Tirer des plans sur la comète… représente toujours un exercice délicat, surtout lorsque le verdict final de l’élection présidentielle n’est pas encore tombé. Certes la victoire d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen au soir du 24 avril modifiera la donne mais le 1er tour fut tout de même riche d’enseignements en vue des législatives des 12 et 19 juin prochains.
Si l’on reporte stricto sensu le résultat du 1er tour, des triangulaires pourraient avoir lieu sur la 2e et la 3e circonscription entre les candidats d’Emmanuel Macron, de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon (rappelons qu’il faut que les candidats dépassent 12,5 % des inscrits pour accéder au 2e tour des législatives). La première, où le président-candidat a réalisé son meilleur score (33,48%), augurant d’un duel entre La République En Marche et la France Insoumise… Les deux autres circonscriptions du département devant aussi faire la part belle à un duel mais entre LREM et le RN.
Avec une typologie différente, puisqu’autant sur la 4e circonscription, particulièrement rurale, c’est le Rassemblement national qui pointe à la première place (avec 30,17% contre 24,60% pour LREM), autant sur la 5e circonscription LREM est sortie en tête, les 34,34% d’Emmanuel Macron à Beaune y étant pour beaucoup. Une ville pilotée depuis 1995 par le maire LR Alain Suguenot, où la gifle reçue par Valérie Pécresse (6,21%) fut d’autant plus douloureuse… à des années-lumière de la première place qu’avait obtenue, dans la capitale des vins de Bourgogne, François Fillon en 2017.
De là à dire que, sur la 5e, le député sortant LREM, Didier Paris, a un boulevard devant lui pour retrouver le palais Bourbon… Surtout quand l’on sait que la droite s’annonce divisée avec la candidature de la conseillère départementale, proche d’Alain Suguenot, Charlotte Fougère, et celle de Hervé Moreau, qui a publié ses quatre « Vérités d’un Capitaine de Gendarmerie… » (un joli succès en librairie). Le conseiller régional RN René Lioret s’annonce, en tout cas, comme le principal opposant au député sortant…
Sur la 4e circonscription, la seule à avoir donc accordé ses faveurs à Marine Le Pen, Myriam Péronne, commerçante à Montbard, pourrait faire fructifier ce résultat, sachant que la députée sortante LREM/Modem, Yolaine de Courson, trouve sur sa route une concurrente dans la planète macroniste où, décidément, comme le « et de droite et de gauche » est de mise, la situation peut parfois s’avérer compliquée : la maire de Montbard, Laurence Porte, engagée sous les couleurs du parti d’Édouard Philippe, Horizons. Un autre premier magistrat (de taille aussi), mais cette fois sous l’étendard LR, s’élancera : le maire de Châtillon-sur-Seine, Hubert Brigand, qui, c’est certain, pèse bien plus que les faméliques 5,16% de Valérie Pécresse.
Qu’en sera-t-il dans les circonscriptions plus proches de nous : le président de la fédération LR en Côte-d’Or, François-Xavier Dugourd, est à nouveau en course sur la 1re circonscription, et, même si Emmanuel Macron y a obtenu pratiquement 6 fois plus de voix que Valérie Pécresse, le vice-président du conseil départemental pourrait, à nouveau, être l’adversaire principal du député sortant LREM Didier Paris. Dans un remake de 2017 ! A moins que la France Insoumise capitalise réellement sur ses 21,39% et montre que la 4e place en 2017 d’Arnaud Guvenatam (10,69%) appartient réellement à un Ancien monde révolu…
Que fera Rémi Delatte ?
Sur la 2e circonscription, la seule en Côte-d’Or, rappelons-le, à avoir résisté il y a 5 ans à la vague macroniste, d’aucuns attendent de connaître la décision du député sortant LR Rémi Delatte. Y retournera-t-il, telle est la grande interrogation sur cette circonscription où Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon (dans cet ordre) sont tous trois sortis au-dessus de 20 %. Et où, à l’extrême droite, les regards sont braqués sur Franck Gaillard, le référent régional d’Éric Zemmour, qui bénéficie d’une notoriété supérieure à la candidate d’ores et déjà investie par le RN, Mélanie Fortier. L’adjoint Modem dijonnais, François Deseille, qui s’était incliné de 1 335 voix au 2e tour des précédentes législatives (alors qu’il était sorti en tête au 1er tour, avec 2 382 voix d’avance sur Rémi Delatte), entend faire oublier sa précédente défaite. Mais des questions peuvent se poser sur ce secteur où le suppléant de Rémi Delatte n’est autre que Ludovic Rochette, le président de l’association des maires de la Côte-d’Or, qui a rejoint la planète macroniste. Ou encore quel sera le rôle de l’adjoint de Saint-Apollinaire, Adrien Huguet, dont le nom circule avec insistance ?
Sur la 3e circonscription, certes Emmanuel Macron a conservé la tête (27,42%) mais Marine Le Pen, qui a pu s’appuyer sur la plaine de la Saône, n’est qu’à 3 points et Jean-Luc Mélenchon à 4. Le leader de la France insoumise ayant, quant à lui, bénéficié du vote de la 2e ville de la métropole, Chenôve (où il flirte avec les 40%). Valérie Pécresse n’ayant récolté que 4,05%, on voit mal une autre Valérie, Grandet de son nom (investie par Les Républicains), venir jouer les trouble-fêtes. Aussi la députée LREM sortante, Fadila Khattabi, qui n’est autre que la présidente de la commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale, devra, si elle souhaite retrouver son siège, se défaire à nouveau du RN et, qui sait, aussi de la France insoumise, si la triangulaire apparue dans les urnes se confirme. Et là, ce ne serait pas la même situation qu’en 2017, où elle avait largement battu au 2e tour Jean-François Bathelier (FN), à hauteur de 65,31%. Quid également du 1er vice-président de Dijon métropole, Pierre Pribetich, dont il est, au nom des socialistes, largement question dans ce secteur.
Car, dans ces supputations au lendemain du 1er tour de la présidentielle, une question majeure se pose : quel sera le rôle de François Rebsamen dans ces légistatives ? Le nouveau parti qu’il a créé, Fédération progressiste, obtiendra-t-il des circonscriptions auprès d’Emmanuel Macron. Et, si oui, peut-on s’attendre à ce que l’une d’entre elles concerne Dijon ? Et, si tel est le cas, qui portera ses couleurs ? Pour cela aussi, il faudra attendre pour connaître la réponse…
Camille Gablo





