Pierre Pribetich : « Le logement, première des dignités humaines ! »

Présent lors de l’inauguration du nouveau bâtiment tertiaire Novacenter, faisant la part belle à la connectivité sur le site Novaréa, le 1er vice-président de la Dijon métropole, Pierre Pribetich, qualifié par beaucoup comme le « Monsieur urbanisme de la capitale régionale », a évoqué les enjeux du logement. Et de détailler les grands projets en cours… L’ancien député européen socialiste en a profité pour taper du poing sur la table, en rappelant que « le logement représentait la première des solidarités ».

Dijon l’Hebdo : Les chiffres communiqués par la Chambre des Notaires de la Côte-d’Or montrent que les prix de l’immobilier continuent leur hausse sur la métropole. Comment faire pour que tout un chacun puisse disposer, quel que soient ses moyens, d’un logement de qualité ?

Pierre Pribetich : « Des informations qui me reviennent, il existe en effet une véritable tension sur le marché immobilier. Même certains opérateurs n’arrivent plus à fournir de l’offre et ont été retirés d’une banque de mise en commun de logements. La conséquence, nous la connaissons. C’est la loi de l’offre et de la demande. Si l’offre diminue, la demande persiste et nous assistons à une augmentation des prix. Nous le voyons et nous le mesurons. Ce phénomène est plus accentué sur les maisons individuelles et cela devient un véritable problème. La métropole a pris conscience depuis plusieurs années de cette difficulté et crée du logement individualisé. Une première opération appelée « la maison dans tous ses états » a été livrée sur Saint-John Perse en accession abordable et en locatif à loyer modéré. Nous avons également une nouvelle opération qui arrive intitulée Belles House. Celle-ci constitue une opportunité réelle car nous proposons, avec deux promoteurs, Voisin et Sopirim, 147 logements individuels en structure bois qui se situeront au cœur de l’Arsenal. Cela permettra de disposer dans ce quartier d’une véritable diversité de produits en terme de logements : nous aurons du collectif avec un immeuble de grande hauteur, la tour Elithis, du logement à loyer modéré, de l’accession abordable qui fonctionne très bien sur ce quartier mais aussi du logement individuel avec cette opération Belles House dont les permis devraient être déposés avant le 14 juillet. Celle-ci complètera l’Arsenal, où il reste peu de lots, qui accélère sa réalisation avec la concrétisation d’un quartier équilibré. Demeure encore la partie dépôts en centre où des affectations sont en cours de test et nous devrions finaliser assez rapidement un produit qui permettra de remplacer les halles derrière ce que l’on appelle le lot Avenue. Celui-ci valorisera l’ensemble du quartier. Les concours sont de plus en plus relevés car nous avons de plus en plus de promoteurs qui se positionnent. Sur les résidences seniors et les résidences étudiantes, je peux même dire que nous avons une pléthore d’opérateurs. Nous avons un produit original qui s’implantera aussi, basé sur du co-partage, intitulé « Jouxte ». C’est Arnaud Montebourg qui est porteur de ce projet de co-living avec une salle de sport qui prendra lieu et place également sur Arsenal. C’est une grande architecte qui porte la réalisation de ce beau projet ».

DLH : Avec le quartier Arsenal et la requalification de l’avenue Roland-Carraz, l’entrée Sud de la métropole est également au cœur de vos préoccupations. Comment avance l’évolution de cet axe majeur de la métropole ?

P. P : « Le travail avec Chenôve est essentiel. Les deux communes, Dijon et Chenôve, ont voté des délibérations. L’idée est d’avoir une vision globale de l’ensemble de l’axe Sud, qualitative et quantitative, afin d’inscrire dans le temps l’urbanisation de cet axe majeur. L’idée est d’avoir une maîtrise publique de la situation et d’éviter ainsi que l’on assiste à un emballement libéral de l’urbanisation avec des maisons individuelles vendues au plus offrant, ce qui dégénérait la situation. C’est un urbanisme maîtrisé souhaité par les deux maires, Thierry Falconnet et François Rebsamen. Ce sera vraiment la SPLAAD qui sera l’opérateur public dans une opération qui s’appelle Grand Verger du Sud. Avec la requalification de l’avenue Roland-Carraz, le maire et président de Dijon métropole a redit que, dans le cadre des mobilités douces, les sociétés Adhexpharma et Urgo souhaitaient une accessibilité par une piste cyclable. Nous travaillons à sa mise en place rapidement pour permettre aux salariés de pouvoir rejoindre à vélo les entreprises. Nous avons énormément de kilomètres à urbaniser. Il faut s’inscrire dans le temps et bien poser l’équation urbaine avec une belle qualité paysagère. Il ne faut pas vouloir aller trop vite même si nous avons une pression réelle des grands opérateurs pour pouvoir urbaniser avec les prix des terrains qui flambent aussi. Les deux maires veulent avoir une maîtrise totale et celle-ci sera régulée par la puissance publique et l’aménageur public ».

DLH : Quid également de l’éco-cité des Jardins des Maraîchers qui représente aussi l’un des nouveaux quartiers de la capitale régionale ?

P. P : « Arsenal avance, tout comme l’éco-cité Jardin des Maraîchers, où les lots sont quasiment tous vendus. Nous avons de bonnes pistes pour une activité commerciale pour les 8 000 m2 qui devrait permettre de conforter le quartier et d’arriver à sa finalisation. De l’autre côté du mail Guynemer, nous aurons un front bâti. Nous porterons les terrains pour à la fois du maraîchage et des jardins partagés en lieu et place du bidonville actuel ».

DLH : Le projet Garden State de l’avenue de Langres, près de la station du tramway Nation, s’est invitée dans la campagne des élections départementales…

P. P : « Garden State est un très beau projet qui a été travaillé durant 4 ans de façon coopératif, collaboratif avec le promoteur privé Ghitti. Dans ce projet, comme l’ont indiqué François Rebsamen et Nathalie Koenders, il existe un espace jardin public des jardins partagés qui est très important. Ils ont été intégrés dès le début de l’opération à tel point que l’élue écologiste Stéphanie Modde louait la qualité du projet. Il y a même une vidéo qui traduit son extrême satisfaction quant à la réalisation de cette opération. Je ne pense qu’elle ait changé d’avis… Pourquoi est-ce un beau projet ? On part en fait d’un front bâti sur l’avenue de Langres qui est une avenue urbanisée avec le tramway et on décroît très rapidement pour arriver à des maisons individuelles et sur les jardins. Cela se fera, n’en déplaise aux uns et aux autres, parce que c’est une opération équilibrée, dans le rapport urbain et la partie jardin mais aussi dans la typologie puisque nous avons du logement à loyer modéré, de l’accession abordable et de l’accession classique. C’est aussi une opération équilibrée parce qu’elle permet de compléter la ville et d’éviter l’artificialisation des sols, l’extension urbaine sur un terrain qui, je le rappelle, n’a jamais été l’objet de culture car c’est du remblai, de la pierre, de la caillasse qui ont été enlevés pour permettre la création des fondations ».

DLH : Dans le parc dédié aux start-up et entreprises innovantes Novaréa, vous avez participé à l’inauguration du nouveau bâtiment connecté Novacenter réalisé par la société dijonnaise LCDP. Celui-ci est en prolongement du futur campus métropolitain que vous avez porté depuis son origine. La métropole a-t-elle besoin de phares urbanistiques afin de favoriser son attractivité ?

P. P : « Le campus métropolitain est en effet un superbe phare ou, je pourrais dire, un magnifique totem. Il sera le premier bâtiment connecté en France avec toutes les technologies associées et il traduit la capacité de la métropole d’exhiber de l’innovation, du transfert de technologie avec On Dijon. J’invite les uns et les autres à voir la qualité de la réalisation qui intégrera deux écoles d’ingénieurs : ESTP et ESEO. Cela permettra aussi d’élargir le spectre des formations supérieures. Nous travaillons sur un autre dossier important concernant l’Ecole spéciale d’architecture qui prendra lieu et place sur le site de l’ancienne usine Terrot avec une valorisation, une amélioration de la situation et surtout une intégration du passé pour se projeter vers l’avenir. Cette école devrait être flamboyante et permettre de former des femmes et des hommes en capacité de relever, en tant que futurs architectes, les défis de demain. Et quand l’on sait qu’un des anciens élèves et étudiants de cette école, n’est autre que Robert Mallet-Stevens qui est à l’origine de la Villa Cavrois à Croix… C’est aussi une manière pour la région Bourgogne Franche-Comté de faire naître de nouveaux architectes en capacité de produire leur art afin de réaliser la ville de demain »

DLH : Que répondez-vous à celles et ceux qui, durant les campagnes électorales qui viennent de s’écouler, ont à nouveau fustigé « la bétonisation en cours à Dijon » ?

P. P : « Pourquoi produire du logement ? Cela semble un peu idiot mais je tiens à le rappeler : nous produisons du logement d’abord pour loger les gens. Je tiens à souligner que la première des dignités humaines consiste à offrir à chacune et à chacun un logement de qualité, respectueux des normes environnementales avec un espace paysager, des services, une qualité d’usage… Celles et ceux qui portent en eux la solidarité doivent être conscients que la meilleure action est de satisfaire le besoin premier qui est celui de se loger. C’est un toit pour tous, un toit dans la dignité… Ce sont des valeurs de gauche et peut-être que certains devraient s’en rappeler. La meilleure façon est concrètement de faire en sorte que le logement puisse être offert à nos concitoyens avec une proportion du budget faible leur permettant de vivre. J’aime à rappeler que les socio-démocrates en Autriche dans les années 20 avaient réalisé l’exploit de rendre la part du logement inférieure à 5% du budget global des ménages. Et donc « Vienne la rouge » basée sur les idées socio-démocrates mais aussi des pensées beaucoup plus à gauche comme celles des communistes se donnait comme ambition de créer du logement pour tous. Je redis donc à celles et ceux qui sont en phase avec la gauche qu’il faut produire du logement. Les réflexes de « Not in my backyard » sont des réflexes plutôt de droite qui n’ont pas lieu d’être lorsque l’on se prétend de gauche ! »

Propos recueillis par Camille Gablo