

J. B : « Ma première voiture était un coupé 204 bleu canard, dessiné, me semble-t-il, par Pininfarina. Elle était absolument sublime et ce qui m’avait séduit à l’époque, c’était sa ligne. Je l’avais achetée d’occasion. J’allais partout avec. Même jusqu’en Norvège et les autoroutes allemandes enneigées ne m’effrayaient pas. Ma passion pour les voitures n’a jamais cessé. Et si demain, je dois faire 600 km ce sera avec un réel plaisir que je prendrai la route. »

 

DLH : Si vous aviez la possibilité d'en garer trois dans votre garage, quelles seraient-elles ?

J. B : « J’en gare déjà trois. Des voitures récentes que j’utilise selon différents usages : un X6 8 cylindres bi turbo de 450 CV, une i8 moteur hybride et un Wrangler pour aller à la chasse et à la pêche. Si je devais faire un peu de place pour y loger trois voitures anciennes, je choisirais volontiers la Mercedes SLC avec les portes papillon, le petit modèle Facel Vega et la Z8 BMW. »

 

DLH : On a évoqué il y a un instant le 80 km/heure sur les routes départementales, c'est plutôt une bonne initiative pour les voitures de collection ?…

J. B : « Les voitures de collection, elles sortent le week end en club. Elles ne roulent pas vite. A moins d’être sur un circuit, la vitesse ne les concerne pas. Mais pour les usagers que nous sommes, c’est une disposition épouvantable. Il y a bien des routes qui autoriseraient à rouler à plus de 80 km/h. La limite des 130 km/h sur les autoroutes reste une aberration. C’est une mesure qui a été décidée à l’époque des R16. Et, aujourd’hui, les voitures ont besoin de la moitié de la distance d’une R16 pour s’arrêter précipitamment… On pourrait plutôt imaginer que la vitesse sur autoroute soit augmentée et sur route puisse passer à 100 km/h. Le meilleur exemple, c’est l’Allemagne qui n’a pas de limitation de vitesse sur ses autoroutes et il y a moins d’accidents qu’en France. Et, sur les routes, c’est 90 partout... »

 

DLH : Terminons avec une note d’humour dans ce registre d’insatisfaction… Avez-vous envisagé un tarif préférentiel pour les Parisiens qui sont de plus en plus privés de voiture ?

J. B : « Les pauvres gens, ils ont commis l’erreur de voter pour Mme Hidalgo qui incarne l’égoïsme entretenu en France. Le Parisien qui vit à Paris veut préserver son environnement… Je l’entends. Sauf qu’il vit aussi du travail de tous les gens qui viennent au-delà du périphérique et qui doivent se rendre sur leurs lieux d’activités dans Paris. Et c’est ceux-là qu’on handicape. Humainement et socialement, je trouve cela extrêmement choquant que les moins favorisés subissent de telles contraintes. Tout cela pour préserver la quiétude des Parisiens intra-périphériques. Je pense que Valérie Pécresse a des propositions intéressantes qui globalisent la problématique et qui ne resserrent pas les choses uniquement par rapport aux intérêts des Parisiens. Il est insupportable de voir que les embouteillages rendent Paris inaccessible de 6 à 10 heures du matin que ce soit par l’A6 ou par l’A5. Des embouteillages qui proviennent du dysfonctionnement de la circulation dans Paris.

La voiture est une composante incontournable. C’est le message que porte le Salon Auto-Moto Rétro. La voiture doit être défendue : c’est une activité industrielle indispensable à la France. C’est de l’emploi aussi bien pour les marques que pour leurs sous-traitants. Qui sait qu’une BMW est réalisée à partir de 60 % de composants français ? Cela me rappelle la loi Evin qui désignait comme dangereux les vins et les spiritueux. Comment allez-vous expliquer, à l’exportation, que vous vendez des produits que votre pays présente comme dangereux ? Evitons de toujours vouloir nous tirer une balle dans le pied.

 

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre