Enfant de la DDASS, élevée en famille d’accueil, Carine Montrésor aurait pu accepter le destin limité que l’on lui promettait. Elle a choisi de le réécrire.
Après des études universitaires, devenue enseignante par choix, elle accompagne aujourd’hui des lycéens en décrochage scolaire avec une conviction forgée par son propre parcours : un échec n’est jamais une identité définitive. Responsable de la mission de lutte contre le décrochage scolaire, elle intervient en terminale au sein d’un lycée dijonnais. À ces jeunes fragilisés Carine Montrésor parle d’abord d’ambition : « Ici, on vise l’excellence », lance-t-elle d’emblée. La phrase surprend mais son histoire explique en grande partie cette foi indestructible dans la capacité de chacun à se relever.
Au sein de sa famille d’accueil, une figure marquera profondément sa vie : celle qu’elle appelle encore « maman Paulette ». C’est auprès d’elle qu’elle apprend des valeurs simples mais essentielles : le travail, la dignité, la persévérance. Pourtant, les ambitions scolaires que l’on imagine alors pour la jeune fille sont modiques. Mais elle voit bien plus loin. Contre toute attente, elle poursuit ses études universitaires et décroche le CAPES. Une trajectoire qui ressemble à un joli pied de nez aux déterminismes sociaux.
Pour décrire ce tempérament immarcescible construit dans l’adversité, un poème vient spontanément à l’esprit : INVICTUS de William Henley. Ses vers pourraient presque résumer son parcours : « Je suis le maître de mon destin, Je suis le capitaine de mon âme. »
Carine Montrésor aurait pu se contenter de cette victoire personnelle. Son parcours constituait déjà en soi une forme de revanche sur le destin. Mais très vite, elle comprend que ce qu’elle a appris en chemin – la confiance en soi, la capacité à dépasser l’horizon – peut devenir aussi une force de transmission. Sa trajectoire personnelle s’est ainsi transformée en vocation : aider d’autres jeunes à croire en eux-mêmes lorsque plus personne n’y croit vraiment.
Sa botte secrète : le « cousu main »
Pour décrire sa méthode, Carine Montrésor utilise volontiers une métaphore inattendue dans le monde de l’enseignement : celle de la haute couture !
Chaque élève nécessitant un programme « cousu main », impossible d’appliquer une démarche uniforme à des jeunes dont les parcours et les fragilités sont si différents. L’année commence donc par un entretien individuel approfondi, sans complaisance mais sans jugement. Au-delà des faiblesses, ce qui l’intéresse ce sont les talents cachés, parfois insoupçonnés des élèves eux-mêmes, qu’elle saura valoriser utilement.
Ensuite vient la politique des petits pas. Une progression faite de réussites modestes mais décisives : une bonne note inattendue, un devoir réussi… la confiance revient peu à peu. Pour elle, la première bataille se joue dans la tête. Restaurer l’estime de soi constitue la première étape de sa stratégie de réussite : transformer un mental fragilisé en mental de combattant. Son optimisme inébranlable est contagieux. Soutenu par une joie native qui peut parfois interpeller, il finit par s’inoculer dans l’esprit des jeunes qu’elle accompagne.
Elle passe un contrat exigeant avec ses élèves : elle leur accorde sa confiance totale, mais attend d’eux un véritable engagement car leur réussite n’est pas une option. Quand elle évoque l’excellence dès le premier jour ce n’est pas pour les intimider, mais pour leur montrer qu’ils ont le droit d’y prétendre. « Osez briller » leur répète-t-elle ! Les résultats lui donnent raison.
Une référence dans la lutte contre le décrochage scolaire
Au fil des ans, l’expérience et les résultats de Carine Montrésor ont largement dépassé le cadre de sa classe. Elle est devenue une figure reconnue de la lutte contre le décrochage scolaire.
En 2019, elle est promue à l’Ordre national du Mérite au rang de chevalier et figure parmi les 100 « Leaders in Education » qui distingue cent personnes influentes dans le domaine de l’éducation à travers le monde. En 2021, elle reçoit le Prix des 1000 possibles, qui récompense des initiatives pour l’égalité des chances. Plus récemment, le magazine économique Forbes l’a distinguée parmi les quarante femmes les plus influentes de l’année !
Néanmoins, la reconnaissance qui compte pour elle n’est pas celle de ses palmarès. Elle la mesure dans les trajectoires de ses anciens élèves. Certains reviennent la voir des années plus tard, diplôme en poche ou parcours professionnel bien engagé, pour la remercier. « Ils m’impressionnent tous », confie-t-elle.
Carine Montrésor enseigne des matières classiques mais sa leçon la plus importante est ailleurs. Ses méthodes iconoclastes bousculent mais visent juste car au fond, elle ne leur apprend pas seulement à réussir un examen, elle leur apprend à tenir la barre de leur propre existence. Carine Montrésor est un sacré personnage : de ceux qui rappellent que chacun peut devenir « Maître de son destin ».
Astrid Launais
Madame 100%
Le titre du dernier livre de Carine Montrésor n’est pas une formule marketing. C’est une manière d’être. S’engager totalement, croire pleinement et ne jamais accepter que l’échec soit une fatalité. Elle y expose son histoire et ses méthodes remplies de bon sens et d’astuces pour réussir envers et contre tout ! Un récit sans pathos mais assurément émouvant.





