Ramya Chuon dans la grotte… platonienne

Comment un artiste comme Ramya Chuon, qui aime tant la liberté, vit-il le confinement ? N’hésitez pas à découvrir ses réponses… qui sont aussi élaborées et bouleversantes que ses œuvres d’art.

Libre comme l’art… c’est ainsi que nous avions qualifié Ramya Chuon, l’artiste plasticien dijonnais à qui nous ouvrons régulièrement nos colonnes afin qu’il puisse exposer au plus grand nombre son travail de plus en plus remarqué. Alors que la liberté n’est plus, confinement oblige, nous ne pouvions que l’interroger sur sa perception de cette période : « Au début, cela me paraissait surréaliste ! Mais avec du recul, ce confinement est devenu pour moi la métaphore d'une phase nymphale, le stade de métamorphose de l’état larvaire (c’est le cas de le dire...) vers peut-être un état d’imago, tel le développement de la chenille au papillon. J’essaye alors d’avoir une vision plutôt optimiste car je pense grandir de cette expérience inopinée, malgré tous les désagréments qu’elle inflige ». Et, avec son style kafkaïen, il poursuit : « C’est un moment de reconstruction. Les choses peuvent être modifiées, décomposées, bousculées et bouleversées…ce n’est jamais sans mal et c’est une période où la douleur est perçue à tous les degrés. Des conséquences ressenties à l’échelle mondiale jusqu'au périmètre des proches (famille, amis), nous restons, malgré tout, solidaires et « connectés » car nous nous rendons compte de l’importance de la chaîne humaine (même virtuelle) et qu'elle révèle ce qu’il y a de meilleur en chacun de nous pour faire face aux tourments que provoque ce fléau ». Le professeur à l’Ecole nationale d’Art et de Design de Dijon en appelle aussi à H. G. Wells : « Dans cette guerre des mondes, j’ai une pensée spéciale pour tous ces guerriers qui combattent afin de sauver des vies. A mon humble place, je les remercie pour leur engagement ». Et de pousser plus loin la réflexion : « Ce confinement est un véritable paradoxe, où s’entrechoquent des notions liées à notre espace de vie et à notre temps de vie. Le temps de notre espace extérieur est au ralenti, alors que celui de notre espace intérieur tourne à une vitesse folle. Cette course m’amènera certainement vers des horizons tumultueux où je percevrai les desseins résultants du travail que j’effectue quotidiennement pour me réaliser en tant qu’individu ».

Aussi vit-il actuellement « une période d’accession, à l’image de la caverne de Platon, où il se permet un grand recul avec une longue vue sur l’état actuel de la vie, un véritable palier-carrefour qui l'amènera à de futures décisions axées sur l’essentiel ». La sortie de la grotte (platonienne) est programmée au 11 mai et nous nous tournerons à nouveau vers Ramya Chuon pour qu’il nous peigne son retour à la liberté… Et pas seulement artistique !

Camille Gablo