François Rebsamen : Regards sur une année particulière

Dijon l'Hebdo : En cette fin 2020, quel est le meilleur moment de l'année qui vous vient spontanément à l'esprit ?

François Rebsamen : « Je ne voudrais pas me montrer obsédé par ce point mais c'est incontestablement le soir du premier tour des élections municipales où était réglée, a priori, la question du leadership sur Dijon. Mon score me satisfaisait pleinement dans la mesure où il confortait le programme que j'avais porté, l'équipe qui m'accompagnait, et exprimait cette volonté partagée vers la social-écologie. Et cela malgré l'abstention massive qui était la même pour tous. Cela a été pour moi un grand moment de cette année. C'est à la fois personnel et collectif ».

DLH : Et le plus mauvais ?

F. R : « Le plus mauvais, le plus pénible, je crois que c'est le reconfinement. Passé l'état de sidération du premier confinement, nous avons retrouvé nos marques. Je me suis occupé des Dijonnais. Je faisais sans arrêt des vidéos pour leur expliquer ce qu'on avait mis en place comme services publics. Et puis est arrivé le reconfinement qui a plombé l'activité économique, le commerce, la culture... J'ai d'ailleurs pris un arrêté pour l'ouverture des librairies. Un arrêté qu'avait bien vu Jean Castex puisqu'il n'a pas manqué, lors de son déplacement à Dijon, de faire une visite à la librairie Grangier. Ce reconfinement a franchement été très difficile à vivre. Aussi, à cet instant, j'ai une pensée pour les restaurants et les cafés qui font partie de notre vie, de notre savoir-vivre, de notre culture. Et je n'oublie pas d'associer les salles de sports et le monde culturel et associatif une nouvelle fois contraints à l'arrêt. Je suis sincèrement heureux que les commerces aient pu rouvrir car ils sont tous essentiels ».

DLH : Dans un contexte économique bouleversé par la crise sanitaire, vous annoncez que Dijon entamera sereinement l'année 2021. Sur quoi repose votre optimisme ?

F. R : « Souvenez-vous des reproches qu'on a pu me faire pendant la campagne électorale quand je disais : « Quel que soit celui qui va être élu, il aura des marges pour investir parce que la situation est saine ». Voilà ce qui me rend optimiste : la bonne situation financière de la ville de Dijon même si elle a du faire face à des dépenses imprévues, à des recettes moindres, elles aussi imprévues. La Covid a provoqué un trou d'air. Pour la ville de Dijon, c'est loin d'être un tsunami et nous allons faire face sans difficultés majeures. Cela ne nous empêchera pas, sur la durée du mandat, d'investir plus que nous l'avons fait dans le mandat précédent, c'est à dire 36 à 37 millions d'euros en moyenne chaque année. Les recettes qu'on a perdues s'expliquent par le soutien qu'on a apporté à l'économie. Aux restaurateurs, par exemple, qui ont été exonérés des droits de terrasses, d'enseignes... La baisse des recettes sur les délégations de service public... Nos loyers sur les biens qui nous sont propres ont aussi été impactés.

Nous avons mis 1,3 million d'euros tout de suite sur l'aide sociale pour soutenir les plus modestes. Nous venons de voter le prix des repas scolaires à 50 centimes d'euro pour les plus faibles revenus. Des repas avec 40 % de bio et le plus possible local car quand on dit « 100 % local », ce n'est pas toujours du bio...

Optimiste, je le suis encore pour l'année 2021 qui, je l'espère marquera un tournant avec l'arrivée des vaccins. Ne croyez pas que je me prends pour la reine d'Angleterre mais je suis prêt à être un des premiers à se faire vacciner à Dijon. Je veux donner l'exemple et montrer ainsi que c'est une obligation sanitaire.

Optimiste encore avec les grands projets qui vont aboutir comme la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin, et tout ce qui touche aux sports, à la culture... C'est tout ça qui me donne de bonnes raisons d'espérer ».

DLH : Vous comptez participer pleinement au soutien et à la relance de l’activité économique locale et régionale. Quelle sera votre stratégie et quels seront les moyens financiers que vous mettrez en place ?
F. R :
« Beaucoup de choses ont déjà été mises en place. Je viens de vous en évoquer quelques unes. Permettez moi d'insister aussi sur notre soutien aux grandes associations caritatives. Ca fait partie de notre devoir. Heureusement qu'elles sont là pour accueillir un public de plus en plus nombreux.
Nous apportons, avec la Région, un soutien très important au monde économique. La Métropole accorde des aides importantes à nombre de commerçants, artisans petites entreprises sous la forme d'aides directes – par exemple pour payer les loyers - ou remboursables qui peuvent aller jusqu'à 15 000 €. 500 000 € ont déjà été attribués. S'il le faut, on rajoutera des crédits supplémentaires même si la situation financière de la Métropole est beaucoup plus difficile que celle de la ville de Dijon. La question financière des transports sera incontestablement un problème.
On travaille aussi sur l'attractivité. Des entreprises ont fait le choix de venir s'installer sur la Métropole comme Savoye Logistique qui proposera 500 emplois sur la zone Beauregard, à Longvic. On n'a pas manqué d'ailleurs de me critiquer sur le fait que Dijon aspire tout. Soyons sérieux : si Savoye logistique n'était pas venue sur la Métropole, elle ne serait certainement pas restée à Ladoix-Serrigny pour pousuivre son développement. Elle en serait partie.
On mise aujourd'hui sur ce triangle dont les angles sont constitués par l'attractivité avec l'implantation de nouvelles entreprises dans des filières qui se développent comme la santé, la pharmacie. Ensuite, le soutien à l'économie avec la création de nouvelles zones d'activités et, enfin, le soutien des personnes et des familles les plus modestes ».

DLH : Des noms de rue ouverts à la diversité, aux femmes... Comptez-vous suivre, à Dijon, la proposition du Président de la République ?

F. R : Emmanuel Macron a dû venir à Dijon avant de faire une telle proposition... Souvenez-vous que dans mon premier mandat, sous l'impulsion de Janine Bessis, on a décidé de féminiser les noms de rues à Dijon. C'est ainsi qu'Olympe de Gouges, Simone Veil, Louise Michel... et d'autres grandes personnalités féminines ont donné leur nom à des rues dijonnaises. La diversité, c'est aussi la reconnaissance des grands humanistes de notre histoire. Je pense, par exemple, à Victor Schoelcher qui a sa place. On va aller encore plus loin. C'est pourquoi j'ai demandé à Dominique Martin-Gendre d'animer un groupe de travail pour faire des propositions pour des noms de rues qui vont être créées ».

DLH : Diversité, laïcité... ça reste quand même deux de vos chevaux de bataille préférés ?

F. R : « Il est important que vous souligniez la laïcité. J'ai présenté au conseil municipal une charte de la laïcité qui va engager les associations subventionnées par la ville. La laïcité, je voudrais dire de façon simple ce que ça représente pour moi. Pour cela, je reprendrai la formule de Jaurès, qui date de 1905, et qui me plaît beaucoup : « La loi protège la foi tant que la foi n'essaie pas de dicter sa loi à la loi ». Cette phrase résume bien les choses. On a le droit d'être religieux. On a le droit d'être croyant. L'essentiel, c'est d'être un excellent citoyen qui respecte la laïcité en respectant la loi. Et la loi, c'est celle que votent les parlementaires. C'est la loi de la République ».

DLH : Et la solidarité est aussi un de vos chevaux de bataille

F. R : « Bien sûr. La solidarité, je l'ajoute souvent au triptyque liberté – égalité - fraternité ».

DLH : Dijon a échoué en finale face à trois autres villes pour décrocher le titre de capitale verte européenne 2022. Vous relancerez-vous dans cette compétition ? Avec d'autres atouts supplémentaires ?

F. R : « Je ne vous cache pas que j'ai été meurtri par le fait qu'on ne soit pas retenu. Je suis persuadé qu'on avait, de loin, le meilleur dossier technique. J'assume la responsabilité de cette défaite. Est-ce la ville qui avait le plus beau projet écologique qui a gagné ? C'est la ville qui a fait le plus de présence politique à Bruxelles. A ce jeu, c'est Grenoble qui l'a emporté avec beaucoup moins d'atouts. Que Grenoble soit placée devant Dijon pour la qualité de l'air, c'est difficile à accepter.

Je m'en veux parce que c'est une décision politique et le maire de Grenoble s'est donné les moyens politiques en allant faire le lobbying nécessaire auprès des instances européennes. Je ne l'ai pas fait et je pense que c'est la raison majeure de notre échec. Nous avons tourné la page car il nous faut avancer. J'ai invité le commissaire européen à l'environnement à Dijon, dès qu'il pourra se déplacer, pour qu'il nous explique quels étaient les critères techniques qui ont présidé au choix de la ville de Grenoble si on veut que ce titre de « capitale verte européenne » reste compétitif entre les villes ».

DLH : Vous vous présentez volontiers comme le premier maire écologiste de France. Pour autant, vos relations avec les Verts qui figurent au sein de votre opposition municipale ne se sont pas améliorées...

F. R : « J'ai apprécié de travailler pendant 20 ans avec des élus écologistes. On a fait des choses formidables ensemble. D'ailleurs j'ai rencontré récemment la maire de Besançon et je n'ai pas manqué de lui dire que j'avais beaucoup de respect pour les écologistes. Surtout, et là je le dis à ceux qui ont été élus à Dijon, ceux qui mettent les mains dans le cambouis. Comme ils l'ont fait pendant 20 ans. C'est à dire en participant à la gestion de la ville. Pas en se contentant de dire « y a qu'à – faut qu'on ». J'espère sincèrement qu'avec les écologistes, on pourra avancer ensemble, avec nos convergences et nos divergences. C'est le principe même de la démocratie.

Je ne vais pas reprendre les propos blessants du Président de la République quand il évoque les amishs mais je ne pourrai jamais travailler avec des écologistes qui prônent la décroissance, qui ne veulent plus que la ville se développent.

L'écologie urbaine ne sera acceptée par la population que quand elle apportera aux milieux populaires, aux gens les plus modestes, des avantages et pas des pénalités

Gérer une ville, c'est parfois, pour faire avancer les dossiers, prendre des décisions qui ne sont pas forcément à 100 % conformes à ce qu'on pense. Gérer une ville, c'est chercher le rassemblement du plus grand nombre, autour d'un programme. Le nôtre, c'est la social-écologie. En 20 ans, nous avons complètement transformé cette ville. Ce n'est pas forcément facile, pour des gens qui s'installent à Dijon, de comprendre tout ce qu'il y avait à faire. Je rappelle qu'il n'y avait même pas le tri sélectif quand je suis arrivé. La station d'épuration de Longvic n'était pas aux normes. Elle recrachait sans arrêt dans l'Ouche des produits polluants. Au crédit de mon prédécesseur, je dirais que les terrains valaient moins chers qu'aujourd'hui et il avait fait le choix de faire des parcs et jardins. La population en profite et j'en suis très heureux. Mais c'était une autre époque. Celle où la voiture était reine. La droite locale croit encore qu'il en faut toujours au centre-ville. Tout cela, c'est fini. Nous avons piétonnisé, mis en place les transports en commun, développé les pistes cyclables... On a fait une ville écolo avec des objectifs écolos. Il suffit de regarder ce qu'on fait pour le mesurer. Prenez un quartier comme celui de la Fontaine d'Ouche qui va devenir

le plus grand quartier à énergie positive de France. On a construit une usine d'incinération qui produit de l'électricité verte. Parce qu'on y croit, on veut être la première métropole hydrogène pour améliorer la qualité de l'air. On a entrepris la rénovation thermique des bâtiments, on a fait plus de 100 km de réseau de chaleur urbain sans rejets dans l'atmosphère... Ce qui n'empêche malheureusement pas certains de dire : « Il faut planter des arbres au centre ville ». Ca prouve d'abord qu'ils ne connaissent pas le sous-sol du centre-ville. Mon prédécesseur avait imaginé un parking sous la place de la Libération. Le projet a fait long feu quand il a vu de quoi était composé le sous-sol. C'est pourquoi je souhaite bien du plaisir à ceux qui voudraient y planter des arbres. Pour moi, ce n'est pas ça la lutte contre le réchauffement climatique. Ou alors on n'a pas les mêmes objectifs. Le mien, c'est de prendre des mesures structurelles de fond, certes beaucoup moins voyantes, beaucoup moins clinquantes, tape à l'oeil... Après des arbres, on en plante. Derrière la nouvelle piscine du Carrousel, par exemple. C'est magnifique ».

DLH : Commerçants, restaurateurs, hôteliers, monde du spectacle et de la culture... On ne compte plus les professions sous la menace de fermeture définitive. Comment jugez-vous la façon dont est gérée la crise du covid ? Ne voyez-vous pas des incohérences entre le traitement économique et le traitement sanitaire ?

F. R : « Pour le moment, je me suis refusé à critiquer ouvertement le gouvernement même si je vois bien que la facture va être lourde. Le « quoi qu'il en coûte » va nous coûter cher. Le président a pris de bonnes mesures comme le chômage partiel qui maintient les entreprises sous perfusion. Il faudra voir comment elles se comporteront au moment où l'activité économique va repartir.

Après, sur la gestion de la crise sanitaire elle-même, ce qu'on peut reprocher, c'est la verticalité des décisions. Pour savoir si vous pouvez mettre une chaise sur deux dans un lieu public, il faut attendre l'annonce du Président de la République... Pour savoir si les enfants vont mettre un masque à partir de 6, 7 ou 8 ans, il faut attendre la déclaration du Président de la République... Cela ne peut pas marcher car c'est l'absence de décentralisation. Que ce soit sur les masques, les tests..., ce qui a fait défaut dans cette crise sanitaire, c'est l'absence de lien et de confiance dans les autorités locales qui ont fait face dans les moments les plus difficiles. Après, on a quand même l'impression d'une démocratie légèrement technocratique qui a tendance à infantiliser notre société. Faisons plutôt appel à la responsabilisation des habitants, sanctionnons les irresponsables plutôt que de faire peur à la population. Attention, on arrive au bout de ce que les Français peuvent accepter ».

DLH : Les contraintes sanitaires n'ont pas empêché les manifestations contre la Loi sécurité globale avec les débordements que l'on sait qui malmènent l'ordre républicain. On sent les Gilets jaunes prêts à retourner dans la rue.... Sans compter l'ordre républicain régulièrement malmené... Droit de manifester et droit de travailler ne deviennent-ils pas incompatibles en cette période particulière où les commerçants ont tout juste obtenu l'autorisation de rouvrir leurs boutiques pour tenter de profiter des ventes liées aux fêtes de fin d'année ?

F. R : « Le droit de manifester, sauf à tomber dans un régime totalitaire, c'est une liberté essentielle, un gain démocratique de la société tout entière. A condition bien sûr que ce soit une manifestation déclarée, on a le droit de manifester. Ces manifestations, elles sont malheureusement perturbées depuis déjà un moment par des casseurs. Sauf que cela a maintenant pris un tour très violent. Et on peut comprendre que les Français s'interrogent sur le fait que 400 black-blocks, à Paris, peuvent mettre le feu partout sans réaction des autorités.
A Dijon, je salue les manifestants qui ont été respectueux du dernier parcours qui avait été établi avec la préfecture. Ce sont des citoyens honnêtes qui ont le droit d'avoir des convictions et de les exprimer dans la rue. Mais, comme d'habitude, des casseurs sont arrivés d'un peu partout, de départements voisins – ce qui fera au moins taire ceux qui disent que Dijon n'assume pas son rôle de capitale régionale.
Je voudrais saluer le préfet qui vient d'arriver, les forces de l'ordre qui ont procédé à des interpellations, le procureur qui agit avec la plus grande vigilance possible. Il faut arrêter les incendiaires, interdire la vente des mortiers dans les grandes surfaces. Ce ne sont plus des feux d'artifice, ce sont des armes. Je suis pour une législation assez dure ».

DLH : L’ancien chef d’Etat major des armées, qui avait démissionné avec fracas au début du quinquennat d’Emmanuel Macron, est inquiet. «Devant les crises qui s’empilent, la France peut basculer», alerte le général Pierre de Villiers. Partagez-vous ce sentiment ? Craignez-vous une explosion des colères ?

F. R : « Non, je ne pense pas. Je constate plutôt un profond repli sur soi. C'est quand même un drôle de pays au niveau de la mentalité, de l'ambiance. Evidemment, il y a la Covid mais on est le peuple le plus pessimiste des nations européennes. On est celui qui croit le moins en tout – je parle bien sûr des biens terrestres -, qui croit le moins en l'Europe, le moins dans le vaccin, le dernier en maths... alors qu'on a plein d'atouts formidables. C'est une histoire de déprime généralisée. C'est incroyable. Les Français retrouvent le moral dans les deux mois qui suivent une élection présidentielle comme si le candidat élu avait promis la lune. Quoique Macron avait promis pas mal... Sarkozy avait, lui aussi, beaucoup promis. Pas de chance, il a eu la crise financière. Hollande, il lui a fallu réparer ce qu'avait laissé Sarkozy. Macron est arrivé en plein boom. Les comptes avaient été rétablis. Le prochain, je ne sais pas qui ce sera, devra payer la note. Des moments difficiles s'annoncent. Et il est vrai que les Français pensent plutôt aux moments difficiles qu'aux moments heureux ».

DLH : Iriez-vous jusqu'à dire comme Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR, que « Macron, c'est le désordre et la discorde » ?

F. R : « Non. Je ne me reconnais pas dans les propos de Bruno Retailleau. Moi, je ne suis pas de la Manif pour tous ni de Sens commun ».

DLH : Emmanuel Macron annonce un «Beauvau de la sécurité » à l'image d'un Ségur de la Santé ou d'un Grenelle de l'environnement. Est-ce la meilleure façon pour se réconcilier avec la police ?

F. R : « On court après les 13 000 policiers supprimés sous Sarkozy. Il s'en recrée, c'est vrai. 1 600 postes cette année. Sous Hollande, on en a créé 1 000 chaque année mais on n'a pas rétabli ce que les Français attendaient. Ca reste insuffisant. Il faut des policiers de terrain, la police de proximité, celle qui avait été lancée sous Lionel Jospin avant d'être cassée par Sarkozy. Et cela a signifié, à l'époque, une forme de rupture de la confiance entre la police et la population. La transformation de la police de proximité en une police d'ordre n'a pas suffi à renouer cette confiance. On peut annoncer des Ségur de la Santé, des Beauvau de la sécurité... Demain ce sera quoi ? Le Matignon de la rue de Matignon... A ce train là, toutes les rues de Paris vont y passer. C'est de la communication. Ce qu'il faut c'est qu'on arrive à faire respecter les policiers mais aussi les gendarmes et les sapeurs-pompiers. Il faut sanctionner ceux qui ne respectent pas leurs uniformes, ceux qui ne respectent pas les règles et la loi. Moi, je ne dis pas que la police est raciste. Sûrement pas. Je dis qu'il y a des gens qui sont racistes dans la police, comme il y en a sur les terrains de football, dans les tribunes et même dans le corps arbitral. Les policiers sont à l'image de la société française. C'est pour cela qu'il faut recréer une direction de la formation, leur permettre de se former plus longtemps, ne pas les jeter comme ça dans les quartiers difficiles. Finalement, il faudrait refaire ce qu'avait fait Pierre Joxe qui reste une référence en matière de renouveau de la police nationale. A cette époque, les policiers, on les appelait les gardiens de la paix. Les temps n'étaient pas très simples non plus. Je l'avais proposé en son temps : je pense qu'il faudrait recréer des centres d'éducation plus que renforcée. A cet égard, je pense aussi que la disparition du service militaire a une responsabilité importante vis à vis de ces jeunes dont les parents n'ont pas assumé l'éducation.

Avec le temps qui passe, avec l'expérience, je pense qu'il faut se rassembler, entre républicains, pour trouver les bonnes solutions et tous ceux qui cherchent à diviser, qui favorisent les séparatismes, jouent un mauvais rôle dans notre société ».

DLH : Que faudrait-il vraiment pour redonner moral et sourire à nos policiers ?

F. R : « Il faut déjà renouer le lien entre la police et la population. Les policiers protègent les gens qui vivent honnêtement. Pour cela il faut démanteler les points où s'exerce le trafic de drogue, intervenir là où les jeunes perturbateurs pourrissent la vie des gens. C'est inacceptable pour un maire. On me reproche de remarquer que c'est partout pareil... Et bien oui, c'est partout pareil ! Allez demander à Chalon-sur-Saône où les pompiers essuient des tirs de mortier, à Mâcon où une école maternelle a été brûlée, à Montceau-les-Mines... Cela existe dans toutes villes de France. C'est de la mauvaise foi et de la démagogie que de laisser penser que c'est particulier à Dijon où l'on va signer un nouveau contrat avec le préfet sur la sécurité intégrée à l'occasion de l'arrivée des 5 derniers policiers nationaux sur les 15 supplémentaires affectés au commissariat de la ville. Depuis le mois de septembre, je vois la différence avec des forces de l'ordre qui sont très présentes et qui font le maximum. Et quand des organisations syndicales m'attaquent pendant la campagne électorale, je le dis, elles dépassent leurs propres responsabilités. Les concernés se reconnaîtront ».

DLH : Tout récemment dans nos colonnes, François Sauvadet a souhaité « une relation apaisée entre le Département et Dijon ». Etes-vous favorable à une « Paix des braves » ou bien une trêve des confiseurs ?

F. R : « Ni l'une ni l'autre. Cela ne peut être que des relations normales entre responsables de grandes collectivités. Je le souhaite. François Sauvadet a exprimé son amour pour Dijon et les Dijonnais. C'est bien, mais au-delà des déclarations, il faut des preuves. Et la première des preuves d'amour, c'est de considérer les Dijonnais et les habitants de la Métropole comme des Côte-d'Oriens et non pas comme des parias, et non pas comme des gens qui nuisent au département. Le CHU, avec ses 140 praticiens qui se déplacent dans tout le département, ne nuit pas à la Côte-d'Or. Au contraire, il l'aide et la soutient. L'université également. Et quand il y a des recettes immobilières qui se font sur la ville de Dijon, le département en touche les bénéfices au titre des droits de mutation. Il vient ainsi de récupérer quelques 20 millions d'euros d'une grosse transaction. Etait-ce vraiment nécessaire de supprimer 50 000 € qu'il mettait ici ou là. Je suis pour l'apaisement, pour des relations responsables. François Sauvadet ne doit plus considérer François Rebsamen et la Métropole comme des ennemis ».

DLH : On parle de différer les élections départementales et régionales de mars à juin 2021. Etes-vous favorable à ce report ?

F. R : Jean-Louis Debré va faire une proposition qui va aller dans ce sens. Cela voudrait dire qu'on serait dans une situation sanitaire redevenue favorable. S'il n' y a plus de pandémie, juin est une bonne date. La dernière date possible car après, c'est le temps de l'élection présidentielle. En France, c'est l'élection majeure et tout le reste en découle ».

DLH : Le parti socialiste, qui détenait il y a peu la présidence de la République, les grandes villes, les régions et contrôlait la majorité parlementaire, poursuit inexorablement son déclin. Qu'est-ce qui pourrait redonner des couleurs à votre formation et la rendre compétitive à l'approche de l'élection présidentielle ?

F. R : « Il y a des moments où il y a des creux avec des absences de personnalités. Au sein du PS, nous avons eu beaucoup de personnalités avec des statures d'homme ou de femme d'Etat. De Robert Badinter à Laurent Fabius en passant par Lionel Jospin, Martine Aubry, Ségolène Royal... Toute une génération de haut niveau. Aujourd'hui, il faut dire la vérité, c'est le creux, voire une totale absence de grandes personnalités. Le départ de François Hollande et de toute l'équipe qui l'a accompagné semble avoir marqué la disparition des personnalités socialistes. Ce qui peut paraître assez incroyable. Il y a bien encore un homme, Stéphane Le Foll, que j'aime beaucoup, qui a été pendant 5 ans ministre de l'Agriculture, qui réfléchit, écrit et dit des choses intelligentes. Le Parti socialiste, lui, n'a pas travaillé pendant 3 ans. Ce qui explique ces absences de propositions, d'élaboration d'un programme. Il s'y lance maintenant... C'est mieux que jamais mais c'est un peu tard.

Par contre, heureusement, nous avons un réseau municipal qui a été conforté lors des dernières élections. Hélas, cela ne se traduit plus au niveau national. Et c'est un peu normal dans le sens où les partis politiques sont en train de disparaître. Les Républicains sont un peu mieux parce que la société est un peu plus à droite. Demain, un nouveau Président de la République peut créer son propre parti – ce qu'avait fait Emmanuel Macron – mais on constate qu'au bout de trois ans, il n'y a plus de parti. Tout simplement parce qu'il suffit qu'il y ait le Président de la République. On touche là un sujet majeur qui n'intéresse pas trop les Français actuellement. Personnellement, j'ai des propositions. J'en parle avec mes amis socialistes et avec d'autres membres de formations politiques, y compris de droite. On doit réfléchir au problème institutionnel de ce pays et en débattre avec les Français. On me dit : ce n'est pas le moment. Mais ce n'est jamais le moment... Quand on ne s'occupe plus de nos institutions, les institutions s'occupent de nous. Il faut se rappeler dans quelles conditions le général de Gaulle a instauré, en 1962, l'élection au suffrage universel. Il fallait la stature de de Gaulle pour le faire et il avait des partis politiques. Petit à petit, avec la dernière réforme Jospin qui a accolé les législatives à la Présidentielle, on assiste progressivement à la disparition du Parlement composé de godillots, selon la formule de Jean-Pierre Chevènement, qui ont toutes les peines du monde à réécrire l'article 24 de la loi sur la sécurité. Quant au sénat, il est contre tout, quelque soit le gouvernement. Sauf quand c'est la droite mais elle n'est pas près de revenir au pouvoir. Il conviendrait de le réformer, en faire une sorte de Bündesrat. Certes, on n'est pas un état fédéral mais décentralisons, transformons institutionnellement la région, le département et les collectivités. Faisons confiance au duo bloc communal – EPCI et région. C'est ce qui se passe dans tous les pays démocratiques. Ca ne veut pas dire qu'il ne faut pas de départements même si le temps des cantons est terminé, à part en Suisse. Reprenons sereinement ce débat. C'est ce que je propose.

Vous savez, les Français n'ont jamais été autant heureux qu'en période de cohabitation. Il faut que l'élection présidentielle soit différente des élections législatives qui devraient intégrer une forme de proportionnelle qui respecte les règles majoritaires. L'Assemblée ne peut plus être élue dans la foulée du Président de la République. Il faut séparer l'une de l'autre. Quitte à changer la durée du mandat présidentiel ».

DLH : Si vous aviez un message à adresser aux Dijonnais en cette fin d'année ?

F. R : « Malgré le contexte particulier, je leur souhaite de belles fêtes de fin d'année. Mais surtout restons prudents ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre