Maxime Moulazadeh : « Avoir le choix de finir sa vie comme on l’entend »

Dijon l'Hebdo : La discussion sur la fin de vie a été une nouvelle fois devant le Parlement. C'était en avril dernier. Concrètement, qu'en est-il ressorti ?

Maxime Moulazadeh : « Le 8 avril s'est produit quelque chose qui m'inquiète : l'obstruction parlementaire. Une situation effarante avec plus de 3 000 amendements déposés par cinq députés du même parti -Les Républicains- confisquant ainsi le débat. Conséquence : il a été impossible d'examiner le texte dans le temps imparti. C'est regrettable car de très nombreux députés de tous bords confondus souhaitaient cette discussion sur la fin de vie. Ce qui est bien normal quand on sait qu'en France l'opinion est favorable à 89 % au suicide assisté. Et c'est le journal La Croix qui l'affirme ! »

 

DLH : Pourtant, en son temps, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait estimé que « la vie n'appartient pas aux politiques »... Aussi n'est-il pas vain, en ce domaine comme dans bien d'autres, de se réfugier dans la prolifération du droit et de la judiciarisation pour répondre à ces interrogations ?

M. M : « A titre personnel, je crois vraiment que la politique doit s'emparer de ce sujet. C'est un débat qui doit être public. Souvenons-nous que le 4 mars dernier, Paulette Guinchard, ancienne secrétaire d’Etat du gouvernement Jospin, a eu recours au suicide assisté, entourée de sa famille. Ca s'est passé en Suisse. Ce qui est bien la preuve que la loi doit évoluer en France. Son geste va, je l'espère, permettre de faire bouger les lignes. Marie-Guite Dufay, la présidente de la région Bourgogne – Franche-Comté a insisté, en lui rendant hommage, sur le fait que « l'émotion ne doit pas être la base de la réflexion mais cela doit la pousser ». Ce n'est pas parce que Mme Simone Weil est montée à la tribune de l'Assemblée pour défendre l'interruption volontaire de grossesse pour que les femmes puissent disposer de leur corps comme elles le souhaitent, que toutes les femmes, d'un coup, ont décidé d'avorter...».

En attendant, ce que l'Association pour le droit de mourir dans la dignité continue de revendiquer, c'est le droit d'avoir le choix de finir sa vie comme on l'entend. Raison pour laquelle nous mettons en place des campagnes de sensibilisation sur les directives anticipées qui permettent d’exprimer, par avance, la volonté de poursuivre, limiter, arrêter ou refuser des traitements ou actes médicaux, pour le jour où l’on ne peut plus le faire soi-même, par exemple du fait d’un accident ou d’une maladie grave. Les directives anticipées, c'est un véritable testament de vie ».

 

DLH : Dans ce cas, plus besoin de débat ?

M. M : « Si parce que les directives anticipées ne vont pas, à mon sens, assez loin. L'Etat doit faire en sorte qu'on puisse avoir un véritable accompagnement de fin de vie dans notre pays. C'est ce qu'a fait Mme Guinchard... mais à l'étranger. Il faut légiférer pour que les personnes qui souhaitent bénéficier de ce suicide médicalement assisté ne soient pas contraintes d'aller dans un pays voisin. Serions-nous inégaux devant la mort ? »

 

DLH : Donner le choix, n'est-ce pas proclamer l'individu souverain face à la collectivité, donc subordonner le respect de la vie à la liberté individuelle ?

M. M : « L'individu doit être capable d'exprimer son souhait. Cela est-il de nature à priver les autres membres de la collectivité de leurs droits ? Je ne crois pas. C'est un choix strictement personnel qui ne prive nullement les autres de leur liberté individuelle. Sincèrement, je ne vois pas le souci ».

 

DLH : Entre les désirs du mourant potentiel que nous sommes tous et le devoir du médecin de prolonger la vie, vous pensez donc qu'il faut une interface et que la loi constitue cette meilleure interface ?

M. M : « L'ADMD milite pour que tout individu ait le choix et son libre arbitre. Si les médecins sont informés, comment pourraient-ils ne pas se ranger à la volonté de leurs patients ? C'est pourquoi il est nécessaire de légiférer. Une loi de portée générale doit être en mesure de saisir toutes ces dimensions intimes et singulières du lien qui se noue entre le médecin et son patient. Sachez aussi que l'ADMD est de plus en plus sollicitée par de jeunes médecins sur ces sujets ».

 

DLH : Ce débat qui se poursuit depuis des années a au moins le mérite de poser une question : celle des soins palliatifs ? Sont-ils suffisants ?

M. M : « Les soins palliatifs doivent être accessibles à tous. A mon sens, ils sont complémentaires du suicide médicalement assisté. L'un ne va pas sans l'autre ».

 

DLH : Comment ce débat est-il traité à l'étranger ?
M. M :
« Beaucoup de pays ont déjà légiféré sur la fin de vie. Dans le nord de l'Europe mais aussi au Portugal et en Espagne, des pays pourtant très imprégnés par la religion catholique. Les députés n'ont pas hésité à se positionner. Ca peut paraître étonnant mais c'est la réalité ».

Propos recueillis par J-L. P

 

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