Déjà, l’amorce du printemps se caractérisait par une odeur de Fleurs du Mal, et une lumière de Soleils mouillés – ut dixit Baudelaire… Un mot d’ordre ambigu avait donné le ton de douce violence de ce week-end des Municipales : « Participation et confinement » ! L’enseigne de grande distribution Carrefour nous avait condamnés à une époque plus faste à « positiver». Notre « aujourd’hui » ressemble déjà au négatif d’une précédente vie… Alors, tous aux abris des oxymores – du tout et son contraire en langage moins châtié ? Oui, car l’OMS (Organisation mondiale de la santé) ainsi que les pouvoirs publics des quelque 190 pays de la planète nous ont donné à penser encore récemment que l’épidémie « made in China » ne pointerait jamais son nez en dehors de l’Empire du Milieu. Or, nous voilà pour plusieurs semaines contraints d’exister dans un univers « inside/outside », dont l’histoire borderline nous est hélas tricotée – osons ce jeu de mots – au point de riz : un rang une maille à l’endroit et une maille à l’envers, et le suivant une maille à l’envers, une maille à l’endroit et ainsi de suite.
Revenons au quotidien de nos moutons qui vivent dehors et celui de nos cochons en batterie qui suffoquent dedans : certes l’économie est interconnectée, la technologie virtuelle époustouflante, l’information non-stop diffusée en direct. Tous ces maillages ont pris possession de la planète, et les marchés financiers s’affolent, frisant l’hystérie. Cette « cyberïte » aigüe du dehors n’a fait que renforcer le clanisme politique ou religieux des micro-univers du dedans, générant un repliement sur soi-même pour beaucoup d’entre nous. Et réduisant comme peau de chagrin la générosité des âmes ainsi que l’intelligence au sens latin du terme. En somme, les stimuli de l’Internet nous expulsent insidieusement d’une réflexion intérieure et personnelle. Nous nous sommes condamnés à ces allers-retours du dehors et du dedans, ainsi qu’à un chassé-croisé du faux-ami « confinez-vous » et « participez », lancé par nos dirigeants à la mi-mars ! Dirigeants d’ailleurs, sur qui plane le doute depuis les récentes révélations d’Agnès Buzyn : tout en communiquant chaque jour une photographie du Coronavirus, on aurait occulté les « modélisations » établies par le Comité de scientifiques qui préfiguraient un futur plus dramatique !
Bref, nos échappées diurnes ou nocturnes en solo sur nos ordinateurs, sur nos tablettes, sur nos smartphones font écran à une réelle perception de la globalité du fléau mondial. Nous nous mouvons dans des courants d’opinion qui apparaissent de plus en plus orchestrés par des Alliens ou des outsiders… Allez-allez, tentons de remonter la pente de la présente décroissance croissante. Au bout du tunnel fleurira peut-être… le « Clair-obscur » d’une autre Europe (1) !
Marie-France Poirier
(1) Le Clair-Obscur, « die Aufklärung » à l’origine, est un courant de philosophie allemand, qui s’étend des années 1720-1730 aux années 1775-1785. Ce mouvement intellectuel est souvent identifié au siècle des Lumières des Français.



