Jusqu’aux élections municipales des 15 et 22 mars prochain, la rédaction de Dijon l’Hebdo a décidé de donner la parole à des Dijonnaises et Dijonnais de tous âges, de toutes professions, de tous les quartiers… afin qu’ils apportent leur pierre à la vie de la cité.
A l’occasion de petits-déjeuners organisés au sein de l’Hôtel Mercure à Dijon, ils peuvent échanger, en toute liberté, autour de thématiques majeures identifiées par les récents sondages comme figurant parmi les principales préoccupations des Français. Pour ce 2e opus, la réflexion s’est concentrée sur les enjeux essentiels que sont l’attractivité et le développement économique. Vous découvrirez, comme à chaque fois, un compte-rendu fidèle des interventions de toutes celles et de tous ceux qui ont accepté de se prêter à cet exercice citoyen par excellence. A la veille de cette échéance électorale importante dans la vie d’une cité, chacune et chacun peut ainsi donner son sentiment, son ressenti mais également ses propositions concrètes sur des sujets qui préoccupent les électeurs. Toutes et tous se sont ainsi prêtés au jeu, le temps d’un petit-déjeuner, d’enfiler le costume de maire. Morceaux choisis d’un nouveau temps fort démocratique, reflet d’une parole citoyenne vivante…
La rédaction
Victoria Jolly
Responsable du développement commercial chez Bouygues Bâtiment Nord-Est
« En ce qui concerne le prisme des entreprises générales et de la construction, nous constatons que le marché local est dynamique. Nous avons la chance d’avoir des maîtres d’ouvrage privés et publics qui lancent des projets. Une véritable vision d’avenir existe sur le territoire. C’est une satisfaction aujourd’hui mais il faut que cette dynamique de marchés se poursuive. Nous avons besoin d’une ville et d’une métropole qui continuent les investissements publics dans des grandes infrastructures. Nous savons que le budget de la Ville de Dijon et de la Métropole est très sain, aussi sommes-nous confiants dans l’avenir.
Les investissements peuvent se poursuivre, notamment dans les transports. La réalisation de la future 3e ligne du tramway, dont on entend beaucoup parler, sera ainsi bénéfique. Les investissements publics doivent perdurer dans les grands équipements, dans la santé, la culture, le tourisme, l’événementiel… Mais il faut absolument rétablir la ligne TGV reliant Dijon à Lille. Des actions ont été faites en ce sens, il faut encourager cela. Cela participe à l’attractivité du territoire, en faisant venir des entreprises, des employés. Pour faire venir des salariés, il faut des logements, des crèches, des écoles, des transports publics…
Dans notre domaine, nous souhaitons également poursuivre les réhabilitations vertueuses. Cela participe, il ne faut pas l’oublier, à la baisse des factures énergétiques des locataires. C’est rendu possible grâce aux politiques incitatives mises en place par les élus. Le projet RESPONSE à la Fontaine d’Ouche, sur lequel nous avons réhabilité 370 logements, en est un bel exemple. La transmission des savoirs et la formation sont également capitales pour les métiers opérationnels. Nous bénéficions dans notre domaine des écoles d’ingénieurs ESTP et ESEO qui se sont implantées à Dijon. Il faut que la Ville continue d’accueillir des centres de formation et des grandes écoles. Bouygues Construction, à travers sa Fondation, épaule des associations sur la thématique de la transmission du savoir.
Cette Fondation permet, par exemple, de parrainer des étudiants. La Ville encourage aujourd’hui beaucoup les associations et cela doit continuer. Car ce sont derrière des viviers pour le recrutement d’entreprises comme la nôtre… »
Claire Ruisi
Responsable du développement commercial de la Résidence seniors services L’Ecrin des Vignes du groupe Stella
« J’ai beaucoup déménagé dans ma vie mais, contrairement à d’autres villes, lorsque l’on doit s’implanter ici, comme ce fut le cas pour mon conjoint et moi-même, il n’y a pas de guichet d’accueil unique. Que l’on soit cadre ou dans l’emploi, senior ou étudiant, à Genève par exemple, tout est prévu : les bons services, le logement, la crèche, etc. A Dijon, ce n’est pas aussi simple. C’est vrai aussi pour l’image, ce n’est pas toujours très clair : Dijon, c’est une ville universitaire, la capitale des vins, de la gastronomie… Pour les seniors, c’est une ville intermédiaire agréable à vivre, c’est une belle ville au sein de laquelle beaucoup d’investissements ont été réalisés – et c’est très bien ! – mais le côté praticabilité n’est pas au rendez-vous.
Tout est informatisé, c’est très administratif, et les seniors rencontrent nombre de difficultés dans le domaine. C’est un peu un labyrinthe et cela ne rend pas les choses faciles. Un senior qui est isolé ne sait pas comment accéder aux services qui le concernent. Nous sommes une population vieillissante et cela sera bientôt un grave problème mais cela ne concerne pas que Dijon. Cela rejoint aussi le logement. Il faut avancer sur l’intergénérationnel. Nombre de villes réfléchissent à des projets médians, accueillant des étudiants et des personnes âgées… »
Jean-Dominique Caseau
Ancien Pdg des Maisons L’Héritier Guyot et Lejay Lagoute, ex-président de la Société française des spiritueux et du Syndicat national des fabricants de liqueurs, vice-président de Vitagora, retraité, président de l’association France Victimes 21
« Même si des progrès notables ont été effectués depuis 2001, nous avons un déficit important dans le domaine industriel. Il y a aussi un déficit de communication sur les structures de grandes écoles à Dijon, alors que le pôle universitaire est très important. Il y a des formations de très haut niveau. Un exemple : l’Institut Agro Dijon est ce qui se fait de mieux en Europe. Une autre question se pose à l’issue : comment retenir les étudiants ? Il faut encourager ceux qui font leurs études à Dijon, notamment dans le domaine de l’agroalimentaire, à rester pour travailler localement.
Le secteur industriel est confronté à des problèmes de recrutement. Les collectivités territoriales doivent favoriser les viviers de compétences. Il faut aussi redynamiser le domaine de l’agroalimentaire, qui a une histoire, qui dispose de réelles compétences et d’une notoriété indiscutable. C’est la seule ville en France qui bénéficie d’une AOC avec son nom propre : la crème de cassis de Dijon. Là, la ville et la métropole ont permis de défendre cette appellation, notamment avec la Chine. Cela participe au maintien de l’activité économique. Nous souffrons d’un déficit important en matière de foncier industriel. Il ne faut pas que développer des start-up mais implanter une entreprise avec 200 salariés sur 5 000 m² est beaucoup plus difficile.
Certaines zones industrielles souffrent aussi d’un problème de transports en commun. Il y a un intérêt à ce que les collectivités territoriales prennent ces dossiers à bras le corps. Quand on a connu Dijon il y a 40 ans, il y avait tout de même Hoover qui avait des milliers d’employés. Aujourd’hui, le plus grand employeur n’est autre que le CHU Dijon-Bourgogne… Et il faut se pencher sur l’avenir de la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin ».
Sandrine Riger
Dirigeante de LBA Centres d’affaires, avec 2 sites à Dijon (avenue Foch et rue de Mayence) et un site à Beaune (avenue du 8 Septembre), et dirigeante de L’Agence La Brune Aventure Communication
« Nous avons la chance d’avoir de très belles écoles, des pôles de compétitivité reconnus, des filières d’excellence que sont la santé, l’agroalimentaire, le numérique. Nous avons des atouts mais il faut faire le lien avec les entreprises locales. C’est comme cela que nous retiendrons les jeunes sur place, dans un territoire qui est on ne peut mieux placé dans l’Est de la France mais aussi par rapport à l’Europe entière. Le rétablissement de la ligne TGV vers Roissy Charles de Gaulle est primordial. On ne peut pas parler de l’attractivité économique si l’on est à des heures de Paris, de Marseille… Et il faut que l’on se tourne aussi vers l’Italie.
Aujourd’hui, avec les préoccupations écologiques, la question des aéroports locaux ne se pose plus. L’essentiel, c’est que l’on puisse aller vite en TGV à Paris, à Genève, etc. Je crois aussi beaucoup aux partenariats public-privé. Pour garder et embellir l’économie locale, c’est un moyen intéressant d’aller plus loin dans les projets. La Ville et la Métropole le font sur des grands projets mais ce serait intéressant de le faire avec des plus petites entreprises. Il faut mettre plus de liens. Pour les entreprises domiciliées dans mes centres d’affaires, ce sont bien souvent des grandes sociétés qui se sont développées ailleurs. Beaucoup partent car elles payent une CFE (Cotisation foncière des entreprises) inimaginable par rapport à leur chiffre d’affaires qu’elles font ici.
Certes, de l’argent est nécessaire pour investir dans des grandes infrastructures car c’est ce qui fait l’attractivité de la ville mais il faudrait aussi faire des efforts dans ce domaine pour que les entreprises ne soient pas étranglées financièrement ».
Gérald Laout
Ancien directeur des ventes et de la promotion du Bien Public, à la tête d’une société de consulting et de force de ventes
« La question est surtout : si je ne fais rien, que va-t-il se passer ? La concurrence entre les territoires est telle, il sera difficile de tenir. Les emplois stagneront, on n’arrivera plus à recruter, le territoire perdra de l’argent et ne pourra plus investir. Doit-on être simplement gestionnaire ou être dans un esprit de développeur ? Il faut voir plus loin dans la stratégie et développer à 10, 15 ans, c’est compliqué aujourd’hui avec des maires dont le mandat est de 6 ans. C’est primordial d’anticiper sur le long terme. Il faut définir quel est le moteur de demain de ce bassin.
Sur quoi nous reconnaissons-nous ? Quel est le programme, l’idée qui nous identifie clairement ? Il faut que cela parle à tout le monde et notamment à ceux qui sont présents pour leur donner des perspectives d’avenir et à ceux qui veulent venir. Tout serait rattaché à cette idée globale, les transports, le bien-vivre, etc. J’amènerais toutes les personnes concernées, avec toutes leurs compétences, autour de ce projet : comment fait-on pour l’attractivité des jeunes ? Quels débouchés propose-t-on ? On doit répondre à leurs interrogations. Il faut une vision de demain et ce sera plus facile pour favoriser l’attractivité. Il ne faut pas partir sur tout et son contraire. Quel axe de communication on choisit réellement ? »
Daniel Berthaut
Ancien cadre chez Nestlé, après avoir travaillé au Crédit Municipal de Dijon et à la Banque Populaire, retraité
« Les centres-villes connaissent des périodes difficiles, avec le déclin des commerces de proximité. Il faut soutenir les commerçants, redonner de la vie aux rues et aux places. Il faudrait peut-être prévoir des aides pour l’implantation de commerçants, des incitations fiscales, notamment pour les jeunes. Il faudrait qu’ils puissent bénéficier de prêts à des taux intéressants. Il faut aussi soutenir et encourager les associations de commerçants dans certains secteurs. Cela a déjà été fait mais il faut continuer d’encourager les déplacements à pied et à vélo dans Dijon, avec un accent mis sur l’accessibilité et la sécurité des piétons et des cyclistes.
Il y a des endroits réellement dangereux où je ne prends pas mon vélo. Il faut faciliter l’accès au centre-ville, développer les parkings relais, accentuer les navettes, notamment pour les personnes âgées… Mais aussi garder des accès et des stationnements pour les véhicules afin que les gens viennent encore faire leurs achats dans le cœur de ville. Cela permettrait également de soutenir les commerces de proximité. Il faudrait aussi limiter la multiplication de la restauration rapide ou des barbers dans certaines rues, où il n’y a plus que ça ».
Olivier Petitot
Responsable commercial de l’Imprimerie de Champagne à Langres et de RotoChampagne à Chaumont
« La grande question est la désindustrialisation de notre pays et de notre région, mais c’est un sujet national. Si j’étais maire, je commencerais par faire le tour de toutes les entreprises, afin de connaître leurs besoins. On a perdu le côté industriel, il faut par exemple mettre en avant plus largement le destin commun entre Dijon et l’industrie pharmaceutique. On ne le voit pas assez… C’est très important : il faut protéger les entreprises. Il faut y croire… Les élus ont un rôle très important par rapport à cela. Aujourd’hui, ce sont seulement les fermetures ou les entreprises en difficultés dont on parle… »





