L’Epicerie, restaurant Ripolin

Les restaurants à thème et à « concept » sont à la mode, affirmais-je il y a quelques semaines. Et pour cause, loin des établissements standardisés où l’attrait et la fidélité se gagnent sur la carte et dans l’assiette, il est de bon ton pour d’autres de faire voyager le client ; dans l’espace, avec des décos saturées d’une ethnicité confinant parfois au cliché voire à la caricature, à grand renfort de stuc et de plastique moulé évoquant des univers lointains présumés enchanteurs. Et puis voyages dans le temps, pour L’Epicerie, place Emile-Zola, restaurant offrant un saut de quelques décennies : retour vers le passé, en arrière toute !

Car ce qui est d’abord remarquable, pour cette adresse s’étant fait un nom en quelques années, c’est la déco. On entre ici dans une épicerie et des intérieurs des années 1940, un temps que les moins de (quatre-)vingt ans ne peuvent pas connaître. L’Epicerie, c’est un peu un « restau Ripolin », dans l’esprit (vous vous souvenez de la pub qui jalonnait les entrées de villages des routes nationales de notre enfance, avec les trois gus qui s’écrivaient dessus ? Et puis il y avait aussi le Kiravi, et le « vin fou » d'Henri Maire, bon, je m’égare !)
On est (bien) accueilli par une escouade de serveurs et de serveuses aux sourires Ultra Bright. On chemine jusqu’à sa table entre ustensiles de cuisines old fashioned, « réclames » sur plaques en métal pour des produits aux noms fourties et fifties, vieux bureaux d'écolier, porte-plume en bois, bidons de lait en alu et présentoirs à bonbons Haribo, Bref, tout est vintage, et l’accent est mis sur le cadre, spacieux (avec magnifique cave voûtée), et sur cette touche nostalgique évoquant la France en noir et blanc de Fernandel et de Charles Trénet. La carte, à l’avenant, se présente sur cahiers à gros carreaux. Elle revisite les plats de grand-mère, osant la coquillette, l’œuf cocotte et le jambon.
Justement, et l’assiette, dans tout ça ? Car on n’est pas chez Hansel et Grétel, et si la déco se savoure ici, elle ne se mange pas. Pas mal, sans le « bon point » qui irait avec l’imagerie d’Epinal déployée ici. C’est bon, ce n’est pas extraordinaire. Beaucoup de spécialités bourguignonnes sont proposées, oeufs en meurette, escargots, poulet Gaston Gérard, sauce à l’époisses, avec des clins d’œil comme le hamburger au foie gras poêlé.
A l’avenant, on peut goûter le gratin d'andouillette aux coquillettes (mais pourquoi mettre de la salade là-dessus !?) ou le camembert grillé. On peut même être servi dans la « gamelle de l’ouvrier ». Les « damnés de la terre » apprécieront cette captation d’héritage ostensiblement « bobo» !
Dommage que l’entrecôte pour laquelle nous optâmes lors de notre visite se soit avérée être bien plus nerveuse que la serveuse, et pour cause, la moitié des 300 grammes promis était immangeable. Quant à certains portions (quiche dijonnaise), elles sont « riquiqui ».
Bref, la cuisine est aussi conceptuelle, comme si l’on offrait un voyage dans les saveurs d’antan, des évocations de la France d’avant-hier. Ça ne désemplit pas, entre clientèle étrangère séduite par le côté « carte postale frenchie », et les habitués, des trentenaires et « quadras » venant pour l’ambiance, le second degré qui sied à l’adresse, et la bonne humeur que dégage le lieu. Il ne manquerait plus qu’on s’y ennuie !
Les prix sont corrects, mais sans menu à la carte, « ça chiffre vite » ; d’autant que le pichet de bourgogne sur lequel nous jetâmes notre dévolu n’était pas à température, et surcoté.
Les internautes évoquant cette adresse reconnaissent tous le charme du lieu, mais ils sont plusieurs à déplorer une petite baisse de qualité récente, comme un coup de mou. « Elève L’Epicerie, au tableau noir ! Récitez vos classiques, et mettez du cœur à l’ouvrage ! »