A 13 jours du premier tour, Emmanuel Macron accélère à la Fontaine d’Ouche

Emmanuel Macron a choisi Dijon, la ville de son dernier ralliement de poids, le socialiste François Rebsamen, pour accélérer sa campagne… C’est dans le quartier politique de la Ville, à la Fontaine d’Ouche, qu'à 13 jours du premier tour, il a revêtu véritablement le costume de candidat-président. Enfin la chemise et la cravate noire !

Les superstitieux – si si, ils sont encore nombreux et notamment dans la sphère politique – n’auront pas manqué de noter que c’est 13 jours avant le premier tour de la Présidentielle qu’Emmanuel Macron était à Dijon. Ah le chiffre 13, tant craint par d’aucuns et tant loué par d’autres, qui, selon les grands spécialistes de numérologie, symboliserait, en résumé, la fin de quelque chose et le commencement d’autre chose. Autrement dit, un tournant majeur… Et c’est, en substance, ce qu’Emmanuel Macron a opéré à Dijon : il est passé de président-candidat à candidat-président et l’histoire (politique) retiendra que c’est dans la ville de François Rebsamen qu’il s’est véritablement jeté dans la bataille de 2022.

Lors du conseil des Ministres du mercredi précédent, l’hôte de l’Élysée, en constatant que l’écart se réduisait dans les sacro-saints sondages avec sa poursuivante Marine Le Pen, aurait tapé du poing sur la table en déclarant : « Il faut mouiller la chemise, rien n’est joué ! » Voyant aussi que la question du pouvoir d’achat (prix de l’essence oblige, entre autres !) surpassait, dans les enquêtes d’opinion, les inquiétudes quant à l’Ukraine – le pouvoir d’achat pour lequel la candidate RN veut apparaître comme « la petite mère du peuple » –, Emmanuel Macron a décidé de renouer avec la campagne de terrain. Et pas n’importe où : dans un quartier Politique de la Ville, à la Fontaine d’Ouche, où ce lundi 28 mars, il aura passé plus de 8 heures à échanger, expliquer, débattre… A donner de son temps, voire à le perdre même en confrontant ses idées avec certains qui étaient d’ores et déjà certains de choisir une autre voie.

Comme l’a précisé son soutien de la première heure – « un ami qui m’accompagne depuis 6 ans » –, le sénateur François Patriat, qui fut le premier à l’accueillir au lycée des Marcs d’Or où il a, notamment, déjeuné avec des élèves : « Emmanuel Macron est comme cela, il a, ancré en lui, la volonté permanente de convaincre ! » D’où le paradoxe : c’est donc en prenant du retard permanent sur son programme qu’il a accéléré sa campagne, durant cette journée dijonnaise. En chemise et cravate noire, il s’est jeté dans l’arène, n’hésitant pas à planter des banderilles.

A bon entendeur !

Questionné sur les « Macron assassin », qu’Éric Zemmour n’avait pas fait taire lors de son meeting du Trocadéro en prétendant qu’il ne les avait pas entendus, il s’est transformé en matador : « Les prothèses auditives, dentaires et les lunettes sont remboursées par la Sécurité sociale. 10 millions de Français ont eu accès à cela. C’est un bilan social sont je suis fier et j’invite le candidat malentendant à pouvoir s’équiper à moindre coût ». A bon entendeur !

Sur les thèmes de la jeunesse, de la formation professionnelle, de la politique de la Ville – et bien sûr du pouvoir d’achat – dans un quartier qui en est à sa seconde opération de renouvellement urbain, avec le projet Response, exemplaire à l’échelle européenne en matière d’énergie positive, Emmanuel Macron est entré de plain-pied dans la campagne, en appuyant sur… sa jambe gauche. Comme se devait de l’illustrer pleinement ce choix de la ville du socialiste François Rebsamen, son dernier ralliement de poids : « Il faut deux jambes pour marcher et la jambe gauche est très importante. La social-démocratie doit être présente aux côtés du candidat Emmanuel Macron ! » a glissé l’ancien numéro 2 du PS et ministre de François Hollande, qui reformait ainsi le duo des deux François (avec l’ancien président de la région Bourgogne et ministre de Lionel Jospin, François Patriat). Un duo que l’on n’avait pas revu depuis 6 ans… comme beaucoup se sont plu à le faire remarquer. Comme quoi, l’histoire était aussi… en marche !

A la Maison Phare de la Fontaine d’Ouche ou encore sur la place centrale où, sous les perches et les objectifs des 80 journalistes qui avaient fait le déplacement, le bain de foule ne fut pas une expression vide de sens, Emmanuel Macron a fait des appels du pied à son potentiel électorat de gauche. Ses déambulations se sont achevées dans l’école Cuisine Mode d’emploi(s), l’établissement de la 2e chance du chef doublement étoilé Thierry Marx. Et c’est ce qu’était venu chercher Emmanuel Macron à Dijon : une 2e chance les 10 et 24 avril, 5 ans après s’être imposé comme un météore sous une bonne étoile !

Camille Gablo