Hamid El Hassouni : « J’en appelle à des états généraux »

« En matière de logement, le gouvernement doit revoir sa copie. Les mesures ne sont pas suffisantes »… Voilà l’avertissement que lance Hamid El Hassouni, président de Grand Dijon Habitat, particulièrement inquiet devant le blocage du marché locatif social qui subit une baisse importante du taux de mobilité.

La crise du logement constitue-t-elle un nouveau dossier explosif pour le gouvernement ?

« 70 ans après l’appel de l’abbé Pierre, le gouvernement n’est pas au rendez-vous de l’histoire. On peut dire que l’heure est grave même si cette situation n’est pas apparue brutalement, du jour au lendemain. J’avais été en quelque sorte un lanceur d’alerte dans la mesure où il y a déjà quelques années, je n’avais pas manqué de dénoncer le déraillement du modèle du logement social en France, déstabilisé par un certain nombre de mesures notamment en direction des bailleurs sociaux ».

Comment en est-on arrivé là ?

« Les organismes de logements à loyer modéré sont confrontés depuis 5 à 6 années à toute une série de crises simultanées : énergétique, foncière, fiscale et financière notamment en lien avec l’explosion des coûts de construction. Confrontés également à l’absence d’une véritable ligne de conduite surtout quand on voit trois ministres occuper le poste en deux ans. Il est difficile dans ces conditions de rassurer les représentants des associations de locataires. Et il est important également de mesurer l’impact sur ce que j’appelle l’écosystème économique forcément inquiet devant le ralentissement des investissements de l’ensemble des organismes HLM et la baisse des carnets de commande qui en découle. Nombreux sont les artisans qui n’arrivent plus à se projeter.

L’emploi est également impacté. Si je voulais noircir un peu plus le tableau, j’évoquerais le danger social. 10 % des heures travaillées dans les entreprises qui interviennent pour Grand Dijon Habitat sont réservées à des personnes en insertion. Potentiellement, cela peut entraîner la perte de qualification pour des femmes et des hommes inscrits dans un parcours d’insertion, et de mettre en danger une population déjà en difficulté. On voit que, cette fois, la crise est profonde. Et, franchement, elle m’inquiète. C’est toute une chaîne qui est en train de rompre, d’un bout à l’autre ».

Quelles seraient les mesures fortes et immédiates pour empêcher cette bombe sociale d’exploser ?

Il faudrait d’abord abroger la RLS -la réduction de loyer de solidarité- qui permettrait aux bailleurs de dégager une marge de manœuvre. La RLS fait supporter aux bailleurs sociaux la baisse des APL décidée par le gouvernement en 2017. Depuis maintenant plus de 6 ans, Grand Dijon Habitat perd en moyenne 3 millions d’euros de recettes.

Autre proposition : revenir à une TVA à 5,5 au lieu de 10 pour tous types de travaux si on veut véritablement relancer l’investissement, et rétablir le prêt à taux 0 dans sa conception initiale pour relancer l’accession sociale à la propriété.

J’appelle de tous mes vœux, à l’échelle nationale, des états généraux du logement pour provoquer un électrochoc. Il faut bien prendre conscience du risque économique, de l’enjeu social, de l’enjeu écologique. Franchement, j’aimerais bien que nos parlementaires se saisissent rapidement de ce dossier pour faire prendre conscience au gouvernement qu’il faut véritablement mettre le paquet pour être au rendez-vous. Le logement, c’est un investissement d’avenir. J’imagine que cela coûtera beaucoup d’argent mais, dès lors, pourquoi ne pas appliquer, devant l’urgence, le principe du « quoi qu’il en coûte » ?

En France, le temps d’attente pour accéder à une habitation à loyer modéré ne cesse de s’allonger. Grand Dijon Habitat est-il touché par cette situation ?

« La demande de logement social est en hausse sur la métropole dijonnaise et nous avons du mal à la satisfaire. Nous avons près de 12 000 demandes de logements à loyer modéré -c’est un record- pour seulement 2 400 attributions.

Le parcours résidentiel est grippé par le coup de frein sur l’accession à la propriété. Du coup, les locataires restent dans leur logement. Le taux de rotation diminue. Nous sommes à 8 %, ce qui est faible au regard des années antérieures où nous étions aux alentours de 10 à 11 %. Nous réfléchissons à la meilleure manière de fluidifier les parcours résidentiels. Par exemple, pourrait-on déroger à la loi Elan, en autorisant une colocation autre que familiale ? Nous réfléchissons également au développement de la cohabitation inter-générationnelle solidaire pour les jeunes de moins de 30 ans. Vous voyez, on essaie d’innover en mettant en œuvre de nouveaux dispositifs pour traverser cette période de troubles ».

Difficile donc de voir l’avenir sereinement ?

« Cela ne nous empêche évidemment pas de réfléchir à des solutions curatives pour les deux prochaines années. On a soumis au président de la métropole, dans le cadre de la convention territoriale pour la transition écologique et la production de logements sociaux, différentes propositions. En 2024-2025, Grand Dijon Habitat devrait pouvoir livrer 140 logements par an. Au-delà, notre visibilité est des plus réduites. Nous sommes confrontés à un phénomène qui n’est pas spécifique à Dijon : c’est la raréfaction foncière. On a eu la chance d’exploiter les anciennes casernes militaires qui ont vu naître de beaux projets. Mais c’était hier…

Nous faisons en sorte de coller aux objectifs fixés par notre collectivité de rattachement. Il est important d’évoquer la rénovation du parc existant. Un chiffre pour illustrer une démarche où nous sommes particulièrement exemplaires : 2 250 logements de notre parc ont déjà été éco-réhabilités. A l’horizon 2027, ce sont près de 4 000 logements qui auront été réhabilités. Cela représente quand même 40 % de notre patrimoine.

La classification par étiquette énergétique E-F-G représentait, en 2021, 17 % du parc de Grand Dijon Habitat. Contre 25 % en moyenne nationale. A l’horizon 2026, notre objectif est de supprimer les étiquettes G. Et de limiter les deux autres à 10 % du parc ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre