Mourir dans la dignité ? Sommes-nous tous d’accord ?

On vit. On meurt. C'est imprévisible. C'est absurde. Imprévisible et absurde comme ce qui peut arriver à n'importe qui. Depuis le premier jour de notre humanité, la statistique n'a pas varié : la mortalité frappe à 100 %. Mourir est notre certitude. Que l’être humain soit un être fini, c’est-à-dire éphémère, puisque son existence ne s’étend qu’entre les deux bornes que sont sa date de naissance et celle de sa mort, peut paraître au premier abord une évidence.

Oui mais voilà, la médecine nous fait vivre plus longtemps. On peut donc espérer, dans le même temps, qu'elle nous permette de mourir plus dignement, de quitter ce monde paisiblement et sans souffrance. La mort dans la dignité ? Cela semble évident et pourtant la question est de celles qui font grincer les dents dans la mesure où nous cheminons sur la crête des tabous. Comme si la mort donnée dans le secret d'une chambre d'hôpital n'existait pas. Comme si les soins palliatifs suffisaient à apaiser toutes les souffrances. Comme si la question d'une mort douce et contrôlée ne se posait pas.

La porte est étroite entre acharnement thérapeutique et euthanasie et voilà des années qu'on évite le saut décisif, juridique et métaphysique vers le droit de donner la mort. Des flots d'encre et de salive ont coulé sur cet épineux sujet avec, d'un côté, les tenants d'une foi chrétienne qui confirme l'exceptionnelle essence de la personne humaine et qui interdit l'avilissement de l'Homme par l'homme et, de l'autre, des esprits qui n'ont rien de maléfiques et qui plaident pour le « droit de s'en aller » comme l'écrivait Baudelaire, pour éviter l'acharnement thérapeutique afin de restituer son caractère naturel à la mort.

N'est-il pas plus économique, dans tous les sens du terme, de laisser entrevoir un grand débat de société, voir peut-être un jour une loi sur l'euthanasie qu'on désignerait sous le terme de suicide médicalement assisté, que de poursuivre dans la voie patiente du développement des soins palliatifs et de l'humanisation de l'univers hospitalier ? Cette volonté qui émerge pour qu'une loi soit votée, finalement, n'est-ce pas qu'un leurre dans la mesure où l'on pourrait imaginer qu'elle puisse tout régler ? Car, en la matière, la difficulté est aussi ailleurs : elle concerne les cas d'Alzheimer et les autres démences mentales, pour lesquels la notion de « choix du patient » n'a pas grand sens. La question, d'un point de vue philosophique, est délicate à trancher car elle relève de chacun de nous. Mais elle doit, d'un point de vue juridique, trouver une réponse. La société ne peut pas rester dans l'incertitude et laisser les médecins, les malades, les familles sans références et sans repères. Devons-nous laisser se creuser l'écart entre ce que dit la loi et ce que dicte la conscience ?

Un de nos derniers éditoriaux a fait réagir certains de nos lecteurs. C'est pourquoi nous donnons aujourd'hui la parole à Maxime Moulazedeh, délégué Jeunes de l'ADMD 21 (Association pour le droit de mourir dans la dignité). Comme quoi ce ne sont pas seulement des personnes « d'un certain âge » qui s'engagent sur ce terrain.

Jean-Louis Pierre