Aéroport de Dijon : Où en est-on ?

Lors du dernier conseil de communauté du Grand Dijon, le président François Rebsamen a brandi un article rappelant que « 8 ans après la fermeture de la BA 112 de Reims il n’y avait toujours rien là bas ». Le maire de Dijon a expliqué, qu’a contrario, « un an après la fermeture de la BA 102, le tuilage était en cours avec l’arrivée prochaine de l’école de gendarmerie, forte de 1000 personnes ». Non sans glisser que « l’aviation d’affaires fonctionnait également bien » sur l’aéroport de Dijon-Longvic, dont la gestion est dorénavant dévolue au groupe canadien, la SNC-Lavalin. Nous vous proposons, dans ce dossier, de descendre sur le tarmac dijonnais qui fait toujours couler… beaucoup d’encre !

Le 14 octobre 2014, l’annonce de la fermeture de la BA 102 avait fait grand bruit. L’équivalent de celui que fait un avion à réaction lorsqu’il franchit le mur du son ! Il faut dire que la restructuration des armées sonnait le glas à l’une des doyennes des bases françaises, qui venait juste de brûler sa 100e bougie et qui avait été le théâtre de tant d’exploits : de l’as de l’aviation lors de la Première Guerre mondiale, le sous-lieutenant Georges Guynemer, qui devint son patronyme, à la première femme pilote de chasse, Caroline Aigle, en passant par les membres de la Patrouille de France… Hors période de guerre, elle avait même eu son heure de gloire télévisuelle en servant de décor à la célèbre série Les Chevaliers du Ciel. Mais, en 2014, l’annonce de la disparition de la BA 102, qui n’était pas une surprise puisqu’elle faisait suite à la retraite des Mirages trois ans plus tôt, fut également un choc eu égard à ses répercussions socio-économiques. Et ce, notamment, à cause du départ programmé de 1640 emplois et des très nombreuses familles de militaires. Sans omettre la friche qui se profilait à l’horizon…
L’avenir de l’aéroport civil de Dijon-Longvic était aussi en suspens puisqu’il profitait des pistes et des infrastructures militaires. Mais aussi (et surtout) son fonctionnement à grand (s) renfort (s) de subventions publiques ne pouvait perdurer, celles-ci subissant au niveau étatique, et, par corollaire, à l’échelle locale, une douloureuse période de vaches maigres. En février 2015, le rapport annuel de la Cour régionale des comptes a même tiré à boulets incandescents sur « la facture trop salée des deux aéroports régionaux, Dijon-Longvic et Dole-Tavaux, distants de moins de 50 km ».

Tanguy et Laverdure

Quelques mois après que la compagnie low cost Eastern Airways a tiré sa révérence, mettant fin, par là-même aux derniers vols commerciaux, la CCI, alors gestionnaire, décida, fin 2014, de déserter. Il faut dire que, précédemment, le conseil général de la Côte-d’Or avait stoppé son soutien financier et le conseil régional de Bourgogne avait, lui, refusé de devenir l’autorité de gestion !
Tel était le « théâtre d’opérations », selon la sémantique militaire, des 490 hectares de la BA 102… Un véritable terrain miné ! Le ciel était tombé sur la tête de la BA 102 et de l’aéroport de Dijon-Longvic… D’aucuns pensaient qu’il ne pouvait que s’obscurcir. Eh bien non ! Le premier rayon de soleil est apparu le vendredi 17 juillet 2015 lorsque le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, annonça à Dijon l’implantation d’une école de gendarmerie afin de redynamiser le site de la BA 102. Comme aime à le rappeler José Almeida, maire de Longvic, la proximité de François Rebsamen, alors ministre du Travail, avec le sommet de l’Etat, ne fut pas étrangère à cette éclaircie. D’ici à la fin de l’année, 720 élèves gendarmes et 180 encadrants marcheront sur les traces de Tanguy et Laverdure… Egalement en déplacement quelques mois plus tard dans la capitale régionale, le Premier ministre, Manuel Valls, sortit le chéquier de l’Etat et offrit une aide de 6 M€ pour un contrat de revitalisation, destiné, à la fois, à la Cité internationale de la Gastronomie mais aussi à la modernisation de l’aéroport de Dijon-Bourgogne et à sa zone d’activités économiques.

« La grande muette »

Car la stratégie fut de conserver un aéroport civil destiné au tourisme d’affaires et aux vols sanitaires tout en lui adossant une zone d’activités. Un syndicat mixte de l’aéroport, composé à 50/50 par le Grand Dijon et la Région, a vu le jour et a été placé sous la présidence de José Almeida (voir son interview ci-contre). Cette instance fut chargée d’élaborer « un nouveau modèle économique » ainsi que de trouver un gestionnaire privé. Des Canadiens débarquèrent… La SNC-Lavalin, « l’un des plus importants groupes d’ingénierie et de construction au monde et l’un des acteurs de tout premier plan en matière de propriété d’infrastructures », se posa, en effet, sur le tarmac dijonnais. Au premier janvier dernier leur a été octroyée la délégation de service public (DSP) pour les 12 prochaines années. Ce groupe, qui gère 16 autres plateformes aéroportuaires dans l’Hexagone, a, notamment, comme cahier des charges d’attirer des entreprises afin de favoriser la création d’emplois. Et ce, avec le soutien de Dijon Développement et de Bourgogne Développement… Aujourd’hui, la Breitling Jet Team, qu’il n’est pas besoin de présenter, ainsi qu’INAER, en charge des vols sanitaires, font partie des figures de proue. Elles ont été rejointes par Airborne Concept, qui, après Toulouse, y a ouvert sa 2e école de pilotage. Et, selon François-André Allaert, président de Dijon Développement, deux autres entreprises sont en piste… mais, pour l’instant, le monde économique préfère taire leurs noms, remettant au goût du jour l’un des qualificatifs de l’armée… « la grande muette ».
Nous reprendrons, pour notre part, la parole afin de vous tenir au courant de l’avenir du site de la BA 102 et de l’aéroport… car, comme écrivait l’un des plus grands aviateurs, Antoine de Saint-Exupéry, « l’avenir n’est pas à prévoir… mais à permettre !»

Xavier GRIZOT