Dijon l’Hebdo : Si vous deviez donner un qualificatif au budget du département, quel serait-il ?
François Sauvadet : J’en ai trois : combatif, volontaire et prospectif.
DLH : A travers ce budget 2018, comment allez-vous impliquer la Côte d’Or dans le redémarrage de l’économie amorcée au plan hexagonal ?
F. S : Ce budget 2018 fait clairement le choix de l’investissement : on va dépasser cette année les 100 millions d’euros d’investissements. Il s’agit d’un effort colossal qui fera du Département le premier investisseur de la Côte-d’Or.
Parallèlement, nous voulons préserver le pouvoir d’achat des Côte-d’Oriens : pour la 5ème année consécutive, le Conseil départemental n’augmentera pas le taux de la taxe sur le foncier bâti.
Nous continuerons également de rechercher toutes les voix de l’efficience.
Notre budget se veut un budget combatif, volontaire et prospectif au service de l’économie locale, de tous les Côtes-d’Oriens et de leurs enfants, notamment en déployant massivement le très haut débit.
Penser à l’avenir, c’est aussi se préoccuper du changement climatique. Nous élaborerons une stratégie d’adaptation au changement climatique -une première au niveau national-.
Construire l’avenir, c’est également l’objectif de Futurs21. Avec Futurs21, le Conseil départemental prépare la Côte-d’Or de demain.
DLH : Depuis une décennie que vous présidez le Conseil Départemental, vous vous êtes attaché à une continuité de votre action, tout en inscrivant cette année de nouvelles priorités…
F. S : La ligne directrice du Conseil départemental est claire : permettre à chacun de vivre là où il a choisi de vivre. Cela implique de garantir le maintien de la présence territoriale dans toute la Côte-d’Or. Je n’ai jamais dérogé à cette règle, contrairement aux services de l’Etat. Tant que je serai à la tête du Conseil départemental, aucun collège ne fermera, aucune agence territoriale, aucun centre d’incendie et de secours, aucune agence solidarité famille ne sera supprimée.
En 2018, le déploiement de la fibre, le soutien au monde agricole, la réaffirmation du rôle social du Département ou la sécurité des Côte-d’Oriens, sur les routes ou dans les collèges, figurent parmi les priorités clairement identifiées dans le budget voté en décembre par la majorité départementale.
DLH : Les charges imposées par l’Etat sur les départements sont en augmentation. Allez-vous les répercuter sur les usagers ?
F. S : Comme je vous l’ai dit précédemment, il était hors de question d’augmenter les impôts. Cela figurait dans notre programme de campagne en 2015. Les Côte-d’Oriens n’auraient pas compris qu’on augmente les impôts alors que nombreux sont ceux à avoir des difficultés pour boucler leurs fins de mois.
Néanmoins, il faut bien avouer que la situation est particulièrement difficile pour les Départements. Tandis que l’Etat n’a pas cessé de ponctionner financièrement les collectivités locales depuis 2012 -le manque à gagner atteint 28 millions d’euros par an pour le seul Département de la Côte-d’Or-, il leur impose dans le même temps de nouvelles charges, non compensées.
Un exemple ? C’est l’Etat qui revalorise le RSA mais ce sont les Départements qui versent l’allocation aux bénéficiaires. Et que dire de l’accueil des mineurs non accompagnés ! Les Départements doivent faire face à un afflux sans précédent de jeunes étrangers. Sur ce sujet comme sur d’autres dossiers, l’Etat se défausse sur les collectivités et n’assume pas ses obligations. Car qui est responsable de la politique migratoire si ce n’est l’Etat ?
Au final, c’est l’Etat qui décide mais ce sont les collectivités qui payent.
DLH : Comment maintenez-vous le cap pour réduire les charges de fonctionnement du département ?
F. S : Au fur et à mesure que nos moyens financiers s’amenuisent, nous avons taillé dans nos dépenses de fonctionnement. C’est le seul moyen que je connais pour pouvoir maintenir un haut niveau d’investissement.
Nous avons entrepris un vrai travail de rationalisation de nos modes de fonctionnement et de réorganisation de notre administration. Nous n’avons d’ailleurs pas attendu les purges financières opérées par l’Etat pour optimiser nos charges de fonctionnement. C’est un travail de longue haleine entamé il y a plusieurs années.
L’objectif, c’est de faire aussi bien, voire mieux, avec moins. Mais attention : la méthode a ses limites et nous sommes actuellement à l’os. Nous ne pourrons pas, indéfiniment, tirer sur la corde.
Je souhaite néanmoins rassurer les Côte-d’Oriens : grâce à la bonne gestion du Conseil départemental, il n’est pas question, pour l’instant, d’envisager une remise en cause du service rendu au public.
DLH : On a vu que vous souhaitiez continuer à faire la part belle à l’investissement, comme par le passé. Quel effort entendez-vous notamment réaliser pour le déploiement de la fibre optique ?
F. S : Le Très Haut Débit est LA priorité des priorités. Le numérique est une vraie révolution, comparable à l’arrivée du chemin de fer au milieu du 19e siècle. Je suis convaincu que la Côte-d’Or ne peut pas, ne doit pas, passer à côté de cette révolution.
Comment pouvez-vous attirer des entreprises ou des ménages dans des villes ou des villages qui n’ont pas d’internet ? C’est impossible. Le THD est une véritable porte d’entrée pour le XXIème siècle.
Le Conseil départemental a donc décidé de mettre le paquet sur le déploiement de la fibre. Depuis 2012, les investissements réalisés sont colossaux. Pour fibrer l’ensemble du département, ce sont plus de 200 millions d’euros d’argent public qui seront mis sur la table.
Quelque 34 millions d’euros sont prévus dans le budget 2018. Sur les trois prochaines années, ce sont 133 millions qui seront investis. Je veux que 100% des Côte-d’Oriens aient accès au THD d’ici à deux ans.
Pour nous, la fibre n’est pas une question de population. Je vois le THD comme un outil d’aménagement du territoire. C’est pour cette raison qu’aucun village, aucun hameau ne sera oublié. J’y veillerai personnellement.
DLH : Vous vous proposez de demeurer plus que jamais le premier investisseur public dans l’économie côte-d’orienne, et ce en dépit de l’Etat dont vous dénoncez la mise-sous-tutelle des initiatives territoriales…
F. S : C’est vrai. Comme je vous l’ai dit, avec plus de 100 millions d’euros investis en 2018, le Département sera le premier investisseur de Côte-d’Or. Avec notre connaissance du terrain, notre proximité avec les communes et les territoires, nous revendiquons une certaine liberté d’action.
Le Conseil départemental sait ce qui est bon pour l’économie côte-d’orienne car il en connaît toutes les caractéristiques mieux que quiconque.
Nous revendiquons notre autonomie. La France est une République décentralisée et le principe de libre-administration des collectivités locales n’est pas écrit noir sur blanc dans la Constitution juste pour faire joli. Il faudrait que le pouvoir central fasse enfin confiance aux collectivités locales et cesse de brider systématiquement leurs initiatives.
Car ce qui est bon pour la Côte-d’Or n’est pas forcément bon pour le Jura ou le Var. Pourquoi Paris veut-il traiter uniformément des territoires qui sont pluriels et qui ont chacun leurs spécificités ?
Paris devrait plutôt encourager les initiatives locales et valoriser ce qui se fait de bien dans les territoires.
A propos de « tutelle », la volonté de l’exécutif de « contractualiser » avec les collectivités locales pour réduire leurs dépenses de fonctionnement est une gigantesque fumisterie qui ne dit pas son nom. Au moins, avec François Hollande, les choses étaient claires : les élus locaux savaient que leurs dotations financières seraient réduites. Avec Emmanuel Macron, on est complètement dans le non-dit. C’est un nouvel écran de fumée pour cacher les turpitudes de l’Etat.
Je rappelle en effet que, contrairement à l’Etat, les collectivités locales sont obligées de voter un budget en équilibre et qu’elles ont par ailleurs fortement réduit leurs dépenses. Ce qui n’est pas le cas de l’Etat.
DLH : Le budget 2018 poursuit ses actions envers les populations les plus fragiles : petite enfance, politique à l’endroit des personnes handicapées, des familles ou des personnes âgées. Quels éléments nouveaux avez-vous inscrits en priorité au chapitre de la solidarité ?
F. S : Même si le contexte financier est difficile, le Département restera aux côtés des plus fragiles. Les réformes institutionnelles l’ont même confirmé dans son rôle de chef de file du social.
En Côte-d’Or, la collectivité que je préside continuera de veiller sur tous les Côte-d’Oriens, de leur premier cri à leur dernier souffle.
En 2018, ce sont plus de 277 millions d’euros qui sont inscrits au budget primitif pour accompagner les plus fragiles, enfants, personnes âgées ou en situation de handicap.
DLH : Dans le cadre d’un transfert des compétences à la région Bourgogne Franche Comté des transports routiers, il vous revient toujours l’entretien des routes départementales. Or, vous dénoncez la décision unilatérale du gouvernement – qui s’est appuyé sur la Délégation à la Sécurité routière – de limiter la vitesse à 80 km/h sur les routes nationales et départementales. Est-ce à dire que vous y voyez-là une nouvelle mesure coercitive à l’endroit des automobilistes ?
F. S : Le sujet est hautement polémique et illustre parfaitement le mode de fonctionnement d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe : les décisions sont prises à Paris, sans concertation, et sont ensuite imposées dans les territoires. « Quand Paris impose sa vision technocratique aux territoires » ai-je titré dans mon blog ! Tout est dit.
N’aurait-il pas été préférable d’engager une concertation avec les Départements, qui gèrent la bagatelle de 380.000 km de routes départementales, d’identifier avec eux les tronçons les plus accidentogènes et de limiter ensuite la vitesse sur ces portions de route ? L’exécutif a, une nouvelle fois, choisi d’ignorer les élus locaux et de ne pas écouter la voix des territoires pour imposer une décision uniforme et inadaptée aux réalités locales.
Je le regrette d’autant plus qu’une nouvelle fois, les premiers touchés seront les habitants des territoires ruraux. Ceux qui sont contraints de prendre leur voiture tous les jours pour aller travailler.
Le transfert de compétences bouleverse la donne pour les départements. Comment envisagez-vous d’articuler votre action dans le contexte régional Bourgogne Franche Comté et par rapport à Dijon Métropole Régionale ?
F. S : D’abord, je veux dire que ceux qui avaient prédit la mort des Départements en sont pour leurs frais. Non seulement les Départements sont toujours là mais, en plus, les réformes territoriales les ont confortés. Entre les métropoles et les grandes régions, le Département demeure bien souvent le seul garant du lien social et territorial, entre villes et campagnes.
En ce qui concerne l’articulation avec Dijon Métropole et la Région BFC, le Département de la Côte-d’Or joue un rôle primordial. Indispensable serais-je même tenté de dire. Et ce ne sont pas les transferts de compétences prévus par la loi qui changeront la donne. Je vais juste vous donner deux exemples : après avoir conventionné avec la Région, le Département restera très présent au niveau agricole et les compétences transférées à la métropole sont limitées. Le Département restera le maître d’œuvre des politiques sociales dans toute la Côte-d’Or, territoire métropolitain compris.
Il n’y aura donc aucun chamboulement. Tout au plus quelques ajustements.
Propos recueillis par M-F. P et J-L. P





