2001 : Le discours… et la méthode

François Rebsamen n’a pas le fétichisme des dates. Pourtant celle du 18 mars 2001 restera pourtant gravée dans sa mémoire. Car il est des images qui, par leur force symbolique, font Histoire. Des moments exaltants qui marquent les esprits.

Certes, la capitale des Ducs de Bourgogne en avait vu d’autres, mais tout de même, ce dernier dimanche d’hiver 2001 restera une journée particulière. Ce soir-là, François Rebsamen et l’ensemble de sa liste prenaient un généreux bain de foule place de la… Libération. L’envie de tourner la page avait été plus forte : Dijon s’offrait un bol d’air au nez et à la barbe d’une droite médusée.

Le candidat socialiste venait de remporter le second tour des élections municipales face au RPR Jean-François Bazin, dauphin du maire sortant.  La liste Rebsamen recueillait 52,14% des suffrages contre 47,86 % pour la liste Bazin.

Longtemps, les états-majors parisiens de la droite avaient tenu Dijon pour une cité imprenable et ses socialistes pour quantité négligeable. Pourtant, après 30 années de mandats consécutifs de l’ancien ministre RPR Robert Poujade, François Rebsamen remportait une bataille qu’il cogitait depuis longtemps. Depuis 1989 pour être précis. Une victoire qui démontrait qu’il ne serait jamais l’éternel Sisyphe de la politique locale. Tête de liste socialiste lors des municipales de 1995, François Rebsamen avait d’ailleurs obligé le maire RPR sortant Robert Poujade à un second tour auquel il n’était pas habitué.

Pour conquérir ce fauteuil très convoité, le leader socialiste a fait montre de ses talents de tacticien éprouvés par sa proximité avec Pierre Joxe, ancien ministre de l’Intérieur, et par un premier succès électoral, en 1998, obtenu sur le canton Dijon V jusqu’alors tenu par la droite.

En finir avec la réputation de belle endormie

Le pari semblait complètement fou, mais sous la sédimentation de deux échecs successifs aux élections municipales de Dijon (1989 et 1995), avec un discours très terre à terre, au plus près de la vie des gens, au plus loin des tribunes et autres envolées d'hémicycle, François Rebsamen explique comment il compte en finir avec la réputation de « belle endormie » qui a si longtemps collé à la ville. Et les Dijonnais se plaisent à découvrir un homme sympathique qui prend au sérieux ses propres promesses et qui fourmille de projets pour sa ville. 

Avec une sorte de culot tranquille, il tombe facilement la veste pour la porter négligemment sur l’épaule. Car François Rebsamen a une grande qualité : la convivialité. Ses interlocuteurs découvrent un homme calme, attentif et souriant, qui empoigne avec simplicité tous les événements, même les plus désagréables ou complexes.

Sa liste, il l’a construite à partir d’un noyau fidèle aux équilibres de la gauche plurielle. Avec une belle autorité, il étouffe les velléités sous l’onction de l’unité, il s’évertue à dépasser les clivages ordinaires et à enjamber les antagonismes, ménage tous ses alliés, les carpes comme les lapins, sans pour autant se claquemurer dans une pensée molle et bénisseuse. Sa philosophie pour la gauche de son cœur tient en une phrase : l’union fait la force.

Au soir du premier tour, son visage tranquille et décontracté jure avec le masque torturé de son adversaire qui sent déjà que la partie est jouée. Une semaine plus tard, François Rebsamen gagnait la bataille des idées et des mots simples. Celles et ceux dont les Dijonnais avaient besoin.

Jean-Louis Pierre