Alors que 75 % des français affichent fièrement 12 points sur leur permis de conduire, bien d’autres usagers de la route ne peuvent se vanter de leur solde de points… Lorsque celui-ci atteint moins de 6 points, on parle déjà de « permis fragilisé », une seule infraction peut alors coûter au conducteur son précieux sésame ! Pour retrouver ses 12 points, il faudra donc rester vigilant durant trois longues années, et ne commettre aucune nouvelle infraction, ou s’offrir un stage de récupération de points. Il dure deux jours et ajoute 4 points à votre permis, dans la limite bien sûr du solde maximal, et permet aux étourdis et imprudents de reprendre la route plus sereinement. Nous l’avons testé pour vous…
Cette alternative, qui semble « facile », vous coûtera tout de même entre 150 et 250 €, selon le centre choisi, et inutile de préciser que nombre de conducteurs s’y rendent à reculons ! Une solution pédagogique qui limite tout de même les condamnations plus lourdes et les annulations de permis… Rendez-vous un vendredi matin à 8 h 30 à Gevrey-Chambertin, plus précisément au centre de formation de la sécurité routière Centaure. Les 16 participants sont pile à l’heure, et profitent d’un café offert par la maison, qui saura peut-être adoucir les plus réfractaires. Certains effectuent un stage volontaire, pour protéger leur permis, tandis que d’autres, comme les jeunes conducteurs ayant perdu au moins trois points, sont dans l’obligation de suivre cette formation, mais tous auraient préféré vaquer à leurs occupations… La première journée débute par une rapide présentation des deux formateurs : un animateur pour la Formation des Conducteurs Responsables d’Infractions et une psychologue. Les règles du stage sont simples : il faut assister aux 14 heures de formation et rester attentif, en oubliant les mails professionnels et les considérations personnelles… Les stagiaires participent ensuite à un long tour de table durant lequel chacun définit son profil de conducteur et dévoile les infractions qui l’ont mené en ces lieux. On découvre alors que les points s’envolent vite, pour ceux qui parcourent des milliers de kilomètres chaque année comme pour les conducteurs occasionnels imprudents.
Un visage fermé
Entre chaque stage, donnant lieu à une récupération de points, il faut laisser passer seulement un an. Certains l’ont bien compris et sont de grands habitués du Centaure, d’autres s’amusent à visiter les différents centres de la région… Médecin, commercial, technicien, infirmier, étudiant, livreur, qu’ils soient étourdis ou amateurs de grande vitesse, tous ont perdu au grand jeu du permis à points, et affichent un visage fermé. Pourtant, il n’y aura pas d’images choquantes ni de grands discours moralisateurs, mais des échanges, des activités en groupes, des astuces et les immanquables grands chiffres de la sécurité routière.
Très vite, nous tombons d’accord sur les grandes injustices du code de la route : le stop coulé, le radar de feu mal placé ou le contrôle de vitesse sur une ligne droite dégagée… Les deux animateurs soulignent alors l’importance de ces dispositifs grâce à de courts exercices… Nous découvrons notre point aveugle, qui pourrait effacer complètement, durant une fraction de seconde, le motard arrivant à quelques mètres du stop, raison pour laquelle l’arrêt complet est obligatoire. Nous apprenons aussi que le radar de feu ralentit les conducteurs qui seraient tentés de s’engager dans un croisement bouché et que le contrôle de vitesse rappelle aux pilotes en herbe que les lignes droites et dégagées sont elles aussi le lieu d’un grand nombre d’accidents corporels. Ainsi, durant ces deux jours, les animateurs donnent un peu de sens aux règles qui nous ont été martelées à l’auto-école. Ils démontrent, chiffres à l’appui, que le danger ne se trouve pas sur cette petite route enneigée où tous les usagers roulent au pas mais sur le trajet quotidien ou sur l’autoroute, où l’on se sent à l’aise pour prendre un appel ou répondre à un mail.
Un certain militantisme
L’argent et l’Etat ont, eux aussi, toute leur place dans les échanges, plus ou moins houleux, mais les chiffres sont plutôt clairs, la sécurité coûte a priori plus d’argent qu’elle n’en génère… Fin du débat ! La pratique fait, elle aussi, son petit effet chez les contrevenants de la route. Nous expérimentons ainsi, volant en mains, les distances de freinage sur chaussée mouillée, qui réservent bien des surprises ! On ne repart pas non plus sans quelques bons conseils pour déjouer les pièges du permis à points… Sachez par exemple que se présenter au stage avant l’annulation officielle de votre permis par recommandé vous permettra de le conserver ! Peu à peu, les stagiaires s’ouvrent et on voit même naître, chez quelques-uns, un certain militantisme en faveur de la sécurité routière… Preuve que ces deux journées de sensibilisation peuvent révéler, avec un peu de bonne volonté, le conducteur modèle qui sommeille en nous ! Le secret d’un stage « réussi » réside probablement dans le choix du centre de formation, et pour être certain de ne pas tomber dans les filets d’un centre peu scrupuleux, mieux vaut se référer à la liste des établissements habilités produite par la préfecture. Les tarifs les plus attractifs ne cachent pas toujours des bonnes affaires et reflètent bien souvent une organisation bâclée et des stages monotones, dans des centres inadaptés, où ces deux longues journées pourraient bien se révéler interminables…
Léa Chauchot





