Le président du directoire de la Caisse d’Epargne de Bourgogne – Franche-Comté incite à réfléchir à toutes les opportunités qu’offre notre territoire. Jean-Pierre Deramecourt évoque aussi ces craintes – qu’il convient de surmonter – nourries par les évolutions rapides de la société et explique les motivations qui ont poussé la banque à acquérir la SEMAAD.
Dijon l’Hebdo : La Caisse d’Epargne de Bourgogne – Franche-Comté était tout récemment à l’heure européenne…
Jean-Pierre Deramecourt : « Effectivement, la Caisse d’Epargne de Bourgogne Franche-Comté a organisé « Les Européennes des Caisses d’Epargne ». A cette occasion, Philippe Dessertine, directeur de l’Institut de Haute Finance, est intervenu sur le thème « L’Europe au cœur des régions économiques », apportant sa vision sur l’économie actuelle et les perspectives d’évolution ».
Dijon l’Hebdo : Qu’est-ce qu’on peut retenir d’essentiel de son intervention ?
Le monde dans lequel on vit est bouleversé par un certain nombre de révolutions technologiques, scientifiques. Pourtant, les perspectives sont extrêmement enthousiasmantes mais elles sont de nature à faire peur à certains. Dans ce cadre, Philippe Dessertine a expliqué que l’Europe, et ce n’est pas la seule, se trouvait quelque peu tétanisée, dans une logique du repli sur soi alors qu’il y a d’autres régions du monde qui essaient de rentrer pleinement dans le nouveau monde qui est le nôtre. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas en Europe des personnes qui ont envie de s’inscrire dans cette nouvelle société qu’on est en train de créer. Et nous sommes convaincus que la description de cette Europe qui a peur est susceptible de nous réveiller ».
Dijon l’Hebdo : Et qu’est-ce qu’une banque comme la vôtre peut-elle faire ?
J.-P. D. : « L’Europe… ou bien on la regarde et on se dit que, décidément, tout est foutu, ou bien on se dit que ce nouveau monde qui se présente offre de belles opportunités. Et on a envie d’aider ceux qui sont dans cet état d’esprit. Quand on est une banque, encore plus quand on est une Caisse d’Epargne, c’est de voir comment, au-delà du service à nos clients, on peut aider les entreprises, l’économie locale à investir sur les nouveaux mode de vie sociaux, les nouvelles économies, les nouvelles opportunités qui sont ouvertes par ce changement de société. Etre donc dans une logique positive. On est convaincu que nos territoires présentent des compétences et un potentiel pour s’inscrire pleinement dans ces nouvelles perspectives. L’intérêt de l’intervention de Philippe Dessertine, c’est de faire prendre conscience que ce sentiment de peur existe, qu’il y en a qui affronte ce nouveau monde, non pas tétanisé, mais en essayant de réfléchir à toutes les opportunités qui s’offrent. Il faut donc se retrousser les manches ».
Dijon l’Hebdo : Et en matière d’opportunités, que pourraient offrir nos territoires en Bourgogne – Franche-Comté ?
J.-P. D. : « Il y a sur nos territoires, six pôles de compétitivité qui associent des entrepreneurs, des chercheurs, pour monter, avec l’encouragement des dispositifs publics, une mayonnaise qui permet de développer de l’activité en trouvant de nouvelles voies de développement pour les entreprises qui existent, de favoriser la création de start-up, de permettre la reconversion d’un certain nombre d’entreprises en investissant dans des directions beaucoup plus porteuses. Et quand on réfléchit à toutes ces évolutions à la fois scientifiques, technologiques, sociales, on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de choses à faire sur notre territoire.
Il pourrait, par exemple, y avoir même un septième pôle de compétitivité sur lequel nous sommes en train de réfléchir et que la Caisse d’Epargne a bien envie de promouvoir dans la région. On souhaite proposer la création d’un pôle sur le bois qu’on appellerait Woodtech. Je peux vous assurer que tous les acteurs qui travaillent sur l’ensemble de la filière bois sont très enthousiastes à cette idée. La Bourgogne et la Franche-Comté n’ont-elles pas leur mot à dire sur le sujet avec leurs forêts de Douglas qui sont les meilleures de France, voire d’Europe. On exporte ce bois de très grande qualité pour qu’il nous revienne sous forme de meubles ou de tout autre façon. On pense que l’on peut développer des modalités de construction. On pense aussi que l’architecture devrait beaucoup plus intégrer les possibilités exceptionnelles du bois.
Pour favoriser l’éclosion d’une telle filière, nous mobilisons nos capacités à travailler avec des acteurs différents. On pense, comme cela existe en Allemagne, que les banques peuvent avoir un rôle fédérateur pour mettre en relation des acteurs qui vont trouver sur les territoires des moyens de collaboration efficaces. Tout comme nous sommes persuadés que les universités et les entreprises pourraient travailler encore plus étroitement.
Dijon l’Hebdo : Cette réflexion que vous portez, et qui semble bien avancée, montre-t-elle votre volonté d’être plus que jamais acteur et moteur de l’économie locale ?
J.-P. D. : « Beaucoup de chefs d’entreprise le sont. Pour ce qui nous concerne, nous sommes passionnés par ce moment clé de l’histoire de l’économie et nous souhaitons nous y inscrire pleinement ».
Dijon l’Hebdo : Avec l’achat de la SEMAAD, vous manifestez aussi votre volonté de vous inscrire dans l’aménagement du territoire ?
J.-P. D. : « En tant que banquier, nous le sommes déjà. Je rappelle que la Caisse d’Epargne a toujours été proche des collectivités locales. On s’est toujours intéressé au financement des infrastructures et aux projets d’aménagement. Nous sommes présents au sein de très nombreuses sociétés d’économie mixte, dans des structures qui s’occupent du logement social, dans des sociétés qui proposent aux entreprises du foncier et de l’immobilier pour s’installer ou se développer.
La présence de la Caisse d’Epargne dans le capital de la SEMAAD est historique. Elle a été, à ses côtés, un acteur sur de nombreux projets comme le déménagement de la CARSAT, de la Chambre d’Agriculture, le financement de Crossject, le soutien à l’opération de reprise de la Chocolaterie de Bourgogne. Aussi, lorsque la ville de Dijon et le Grand Dijon ont décidé de vendre la SEMAAD, il nous a semblé absolument logique de ne pas laisser s’échapper l’ensemble des compétences et des dossiers en cours très importants pour le développement de la ville et de son agglomération et même bien au-delà ».
Dijon l’Hebdo : Quels sont vos projets après l’acquisition de la SEMAAD ?
J.-P. D. : « L’acquisition de la SEMAAD n’est pas une fin en soi. Ce n’est pas un simple investissement capitalistique. C’est un levier pour permettre l’installation, le développement ou la reconversion d’entreprises. On le fait à Dijon mais aussi sur d’autres territoires et notamment en Franche-Comté.
Proposer des solutions de financement à des entreprises prometteuses telle que Crossject à Dijon, pour accélérer leur croissance, et ainsi favoriser l’emploi de notre région, est l’une de nos missions fondamentales. Nous sommes heureux de les accompagner et de participer au développement de techniques innovantes.
Après la création de la SEM (Société Est Métropoles), le nouveau nom de la SEMAAD, nous avons beaucoup de projets en tête. C’est toujours délicat d’en parler. Ce qui est important, c’est qu’ils aboutissent. En parler pourrait les affaiblir. Je peux simplement vous dire que ce sont de beaux projets de développement ou d’installation d’activités sur Dijon. On continue, comme on l’a fait pour Crossject, de travailler sur des projets porteurs d’emplois.
Ce qu’on a fait jusqu’à présent explique pourquoi on a racheté la SEMAAD dont le capital a vocation à être ouvert car il y a d’autres acteurs locaux qui partagent cette envie de voir se développer l’activité économique sur le territoire. A Dijon, il y a vraiment un tissu de chefs d’entreprises talentueux, énergiques, qui sont prêts à s’investir.
Dijon n’est certes pas la plus grande capitale régionale mais elle peut offrir de la réactivité et des possibilités de recrutement de compétences particulièrement intéressantes pour les entreprises y compris pour des groupes internationaux ».
Propos recueillis par Jean-Louis PIERRE





