François Hollande à l’affût

« Mourir peut attendre » est le titre du dernier James Bond. Et la nouvelle devise de François Hollande ! L'ancien Président fait actuellement la tournée des popotes pour présenter son dernier ouvrage.

« Affronter », un pavé de 400 pages dans lequel il déverse sa bile sur Emmanuel Macron en particulier, la gauche en général. Un livre-programme également, et une ode au socialisme.

A six mois de l'échéance présidentielle, la démarche est tout sauf anodine. Encore plus quand on connaît François Hollande. La politique chevillée au corps. Deux pages dans « Le Parisien », des interviews en veux-tu en voilà aux radios et aux télés, des articles dans tous les hebdos. On dirait un lancement de campagne. La plupart des candidats, déclarés ou non, ne bénéficient pas d'une telle attention de la part des médias.

Il faut dire que l'homme est jovial et sympathique. François Hollande adore parler aux journalistes. C'est ce qu'on appelle dans le jargon, un « bon client ». L'ancien Chef de l'Etat ne résiste pas au bon mot, à la petite phrase qui fait mouche. Il les distille à la sulfateuse avec son air de pince-sans-rire. Sa faconde et son humour font merveille dans les matinales ou au 20h.

Pourtant, sa proximité avec les journalistes lui a plusieurs fois joué des tours. Ses propos lui sont parfois revenus en pleine figure. Comme un boomerang. « Un Président ne devrait pas dire ça » a ainsi constitué l'acmé d'un quinquennat chaotique.

Publiées en octobre 2016, ses confidences, racontées sans filtres, aux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, ont ainsi définitivement enterré ses chances de postuler à nouveau mandat élyséen. Sur le coup, François Hollande avait poussé le bouchon un peu loin. Un journaliste n'est pas un thérapeute. Et quand on veut faire une psychanalyse, mieux vaut consulter un spécialiste qu'un grand reporter.

Qu'importe. François Hollande a 67 ans. Dont plus de 40 ans passés à patauger dans le marigot de la politique. La retraite à 60 ans, c'est un slogan de campagne. Pas une obsolescence programmée en politique. On ne se refait pas.

L'approche de l'échéance présidentielle a réveillé son esprit de compétition. L'adrénaline. La tension du combat politique. L'odeur de souffre. La violence des confrontations. Il est comme un poisson dans l'eau dans cette ambiance. Ce milieu tellement particulier dont il connaît tous les recoins et tous les codes.

Ses détracteurs disent de lui qu'il est has-been ? D'autres tancent un dinosaure ? Un politicien qui a échoué ? Il n'en a cure. Les critiques glissent sur lui. François Hollande a montré une capacité de résilience hors du commun. On l'a enterré tellement de fois. N'est-il pas celui qu'on appelait « monsieur 3% » au début de la primaire socialiste de 2011 qu'il a finalement remportée au nez et à la barbe de Ségolène Royal, Martine Aubry et Arnaud Montebourg ? N'est-il pas la « première dame » dont tout le monde se gaussait quand Ségolène Royal fut désignée candidate du PS à la présidentielle de 2007 ?

A chaque fois qu'on l'a cru définitivement KO, saoulé de coups, meurtri dans sa chair, François Hollande s'est relevé. A chaque fois qu'on l'a enfermé à la cave en lui interdisant la salle de réception, c'est bien lui qui a ouvert le bal avec la plus belle fille de la soirée. Ce n'est pas pour rien qu'on le surnomme Culbuto. Ce personnage tout en rondeur qu'il est impossible de faire tomber.

A six mois d'une élection présidentielle indécise, François Hollande a vu une possibilité. Pas une voie royale. Juste un trou de souris. Etroit. Mais jouable. Alors, il n'a qu'une envie. S'y engouffrer. Sa stratégie est simple. Démonter celui qui a lui a succédé sous les ors de l'Elysée et s'imposer comme le seul recours possible à gauche pour éviter la catastrophe.

Alors, dans son livre, il tire à boulets rouges sur Emmanuel Macron. Ce fils spirituel qu'il a choyé et protégé et qui l'a trahi. Cet oedipe qui s'est mal terminé. Rien ne trouve grâce du quinquennat actuel aux yeux de François Hollande. Même si l'ancien patron du PS n'est plus guère lucide, aveuglé par la haine tenace qui l'oppose désormais à son ancien ministre.

François Hollande s'en prend également à la gauche, dont « toutes les candidatures sont lilliputiennes », en épargnant Anne Hidalgo. Bien sûr qu'il la « soutient. Bien sûr qu'il s'oppose à un ralliement du PS derrière les écologistes. François Hollande ne veut pas faire gagner la gauche. Encore moins des écolos qu'il déteste. Il veut gagner, lui. Il veut sa revanche. Une deuxième chance.

Il voit bien que la candidature de la maire de Paris est dans une impasse. Et sait mieux que quiconque que le PS n'hésitera pas à débrancher Anne Hidalgo si elle continue de stagner autour des 5% dans les sondages.

Dans ce contexte, François Hollande veut apparaître comme un vieux sage. Au-dessus de la mêlée. Un recours. Celui vers qui on se tournera immanquablement quand il faudra sauver les meubles. François Hollande veut croire qu'à l'instar de James Bond, il renait toujours de ses cendres. Même quand la situation est désespérée. Mourir peut bien attendre un dernier quinquennat.

Mais ça ne marche pas à tous les coups. A la fin du dernier opus des aventures de James Bond, actuellement sur les écrans, l'agent 007 trépasse…

Bernard Beaucor