S’il est bien une assurance indispensable de la vie quotidienne, c’est bien l’assurance habitation qu’il ne faut pas voir comme une charge supplémentaire mais comme une sécurité indispensable pour vivre sereinement chez soi. Explications avec Pascal Chapelon, agent général AXA et président de la fédération nationale des agents généraux qui exercent sur le marché français. Une fédération qui compte 8 500 adhérents.
Une note de la Fédération française de l’Assurance met en évidence le dynamisme du marché de l’assurance habitation en 2024. Comment expliquer que le montant total des cotisations multirisques habitation, toutes garanties confondues, enregistre une progression de 7,5 % sur un an quand on voit la chute des ventes d’appartements neufs et, plus généralement, un marché de l’immobilier qui n’est pas au mieux de sa forme ?
« Cela s’explique simplement. Les primes ont évolué dans la mesure où la base d’un contrat assurance habitation est indexée sur le coût de l’indice de la fédération nationale du bâtiment. Quand l’indice prend 3 %, le capital mobilier est augmenté de 3 % de façon mathématique, autant de fois que nécessaire par rapport à la variation de l’indice. Ensuite, surtout, les gens sont bien conscients que le contrat d’assurance habitation apporte, par le biais d’une garantie dommages, la garantie des couvertures pour les catastrophes naturelles. Aujourd’hui, tous les contrats habitation bénéficient, dès lors qu’il y a une garantie incendie, d’une garantie de tous les sinistres liés aux événements climatiques de type catastrophe naturelle ».
N’est-ce pas aussi une façon « élégante » d’expliquer la hausse des contrats d’assurance ?
« Les primes des assurances habitation ont augmenté au 1er janvier 2025. Ce n’est pas le fait des assureurs, mais de l’Etat qui a imposé cette revalorisation. La taxe sur le fonds Catnat (catastrophes naturelles) qui était de 12 % est passée à 20 % pour faire face à la multiplication des sinistres climatiques -inondations, sécheresse, tempêtes-. Elle a évidemment un impact direct sur le montant des cotisations.
Par ailleurs, si votre contrat contient une clause de révision, votre assureur peut augmenter chaque année le montant de votre prime d’assurance. Vous pouvez refuser cette augmentation en procédant à la résiliation de votre contrat pour augmentation de la prime dans les 15 jours suivant la réception de l’avis d’échéance ».
Obligatoire pour les locataires et les propriétaires d’un lot dans une copropriété, elle ne l’est pas pour les autres propriétaires… Etonnant, non ?
« Dans le cade de nombreux travaux et notamment le rapport Langreney, il a été évoqué l’hypothèse de rendre l’assurance habitation obligatoire, ce que les pouvoirs publics n’ont pas retenu à ce jour. La Suisse a décidé, elle, de rendre l’assurance habitation obligatoire sur un socle « incendie – responsabilité civile personnelle – catastrophe naturelle. C’est devenu une obligation légale. Le reste : le dégât des eaux, le vol, le vandalisme… sont des options. Vous les prenez ou pas. Je trouve cela plutôt intelligent dans la mesure où cela permet d’avoir une assiette de primes plus importantes pour mutualiser le risque.
Les gens pas assurés en France, il n’y en a heureusement pas beaucoup. Par contre, des gens mal assurés ou très peu assurés, il y en a… ».
Qu’est-ce qu’une personne mal assurée ?
« Dans le cadre de l’assurance habitation, il y a l’extérieur. La maison est assurée en valeur de reconstruction à l’identique. C’est ce que garantissent toutes les compagnies. Pour l’intérieur, l’assureur va garantir votre mobilier. C’est à dire tout ce que vous mettez dans le camion quand vous déménagez. Ca va des vêtements, jusqu’à ce qu’il y a dans un garage, en passant par les meubles et les objets de déco. Quand un client vient me voir pour assurer un 5 pièces et 20 000 € de contenu, je vais lui expliquer pourquoi ce n’est pas raisonnable de ne pas se livrer à une véritable évaluation des biens ».
Et si les factures justifiant les achats disparaissent dans un incendie ?
« Les choses ont évolué. C’est au client de prouver l’existence du bien qui a été détruit. C’est la base. Pour ce qui me concerne, vous me donnez des photos de votre intérieur, et cela me va très bien. C’est ce que je demande à tous mes clients à la signature des contrats. A partir de là, on arrivera très facilement à chiffrer le contenu après un sinistre ».
Vous vous montrez critique à l’adresse des banques ? Pourquoi ?
« Elles ont imposé une véritable compétitivité non pas sur la notion de garanties qui sont intégrées dans les contrats mais par rapport à la répartition de la prime. Concrètement, elles ont fait des surenchères sur les options. Plus vous allez mettre d’options qui ne servent pas forcément à grand chose, plus vous allez grignoter sur l’essentiel. Je pense qu’il serait grand temps de revenir à des contrats d’assurance habitation qui seraient un peu nettoyés. Est-ce vraiment le rôle de l’assureur de payer le miroir de salle de bains, la vitre de l’insert de cheminée, le salon de jardin emporté par le vent… ? La réponse est non. Une réflexion est ouverte sur la possibilité à de revenir à des contrats majeurs. J’espère qu’elle aboutira ».
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre





