Le 3 mars, cela fera 100 jours que Nathalie Koenders est devenue la première femme maire de Dijon. Même si à Dijon l’Hebdo, nous n’avons pas pour habitude de sacrifier au rituel napoléonien, nous avons souhaité faire un premier point d’étape avec la première magistrate de la capitale régionale.
Vous avez été élue le 25 novembre dernier maire de Dijon. Que retenez-vous de vos 100 premiers jours comme maire de Dijon ?
Nathalie Koenders : « Au-delà de l’émotion et de la fierté d’accéder au plus beau des mandats, celui de maire, et de représenter les Dijonnaises et les Dijonnais, ces 100 premiers jours ont été très intenses. J’étais déjà très engagée avant et je le suis encore plus en tant que maire. Je retiendrai bien évidemment le vote le 25 novembre mais aussi le fait, dans la foulée, de planter des arbres avec le président de la métropole, François Rebsamen, sur l’axe Monge-Bossuet qui est une belle réussite plébiscitée par l’ensemble des habitants. Ce fut un acte symbolique fort.
Mais nous avons eu aussi le débat d’orientation budgétaire, le lancement des illuminations de Noël. Je pourrais également citer les vœux, l’inauguration de l’Atrium – le nouveau pôle de services publics sur le quartier des Grésilles –, le lancement des travaux de l’éco-gymnase d’Arsenal, l’inauguration de la piste de pumptrack. Je n’oublie pas non plus le vote du budget pour lequel j’ai tenu 9 réunions publiques dans les quartiers. Je suis dans l’action pour les Dijonnaises et les Dijonnais afin de relever les grands défis, notamment ceux de la cohésion sociale et de la transition écologique. Je m’y attelle avec toute mon équipe municipale ».
Vous venez d’inaugurer un équipement inédit achevant la requalification de la Plaine des sports : une piste de pumptrack. Le sport urbain accessible à tous vous tient particulièrement à cœur ?
« La Ville de Dijon a une politique ambitieuse en matière d’activités physiques et sportives. Et ce n’est pas que du sport. Les habitants disposeront de cet équipement inédit sur la Plaine des Sports, aux côtés d’un autre qui est lui aussi inédit à Dijon : le skatepark. Plus de 500 personnes de tous les âges ont participé à cet événement, c’est dire à quel point le succès était au rendez-vous. Cette piste s’étend sur 1 500 m² et s’adresse aux pratiquants débutants comme confirmés de sports urbains. Et la personne qui l’a conçue est la même que celle qui a réalisé la piste BMX des JO, où nous avons eu ce magnifique triplé français.
Nous en avons profité pour aménager quelques terrains de pétanque… Je veux souligner que la Région (20 000 €) et le Département (60 000 €) ont participé à ce bel investissement (350 000 €) pour favoriser la pratique pour tous et notamment la pratique urbaine.
Ceux qui me connaissent savent mon attachement au sport et plus largement à l’activité physique. Je souhaite que, dans notre ville, quels que soient son âge, sa condition physique, sa condition sociale, on puisse pratiquer une activité physique, car c’est bon pour la santé, c’est bon pour la cohésion sociale… Et comme je l’ai dit dans mon allocution, le pumptrack est une belle allégorie de la vie : il y a des creux, des bosses, des montées. Il faut de l’effort mais cela crée aussi du plaisir ! »
Le 25 janvier, vous avez lancé les travaux du futur gymnase Arsenal, botte de paille à l’appui, afin de marquer sa dimension durable. Dorénavant tous les équipements apporteront-ils leur pierre à la préservation de la planète ?
« Lorsque l’on développe un projet aujourd’hui, nous n’avons plus une vision unique mais une vision globale. Nous satisfaisons l’objectif premier, ici créer un équipement sportif, mais nous sommes aussi sur une requalification urbaine en respectant les normes énergétiques, en travaillant sur la désimperméabilisation des sols, en végétalisant, en plantant, quand c’est possible, des arbres. Nous travaillons sur l’éco-conditionnalité tout en œuvrant à l’embellissement de la ville. Nous avons une approche transversale… C’est un changement de paradigme dans l’aménagement urbain. J’ai d’ailleurs souhaité que mon Premier adjoint, Antoine Hoareau, s’occupe à la fois de l’urbanisme et de la transition écologique ».
Vous avez fait voter votre premier budget que vous avez tenu à présenter dans les 9 quartiers dijonnais. Pourriez-vous nous en résumer les grandes lignes ?
« C’est un budget solide et solidaire dans un contexte financier que tout le monde connaît avec une demande de contribution des finances publiques importantes même si, grâce à l’action de François Rebsamen comme ministre de l’Aménagement du Territoire et de la Décentralisation, l’effort demandé à la Ville de Dijon sera moins important que ce qui était initialement prévu dans le Projet de Loi de Finances Barnier. C’est donc un budget de 280 M€ en légère augmentation eu égard à l’inflation et nous avons fait des prévisions prudentes car, au moment où nous l’avons préparé, le Projet de Loi Bayrou n’avait pas été voté. Je préfère être prudente et avoir des bonnes surprises plutôt que l’inverse.
Nous maîtrisons les dépenses de fonctionnement mais nous continuons de soutenir les associations. D’autres collectivités ont fait un autre choix, ce qui n’est pas le cas de la Ville de Dijon. Les dépenses de personnel comme les dépenses générales sont maîtrisées. C’est grâce aussi à tous les investissements que nous avons pu faire tels le raccordement des équipements urbains au réseau de chaleur, OnDijon pour l’éclairage… Les recettes augmentent avec l’inflation mais les taux d’imposition ne bougent pas. Je rappelle que le taux de la taxe foncière sur les propriétés bâties est voté par la Ville multiplié par une base qui a été votée par l’État. Cette base est soumise à l’évolution de l’inflation mais cela ne dépend pas de nous. Dans le même temps, nous continuons à investir (57 M€) parce que nous avons un programme à terminer, des engagements à tenir.
Sans omettre les opérations qui ont été lancées précédemment qui sont financées sur plusieurs années. C’est important car ce sont les entreprises locales qui peuvent répondre à cette commande publique. A la Ville de Dijon, 61% d’entre elles répondent à nos marchés publics et quand on connaît la conjecture actuelle, c’est important pour l’emploi… Nous sommes sur un bon budget car nous avions des finances saines ».
Dijon a obtenu le maillot jaune des métropoles les plus attractives et résilientes de France dans le récent classement Arthur Loyd. Comment allez-vous faire pour que cela perdure, le plus dur n’étant pas d’arriver au sommet mais d’y rester ?
« Dijon n’a eu de cesse ces dernières années de progresser dans ce classement pour, cette fois-ci, décrocher la première place. En regardant de plus près les indicateurs, Dijon sort 1re sur la qualité de vie, 2e sur les mobilités, 5e sur l’enseignement supérieur… Les politiques publiques mises en place depuis plusieurs années portent leur fruit et c’est important. Quand une entreprise décide de s’installer, elle regarde la qualité de vie pour ses salariés, les grands équipements culturels, sportifs, de santé comme le CHU qui rayonne…
Et nous avons une vraie politique d’attractivité à l’internationale, car avoir une belle qualité de vie, c’est bien, mais il faut le dire au-delà de nos frontières. D’où le développement de la marque « Nous sommes Dijon Bourgogne » regroupant les agences Dijon Bourgogne Events, Dijon Bourgogne Invest et Dijon Bourgogne Tourisme & Congrès. Des ambassadeurs la porteront au niveau international et l’attractivité en sortira encore renforcée… »
Des nuages ont tout de même obscurci le ciel de l’emploi dijonnais avec les mauvaises nouvelles concernant Tetra Pak, Jtekt et Inventiva Pharma…
« Nous avons en effet des entreprises en difficultés eu égard à la conjoncture – l’actualité l’a montré –, mais nous avons aussi des entreprises qui souhaitent venir s’installer. Et nous avons des entreprises locales qui veulent se développer. Je ne nie pas les problèmes que peuvent rencontrer des entreprises, mais j’essaye de les résoudre et je ne surfe pas à des fins politiciennes dessus, contrairement à mon opposition qui, parfois, aime bien parler de tout ce qui va mal. Pour la Ville, ses habitants, ce n’est pas une bonne stratégie. Au lieu de crier au loup, faire des posts, il faut tenter de solutionner les problèmes ! »
Le Mois de l’Égalité compte, pour sa 4e édition, un nombre d’actions record…
Cela illustre à quel point, comme vous le répétez dans vos discours, « il ne faut pas baisser les bras face aux discours de haine qui montent, mais au contraire, multiplier les espaces d’expression et de dialogue » ?
« L’égalité femmes-hommes, la lutte contre toute forme de discrimination, contre le racisme, l’antisémitisme… je les ai chevillées au corps. Ce bon Mois de l’Égalité montre à quel point la cohésion sociale est essentielle et Dijon est une ville accueillante, sociale et solidaire. C’est bien de le dire mais c’est encore mieux de le mettre en place avec des actions. Kildine Bataille a fait un superbe travail et je serai à ses côtés pour lancer ce Mois de l’Egalité ».
A l’instar de Simone Veil ou Gisèle Halimi, vous aimez citer Simone de Beauvoir. Entrée très jeune dans un mouvement socialiste, la prix Nobel de littérature aimait dire : « On n’existe pas sans faire ! »
Pouvez-vous nous dire ce que vous allez faire dans les 365 jours qui arrivent, menant aux élections municipales ?
« Nous allons terminer les projets que nous avons votés : la Maison des Associations, le Jardin du Port du Canal, l’accessibilité de la salle de la Flore car je souhaite rendre vraiment accessible à toutes et tous la Maison commune. Je continuerai aussi d’œuvrer à la tranquillité publique. A ce sujet, d’ailleurs, après les difficultés de recrutement qui, au demeurant, concernent toutes les collectivités, nous allons atteindre le 100e policier municipal. Je n’oublie pas non plus l’engagement qui me tient à cœur pour les familles monoparentales… Je serai maire à 100% sur la fin de ce mandat. Je pars du principe qu’être maire n’est pas un aboutissement. C’est un début. A moi de continuer de transformer la ville et de faire bouger les choses ! »
Propos recueillis par Xavier Grizot
Photos : Margot Dupuis





