Mais où est donc passée la 7ème compagnie ?

 

Je n’avais jusqu’à présent jamais abordé dans ces colonnes le genre explosif du film de guerre. Et dans ma logique nanardesque je ne pouvais évidemment que choisir aujourd’hui un film de guerre français. Les Yankees ont fait Le Jour le plus long, Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now ou MASH. Nos metteurs en scène patriotiques ont quant à eux, en général, réuni trois clampins dans des plans de campagne où l’on voit rarement l’ennemi.

La mémorable déculottée de mai-juin 1940 a beaucoup inspiré nos réalisateurs qui ont voulu associer le film de guerre et la comédie franchouillarde. On voit l’intention : dans les faits, l’armée française était peu convaincue, mal équipée, affublée d’uniformes aussi ineptes qu’inconfortables (Ah ! les bandes molletières !) et surtout désastreusement commandée par un état-major d’une incompétence abyssale. Le cinéma tricolore a pensé retourner la donne en jouant, dans les scénarios inspirés par la déroute ou par l’occupation, la carte des qualités bien de chez nous : l’astuce, la débrouillardise, l’individualisme de bistrot, le goût du gros rouge et un sens très sûr de la désorganisation. Confrontés à la lourdeur chermanique, ces traits de caractère devenaient des atouts gagnants dans des films militaro-cocardiers censés être épiques et drôlatiques à la fois - où l’on retrouvait au hasard le cucul de Brigitte Bardot (Babette s’en va-t-en guerre) et la naïveté geignarde de Bourvil (La Grande Vadrouille).

Mais enfin ces derniers films n’étaient pas dépourvus d’un certain humour qu’on a le plus grand mal à dénicher dans Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? de Robert Lamoureux. Robert Lamoureux, c’est le chantre de la rigolade millésimée années 50, qui sent la Boldoflorine, le Picon-bière, l’appartement bourgeois (mais sans salle de bain) et les charentaises. C’est l’auteur immortel de Papa, maman, la bonne et moi qu’il a décliné en chanson, en film et en sketch ! Quand il tient une idée censément rigolante, il ne la lâche plus, il la ronge jusqu’à l’os !

Dans son métrage guerrier, Roro ne lâche pas non plus ses trois anti-héros, perdus au cœur de la débâcle : le sergent-chef Chaudard (ça fait un peu chaude-pisse, bien qu’on ne le voie jamais baiser) et les soldats du rang Tassin et Pithiviers. On a rarement fait plus ridicule dans le choix des patronymes franco-français, entre le biscuit indigeste et le fromage coulant. Mais je suppose que c’est voulu.

En tout cas, les trois zigomards appartiennent à la 7ème compagnie, une unité de transmission (dans un film français, on n’allait tout de même pas mettre en scène des commandos). En mai 1940, la 7ème compagnie fait comme toutes les autres : elle se replie, elle n’arrête pas de se replier. Une voix off pose bien le contexte : « L’armée française reculait dans les meilleures conditions. Aucune armée jusqu’à celle-ci n’avait reculé aussi bien ni surtout aussi vite ». (Relisez bien ces deux phrases : ce sont les seules à peu près drôles, et justes, de tout le film).

Pour éviter les bombardements des Stukas, la compagnie se réfugie sous le couvert d’un bois. Mais Chaudard (Pierre Mondy), Pithiviers (Jean Lefebvre) et Tassin (Aldo Maccione) doivent installer un poste d’observation avancé pour prévenir leur commandant de la progression au sol des troupes ennemies. Ils trouvent pour cela un super-endroit, un cimetière. Commentaire de Pithiviers : « C’est reposant. Tout est calme : on peut casser la croûte ». Casser la croûte semble d’ailleurs, au fil du récit, l’objectif militaire majeur des trois bidasses : nous sommes sans conteste dans un film français.

Hélas, la 7ème compagnie sera bientôt capturée sans coup férir par les Teutons ; les pieds nickelés de la Grande Muette réussiront à s’enfuir in extremis (sinon, il n’y aurait pas d’œuvre !) mais  grâce à des retournements de situation savamment étudiés, les trois gugusses se cacheront dans les bois (pour voir si le loup n’y est pas), prétendront prendre en tenaille, à trois, les cohortes hitlériennes (au cas où elles reculeraient), s’empareront d’une auto-mitrailleuse-dépanneuse en carton-pâte et délivreront leurs camarades !... C’est aussi un film réaliste.

 

                                                 

Références : Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? (France, 1973).

Réalisateur : Robert Lamoureux.

Edité en DVD chez DVD Gaumont Video.