A quoi peut-on bien penser quand on a plus de 45 ans de carrière et un nom connu dans la France entière et même au-delà ? Quand on a imposé un style et contribué à l’essor de la sculpture ? Quand on vous présente comme le digne héritier de François Pompon ? Ou quand on s’est taillé un parcours artistique hors norme ? …
Bref, à quoi pense-t-on quand on est Michel Couqueberg en 2025 ? A 79 ans, l’artiste qui aime se présenter comme un artisan d’art, continue son travail. Inlassablement. Car la sculpture reste sa raison de vivre. Avec une passion toujours intacte. On dirait même qu’il se réfrène, qu’il se contrôle pour ne pas laisser percer, plus que nécessaire, l’espèce de jubilation intérieure qui semble l’habiter.
Son atelier, c’est comme chez lui. Les centaines d’outils sont rangés minutieusement. L’ordre, la discipline avant toute chose. Et bien parlons-en, justement de son atelier, de son « antre », qui jouxte sa maison, à Orgeux. C’est l’univers de la tranquillité, du calme et des joies simples face à celui du profit, de la vitesse et du calcul.
C’est là qu’il aime recevoir. « Sur rendez-vous » précise-t-il le plus sérieusement du monde. Et il est difficile de rencontrer Michel Couqueberg sans être sous le charme de ce sourire solidement arrimé aux pommettes, de ce faux air de candeur, et surtout de cet enthousiasme inépuisable. Est-il trempé dans les matières de ses sculptures ? Le bronze, l’altuglas ? D’où lui vient donc cette capacité de résistance ? Cette effervescence ?
Une œuvre immense, un artiste humble
Le sourire avenant, la mine sympathique. Il parle peu de lui mais il a fait beaucoup parler de lui et la majorité de ses confrères, souvent avare de compliments, a régulièrement vanté son talent. Quand on lui demande de définir son art, Michel Couqueberg se montre très disert : « Je pars souvent de mes propres émotions et de ce que je ressens ». Au final, il aime se raconter. Le verbe le porte. Une lumière le transfigure.
La curiosité toujours en éveil, il se met alors à parler avec volubilité, comme un homme qui laisse bailler les fissures du temps pour faire resplendir le film de son passé. La satisfaction du devoir accompli, des rêves d’enfance aboutis pour ce vrai modeste à la fierté immense. Et quand il évoque son métier, tout son corps s’anime, ses yeux flamboient… aussi fort que la chaleur intense des fours de chez Deroyaume, son fondeur attitré, qui répandent le rouge éclatant du bronze liquide.
Mais Michel Couqueberg, ce ne sont pas seulement 31 expositions en galerie pour mettre ses pièces en valeur, des présences régulières rue de Rivoli, à Paris, place Bellecour, à Lyon, à Courchevel, Mougins, Genève… Le sculpteur a aussi réalisé 23 monuments de 2 mètres de hauteur minimum, allant jusqu’à 5 mètres. Des monuments répartis en France et à l’étranger. « Et je n’ai jamais vu un maire pour lui vendre mon travail. J’ai toujours répondu à des appels d’offre » insiste-t-il avec une pointe de malice.
Jean-Louis Pierre





