Eric Corret : « Notre vocation est de faire tourner l’économie »

Les experts-comptables sont mobilisés au quotidien sur le front de l’économie. D’aucuns ont pu s’apercevoir de leur rôle essentiel durant la crise sanitaire. Et l’Ordre régional des experts-comptables est aussi sur tous les fronts pour la profession. Après une prestation de serment aux Hospices de Beaune, il prépare son congrès régional à Micropolis à Besançon le 4 novembre prochain… L’occasion de faire le point (éclairant) avec le président Eric Corret, à la tête, rappelons-le, du cabinet dijonnais ACC.

Dijon l’Hebdo : L’expertise comptable représente un secteur d’emploi porteur… N’est-ce pas ce que l’on peut retenir en substance de la prestation de serment que vous avez organisée à Beaune récemment ?

Eric Corret : « Nous avons accueilli 18 nouveaux experts-comptables, ce qui est bien, parce que cela démontre l’attractivité du métier. Pour mémoire, nous sommes 600 experts-comptables sur la Bourgogne Franche-Comté – un nombre auquel il faut ajouter les 6 000 collaborateurs œuvrant à nos côtés. Aussi, avec environ une vingtaine de nouveaux par an, le taux de renouvellement est assez bon. Sachant que ce ne sont pas les experts-comptables diplômés mais ceux qui s’inscrivent à l’Ordre pour exercer… les autres restant salariés de cabinet, sans être signataires. Cette promotion affiche une belle variété territoriale, une belle variété de types de mode d’exercice mais aussi une belle variété au niveau des sujets de mémoire. Je rappelle que ce gros travail, comparé souvent à une thèse, se doit d’améliorer les pratiques professionnelles. Et ces mémoires vont de l’associatif à l’agricole, en passant par le public, les professions libérales, les start-up… Ces sujets sont finalement assez représentatifs de ce que l’on est capable de faire ainsi que des métiers ou des activités dans lesquelles nous intervenons. S’il fallait illustrer l’attractivité de notre profession, la diversité de ces mémoires en est une belle preuve puisqu’elle montre qu’il y en a pour tous les goûts ».

DLH : Cette prestation de serment représente l’aboutissement d’un long cursus : bac +5 suivi de 3 années de stage d'exercice professionnel avant de pouvoir passer le diplôme d'expertise comptable. Et c’est un moment des plus solennels…
E. C : « La prestation de serment représente en effet toujours un engagement fort parce qu’elle est synonyme d’entrée dans la profession. Ce serment prévu réglementairement est le suivant : « Je jure d’exercer ma profession avec conscience et probité, de respecter et de faire respecter les lois dans mes travaux ». Nous cherchons toujours un lieu un peu solennel, comme cela vient d’être le cas avec le Bastion des Hospices de Beaune. Le moment plus convivial qui a suivi dans la cour des Hospices permet une rencontre entre la profession, les experts-comptables employeurs, qui les ont accompagnés durant les stages, et les familles. C’est un moment important pour la profession qui se renouvelle ainsi que pour les jeunes, car c’est à la fois un aboutissement et le début d’une belle aventure… »

DLH : Certains ont vu dans le choix des Hospices de Beaune un clin d’œil au rôle de « médecin des entreprises » que vous avez tenu durant la crise du Covid…

E. C : « Et ce n’est pas terminé. Nous avions dit à l’époque que nous tenions ce rôle d’urgentiste, de soutien psychologique… Nous sommes maintenant dans un rôle d’accompagnement habituel mais également de vigie afin d’être capables de prévoir ce qui peut se passer. Comment nos clients vont-ils pouvoir honorer leurs engagements, car nous avons des PGE qui arrivent à échéance, des dettes de l’Urssaf à étaler… avec des activités qui se remettent en place, des plans d’investissement éventuels. Il nous faut pouvoir détecter au plus tôt les problèmes. Je rappelle aussi que nous nous sommes engagés dans toutes les démarches collectives qui ont été mises en place par le gouvernement, relayées par les préfets. Nous sommes systématiquement dans les comités de relance. Nous avons même rajouté une plateforme en ligne pour ceux qui n’ont pas d’expert-comptable. Ceux-ci peuvent être assistés par des professionnels volontaires et bénévoles. L’objectif étant que personne ne passe à travers les mailles du filet et ne se retrouve dans des difficultés qui auraient pu être réduites, voire évitées… Nous tenons pleinement notre rôle même si le constat, aujourd’hui, montre que les entreprises en difficulté ne sont pas forcément d’actualité. C’est heureux et cela démontre l’efficacité des dispositifs publics qui ont été mis en place. De quoi l’avenir sera fait lorsque tous ces dispositifs seront débranchés ? Nous pouvons commencer à avoir quelques préoccupations… »

DLH : En cette période où la relance est sur toutes les bouches, quelles sont les principales difficultés que rencontrent actuellement les entreprises ?

E. C : « Nous sommes dans l’action concernant les problématiques de rupture, de délai d’approvisionnement, d’évolution tarifaire. Il faut que tous anticipent, répercutent un minimum… La vigilance doit être extrême sur la réalisation des devis. Il faut des durées très courtes de validité des devis, des clauses d’indexation des matières premières de façon indispensable. Lorsque l’on a 20% de marge et que l’on prend 20% d’augmentation tarifaire, ce n’est pas possible. Nous préconisons à nos clients d’aller aux renégociations de façon systématique. Même s’ils ont beaucoup de travail eu égard à cette situation, ils pourraient se retrouver en difficulté. Pour ceux qui n’ont pas travaillé durant des mois, qui retrouvent une activité, la frustration est totale. La question du bon dimensionnement de l’entreprise doit alors se poser ».

DLH : L’Ordre régional s’est aussi illustré durant la crise sanitaire en organisant une belle opération de solidarité vis-à-vis des étudiants en situation de précarité. Avez-vous prévu de renouveler cette opération ?

E. C : « Nous sommes toujours en lien avec nos équipes, nos clients, donc nous sommes à l’écoute de notre environnement. A partir du moment où on écoute, on entend. Et après on agit… Nous réfléchissons en effet à une nouvelle opération d’ici la fin de l’année. Nous sommes intervenus auprès des étudiants parce que leurs besoins étaient criants. Comme beaucoup de choses se sont mises en place et qu’il n’est pas nécessaire d’empiler les actions pour être efficaces, nous sommes en pleine réflexion. Nous avons un partenariat avec le Secours populaire pour voir comment nous pourrions intervenir. La mobilisation de la profession a été forte et elle est demandeuse d’actions avec du sens. Les jeunes, pour lesquels nous nous sommes mobilisés, représentent l’avenir, les entreprises de demain, les territoires de demain ! Et il a été demandé beaucoup de choses aux jeunes ces derniers temps… A mes yeux, c’est notre priorité ! »

DLH : Vous tenez à placer votre prochain congrès régional sous le signe du travail mais aussi de la convivialité et du rire. N’est-ce pas une façon de faire table rase du stress que votre profession a subi lors de la crise sanitaire ?

E. C : « Si l’on peut passer un moment où l’on apprend des choses tout en ayant le sourire, ce n’est pas plus mal. Il y aura un moment de convivialité avec un chanteur qui a été sélectionné par un comité d’experts-comptables. Ce congrès doit être un moment sympathique pour notre profession et pour les équipes aussi. Avec 400 ou 500 participants, nous affichons tout de même le plus fort taux de mobilisation en France depuis toujours ».

DLH : Durant ce congrès, vous avez programmé une conférence sur la cybersécurité. Cela montre-t-il l’impérieuse nécessité de se protéger actuellement dans ce domaine ?

E. C : « Notre enjeu majeur est la transition numérique au sens large. Et celle-ci comprend des risques associés dont le cyber. C’est un risque immédiat qui concerne toutes les entreprises, quelle que soit leur taille – et même les particuliers sont concernés. Nous avons des attaques très fréquentes sur nos entreprises locales et nous venons encore d’en avoir plusieurs la semaine dernière. Ce n’est pas qu’une légende… Aussi devons-nous sensibiliser sur cette question capitale. Un réflexe de base est nécessaire. A partir du moment où on a une demande de paiement, un RIB qui arrive par mail, on confirme par téléphone et on ne confirme pas avec le numéro de téléphone qui est dans le mail. Il faut savoir que, malheureusement aujourd’hui, on ne peut avoir aucune confiance dans ce qui arrive par mail à partir du moment où il s’agit de générer un paiement. En parallèle au détournement, nous devons également faire face au risque d’attaque, de rançonnage. C’est une question de technique mais pas que. C’est une question de process, de sensibilisation, de prudence… Il est nécessaire que nous soyons au fait de tout cela. C’est catastrophique pour les entreprises qui peuvent être stoppées complètement. En outre, il y a l’enjeu de la confidentialité, du secret des affaires. Les clients, les payes des salariés, des brevets… toutes les informations stratégiques peuvent être volées. Au-delà de se faire bloquer, on peut se faire entièrement dépouiller ».

DLH : Votre président national, Lionel Canesi, milite fortement pour que « la voix des professionnels du chiffre soit plus forte et plus considérés par les pouvoirs publics ». La considération s’est déjà accentuée durant la crise sanitaire…

E. C : « Nous sommes plus identifiés. Tant mieux… C’est une bonne chose que nous soyons systématiquement consultés. C’est l’objectif de notre président national mais c’est une conviction partagée par tous les professionnels. Comme président du conseil régional de l’Ordre, j’essaye pour ma part que tout le monde ait bien conscience de ce que l’on fait au quotidien, de ce que l’on est capable de remonter ou de descendre. Nous sommes une profession présente partout, dans tous les secteurs d’activité, en proximité de tous les chefs d’entreprise ou des responsables de structures en tout genre. Nous avons une force de frappe extraordinaire et c’est pour cela que, parfois, on pousse un peu les portes pour donner notre avis. Cela peut éviter les erreurs. Je ne dis pas que l’on a la science infuse mais cet avis de plus peut être éclairé par rapport à ce que l’on fait au quotidien. Notre président national apprécie le slogan : la profession au cœur de l’économie. C’est la belle image. Nous ne sommes pas le principal acteur mais nous sommes l’un des rouages permettant que cela tourne. Notre intérêt : que cela tourne au mieux sur tous les territoires ! Car les experts-comptables s’occupent au mieux de leurs clients partout où ils sont. Et la particularité de notre profession réside dans le fait qu’elle est implantée partout. Même dans les villages les plus reculés… Notre vocation est de faire tourner l’économie partout où elle est ! »

Propos recueillis par Camille Gablo