Jean-Patrick Masson : « Dijon change d’échelle »

Présent aux côtés de François Rebsamen depuis le début, le vice-président de Dijon Métropole délégué à la transition écologique, Jean-Patrick Masson, explique que RESPONSE a été retenu par l’Union Européenne grâce à toutes les avancées en matière d’énergie verte opérées depuis 2001 sur le territoire. Interview du « Monsieur environnement » de Dijon…

Vous avez fait beaucoup pour que RESPONSE soit retenu par la commission européenne. Quels arguments principaux avez-vous avancés au moment de la sélection ?

Jean-Patrick Masson : « Premier élément, et c’est certainement le plus important : nous étions matures pour lancer ce type de projet. Il faut avoir un bon background pour pouvoir porter un projet de cette nature et compte tenu de tout que nous avions fait précédemment, nous étions prêts. Ensuite, ce projet concernait un quartier Politique de la Ville et cela a séduit la commission européenne. Nous lions quelque chose de très innovant en termes de technologie avec quelque chose de très engageant avec la population. Nous avions tout un volet concernant les habitants, à travers leurs logements, les enfants, avec les écoles entièrement rénovées – à des standards écologiques très exigeant, en termes de production d’énergie, d’isolation, de qualité de l’air intérieur – et les ambassadeurs, les relais dans le quartier.

Troisième élément, parce que c’est un quartier Politique de la Ville, avec un dossier ANRU, nous avions la capacité dans les 5 ans, de réaliser la rénovation thermique des bâtiments avec nos partenaires que sont Grand Dijon Habitat et Orvitis. Peu de consommation de ces bâtiments et beaucoup de production d’énergie renouvelable, cela aboutit à l’autoconsommation ! »

Et le projet de la Fontaine d’Ouche portait sur de la réhabilitation, l’un des enjeux majeurs pour la transition énergétique…

« C’est l’un des aspects qui a intéressé l’Europe. Jusqu’à notre candidature, c’étaient des projets de construction durable qu’elle finançait. La majorité des bâtiments construits en Europe l’ont été dans les années 60, 70, 80, 90. La duplication de l’expérimentation dijonnaise est ainsi importante. Et nous sommes complémentaires avec le projet de l’autre ville phare, Turku en Finlande, qui est sur un projet de construction neuve tertiaire s’adressant aux étudiants ».

L’un des problèmes rencontrés par ce type de projet est de mettre en adéquation les courbes de disponibilité énergétique et de consommation. Comment avez-vous fait ?

« La grande difficulté résidait en effet dans la gestion des flux d’énergie. Et c’est à cela que sert la plateforme de gestion de données de RESPONSE gérée par la métropole. Elle permet d’avoir une modélisation des usages et la mise en place en face, au bon moment, de la production d’énergie ou l’utilisation de l’énergie stockée. C’est aussi en cela que RESPONSE est très innovant ! »

RESPONSE est un vrai laboratoire puisqu’il comprend une centaine d’innovations. Si vous ne deviez en retenir que deux, quelles seraient elles ?

« Je citerais les panneaux solaires double face avec l’usage de l’albédo. C’est très prometteur car la clé pour ces équipements réside dans la surface. La participation des citoyens, au travers du bouton poussoir quand ils entrent et sortent de chez eux, est aussi intéressante. Car ce n’est pas qu’une solution technologique passive, cela suppose d’apprendre des usages des gens, si bien que c’est un système d’apprentissage. Avec toutes les données collectées individuellement se dessine une courbe permettant de savoir quelle quantité d’énergie est nécessaire sur tel bâtiment à tel moment. C’est un système évidemment anonyme pour que l’on ne soit pas intrusif dans la vie des gens… »

Et cette réalisation a pour objectif d’œuvrer au pouvoir d’achat des habitants, en faisant baisser leurs factures énergétiques…

« Nous avons une baisse de consommation mécanique immédiate avec l’isolation des bâtiments. Dans un deuxième temps, le bouton poussoir que je viens d’évoquer engendre également une diminution des consommations. C’est l’aspect technologique. Mais nous savons aussi à quel prix l’on fabrique l’énergie sur une longue période. Un exemple : les panneaux solaires ont un coût de départ, un coût d’entretien connus. Et nous connaissons leur amortissement pendant 20 ans. Donc les gens vont assister à une baisse de leur facture énergétique au départ et surtout le prix de cette électricité n’augmentera pas.

C’est exactement la même chose qui s’est passée, toute proportion gardée, avec le réseau de chaleur, pour lequel nous sommes à 72% d’énergie renouvelable dont on maîtrise le prix. Seuls les 28% de gaz complémentaires ont subi l’augmentation durant la crise. Nous avons minoré les impacts. C’est ainsi que nous pouvons être moins dépendants des fluctuations mondiales du prix de l’énergie ! Cela un intérêt pour tous… »

Les écoles étant incluses dans ce projet, RESPONSE participe aussi à la sensibilisation des jeunes générations à la lutte contre le réchauffement climatique…

« Exactement… Nous avons évidemment un volet énergétique sur les établissements scolaires mais cela va plus loin. L’explication, la compréhension, la participation des enfants sont essentielle aussi pour les familles, concernées directement en vivant dans les 500 logements de RESPONSE ou indirectement avec leurs enfants. Nous sommes sur des actions qui ont permis, au travers de la rénovation des services publics présents dans le quartier, une sensibilisation générale. Et les ambassadeurs – les habitants qui se sont portés volontaires pour porter le message – y ont aussi participé. Autant les concepts technologiques peuvent être abscons, autant la réalité du quotidien est beaucoup plus facile à expliquer ! »

RESPONSE a vocation à être dupliqué à l’échelle européenne. Si bien que la Fontaine d’Ouche pourrait bien porter son nom, en irriguant le vieux Continent…

« La Fontaine d’Ouche, avec ses multiples innovations, représente un laboratoire écologique et social qui a vocation à être reproduit. Dans le Consortium, il y a dès le départ 6 villes européennes suiveuses : Bruxelles, Saragosse, Botosani (Roumanie), Ptolemaïda (Grèce), Gabrovo (Bulgarie) et Severodonetsk (Ukraine). Et déjà des travaux se font sur la base de ce que nous avons expérimentés ici. Oui la Fontaine d’Ouche est un modèle de ce que l’on peut faire sur un territoire. Et les quartiers Politique de la Ville sont très nombreux en Europe… »

RESPONSE apporte sa pierre à la qualité de l’air. Et Dijon figure en 3e position parmi les 50 villes françaises où celle-ci est la meilleure, derrière Saint-Denis de la Réunion et Bayonne. Vous devez vous réjouir de ce classement ?

« Nous sommes éloignés de la mer, si bien que, pour les villes continentales françaises, nous sommes les premiers. C’est lié au fait qu’à chaque projet nous avons toujours eu la volonté de prendre en considération la qualité de l’air. L’avènement du tramway et notre politique active pour favoriser l’usage du vélo, la piétonnisation… y participent. Nous avons moins d’énergie fossile, moins de polluant et moins d’émission de gaz à effet de serre. Nous sommes déjà en réalité à un niveau de pollution inférieur aux objectifs de 2030. Cela a des effets concrets comme on a pu le voir avec la zone de faible émission (ZFE). Celle-ci doit rester en place pour l’aspect pédagogique mais elle ne pénalise pas les habitants et notamment ceux avec les plus faibles moyens.

La qualité de l’air est essentielle en matière de santé publique mais elle illustre aussi la capacité de la métropole à accueillir des personnes qui sont en situation économique difficile. Ceux qui ont les moyens d’acheter des véhicules électriques, d’isoler leur logement, etc. doivent faire l’effort… et cela est susceptible d’entraîner tout le monde, et notamment ceux en difficulté, pour la transition ! »

Et toute la transformation durable du territoire a débuté avec l’usine d’incinération des déchets, devenue l’Unité de valorisation énergétique (UVE), et la production d’électricité verte…

« C’est là où tout a commencé. Avant notre élection en 2001, je défendais déjà l’idée d’un turbo-alternateur. Nous avons commencé par là et tout était à faire. Ensuite, tout naturellement, avec l’énergie restante, nous avons décidé de faire de la chaleur, d’où le réseau de chaleur en 2010. La deuxième fut juridique avec la prise de compétence en 2009 de l’énergie par la métropole et nous sommes l’une des rares métropoles en France à être AODE (Autorité organisatrice de la distribution d’énergie). Cela nous permet, avec l’usine qui est en régie, d’avoir une marge de manœuvre pour mener une vraie politique énergétique. C’est une construction progressive.

Nous avons fermé le centre d’enfouissement technique en 2017 eu égard à notre politique de traitement des déchets. Et nous avons placé des panneaux photovoltaïques sur 17 ha de ce site. Nous fournissons de l’énergie grâce à l’UVE, grâce au photovoltaïque et nous nous sommes dits que pouvions aussi utiliser ce secteur en stockage pour l’hydrogène. C’est le principe de l’escalier… Ce n’est pas seulement 17 ha d’électricité produite à destination du réseau, c’est aussi la façon de couvrir les consommations futures des bennes à ordures ménagère et d’une partie de la flotte de bus. C’est encore un bel exemple des circuits courts énergétiques.

Nous avons bâti avec François Rebsamen depuis 2001 les prérequis et les outils qui nous ont permis d’être retenus par l’Union européenne pour RESPONSE. C’est la récompense du travail de tous les services de la métropole depuis nombre d’années. Avec cette réalisation, nous changeons d’échelle et nous franchissons une marche supplémentaire. Et j’espère que nous en franchirons encore d’autres ! »

Vous faites partie des rares élus de 2001 encore présents dans l’exécutif de François Rebsamen à la métropole. Si vous deviez comparer la métropole, au niveau environnemental, entre le début des années 2000 et aujourd’hui, que diriez-vous ?

« Nous sommes venus en 2001 pour faire des choses et nous les avons faites. C’est fondamental… Sur bien des sujets, nous avons avancé relativement vite. C’est peut-être notre marque de fabrique : quand on fait quelque chose, on le fait bien et de manière massive, alors que l’on aurait pu se contenter de réaliser de l’expérimentation à petite échelle. C’est pour cela que nous avons franchi des étapes importantes en un quart de siècle. En 2001, nous étions encore dans le XXe siècle pas le plus élaboré et nous sommes entrés de plain-pied dans le XXIe siècle afin de bâtir des solutions pour l’avenir. On est passé d’une « belle endormie » à une collectivité aujourd’hui en pointe et capable de bâtir le futur ! »

Propos recueillis par Xavier Grizot